Qui était Shirel Aboukrat, franco-israélienne tuée en Israël ?

Une Française juive et un Druze israélien tués sous l’uniforme de Tsahal le 27 mars

Shirel Aboukrat ne serait certainement jamais devenue célèbre en France si elle n’avait pas été tuée à l’âge de 19 ans, dans l’État juif, par l’État islamique. Elle était née à Marseille et avait trois ans, en 2006, quand elle est arrivée en Israël. Ses parents avaient choisi d’émigrer pour se sentir plus en sécurité qu’en France, où les Juifs marchaient tête baissée. Shirel avait la double nationalité française et israélienne.

La famille a choisi Ramat Poleg, une petite ville proche de Natanya. La communauté française y est tellement nombreuse que les affiches dans les rues et les menus des restaurants sont en trois langues : hébreu, arabe et français.

Une bonne élève qui avait rejoint l’armée avec enthousiasme

Shirel était très bonne élève. Le directeur de son école se souvient de ses excellentes notes, mais aussi de son envie d’aider les autres. Pendant deux années scolaires d’affilée, elle a apporté des sandwiches, qu’elle confectionnait chez elle, pour les élèves des familles pauvres.

Shirel rêvait de faire son service militaire dans la police des frontières. Elle voulait l’active, surtout pas une planque dans un bureau. Elle était en poste à Hadera, dans le nord du pays, le 27 mars, quand elle a été abattue au cours d’une attaque terroriste revendiquée par l’État islamique. Son bataillon avait suivi une session de formation à la suite de laquelle un petit groupe avait mangé au troquet du coin. Elle se dirigeait, avec un autre appelé de son âge, vers l’arrêt de bus, quand le terroriste leur a tiré dessus. Ils n’ont eu aucune chance. Son camarade d’armes et de mort s’appelait Yazam Falah. Il appartenait à une grande famille druze, qui compte des juges et des avocats. Les Druzes pratiquent une version dissidente de l’islam, qui n’est pas reconnue halal par les islamistes.

Les Israéliens juifs font trois ans de service militaire obligatoire, les Israéliennes deux ans ; pour les Arabes israéliens, c’est facultatif. Yazam avait choisi Israël.

Un officier de la marine israélienne à la retraite, Shlomo Offer, m’a expliqué que le tueur était un Palestinien de Cisjordanie « sans papier, mais pas sans emploi », qui travaillait dans le bâtiment.

« Ceux qui viennent de Gaza ne peuvent pas entrer sans permis, mais entre la Judée Samarie et Israël, il n’y a que la clôture de sécurité. Les Palestiniens arrivent en masse, ils sectionnent la clôture et on ne peut pas les arrêter. On ne cherche pas vraiment, d’ailleurs : à force d’entendre dire qu’ils perpètrent des attentats à cause de la misère, on tolère cette clandestinité. Si le terrorisme était le résultat de la misère, pourquoi celui-ci a-t-il tué ceux qui lui ont donné du travail ? »

Craintes redoublées à l’approche du ramadan

Shlomo est très discret sur son activité depuis qu’il a pris sa retraite, mais on sait qu’il a participé, à un très haut niveau, à des pourparlers de paix qui ont abouti. Il est tout sauf un va-t-en-guerre. C’est lui qui fait remarquer que le 30 mars, trois jours après l’attentat contre Shirel et Yazam, les Arabes israéliens célèbrent la « journée de la Terre », en souvenir de l’expropriation (financièrement compensée) par les Juifs, en 1976, de 2500 hectares en Galilée. Les manifestations ne concernent pas l’expropriation elle-même, qui est du même ordre que celles des propriétés figurant sur le tracé du métro du « Grand Paris », mais parce que l’État juif y a logé Rafael, l’autorité israélienne pour le développement d’armes et de technologie militaire.

La Journée de la Terre se célèbre par des manifestations pacifique. Cela a été le cas cette année, malgré les craintes de la sécurité car elle tombait à la veille du Ramadan, qui commence Samedi 2 avril.

« C’est une période où la sécurité est en alerte parce que les Juifs tués pendant cette période comptent double »,

explique Shlomo.

Shirel a été enterrée au cimetière militaire de Netanya, en présence d’une foule : amis, famille, soldats et même l’ambassadeur de France… On a vu des soldates pleurer. Des soldats aussi. LM

Liliane Messika, Causeur

Un commentaire

  1. Comme nous avons eu trois attentats en une seule semaine, je pense que Shlomo Offer a fait quelques erreurs: Yazem, le jeune policier assassiné en même temps que Shirel était druze et donc obligé de faire son service militaire.
    De plus, le terroriste de ce deuxième attentat était un arabe israélien originaire d’Um El Farhm, fief du mouvement islamique israélien dont un des membres est Mansour Abbas, qui malheureusement fait partie de la coalition gouvernementale.
    Les deux premiers attentats, celui de Beer-Sheva et celui de Hadera ont été perpétrés par des Arabes israéliens, Par contre pour le troisième, celui de Bnei Brak le terroriste était un palestinien, originaire d’un village à côté de Jenin. C’est dans ce troisième attentat qu’a été tué un policier arabe de Nazareth, Amir Houri qui lui n’était pas obligé de faire son service militaire.
    Demain ce sera vendredi et le début du Ramadan!

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