L’islam, la violence et le sacré : trois explications

Émeutiers palestiniens en chaussures à l’intérieur de la mosquée Al-Aqsa

L’observateur attentif de l’actualité, en France, en Israël ou ailleurs, n’aura pas manqué de constater que le mois du Ramadan, mois le plus sacré du calendrier musulman, est aussi celui qui est marqué chaque année par une vague de violences. Ce « secret » est évidemment bien gardé par la plupart des médias et des hommes politiques occidentaux, qui préfèrent s’afficher lors de repas de l’Iftar et faire des déclarations d’amitié et de « dialogue interreligieux ». Mais ce n’est pas sur la question de cette attitude – marquée par l’hypocrisie ou par la condescendance – que je voudrais m’interroger ici.

Une question plus essentielle encore est en effet de savoir comment s’explique ce lien entre violence et sacré. Est-il intrinsèque à l’islam et peut-il dans ce cas être modifié ? Les images d’émeutiers lançant des projectiles incendiaires depuis la mosquée Al-Aqsa sur le Mont du Temple, et même à l’intérieur de la mosquée, auraient dû soulever l’étonnement des médias français, si seulement ils les avaient diffusées. Comment comprendre que des musulmans puissent eux-mêmes profaner l’endroit qu’ils disent considérer comme sacré, au nom de leur opposition irréductible à l’État d’Israël ?

La première réponse possible est qu’il ne s’agit pas de l’islam tout entier, mais d’une branche bien particulière de l’islam – à savoir, l’islam politique des Frères musulmans, dont sont issues les principaux mouvements islamistes (du Hamas à Al-Qaïda), comme je l’ai montré dans mon livre Le sabre et le Coran. De fait, la plupart des attentats terroristes à notre époque émanent de mouvements radicaux qui partagent tous une vision particulière de la religion musulmane, mobilisée au service d’objectifs politiques et dans laquelle le Djihad a été érigé en « sixième pilier »’ de l’islam. Quoique juste, cette réponse est loin d’épuiser le sujet.

Une autre réponse est donnée par Marie-Thérèse Urvoy dans un livre récent1. Le Coran lui-même, explique-t-elle, est marqué par une « ambiguïté initiale » et par une « tension interne entre visée spirituelle et ambition d’emprise sur le monde ». La vie même du Prophète permet de comprendre cette dualité. En effet, dans sa période mecquoise, celui-ci est persécuté et se considère comme victime, ce qui l’amène à prêcher la patience et le pardon des offenses. Plus tard, devenu un chef de guerre victorieux, il appelle au djihad contre les mécréants, proclamés ennemis de l’islam. L’orientation guerrière du texte coranique apparaît ainsi dans la fameuse Sourate 9, qui appelle au « combat dans le Sentier de Dieu », expression promise à un brillant (et sanglant) avenir.

La troisième réponse tient à ce que René Girard appelle – dans son livre La violence et le sacré – le « désir mimétique », qui engendre la violence dans les sociétés primitives. À de nombreux égards, l’islam n’a pas réussi à dépasser cette étape de l’histoire commune aux grandes religions, et reste jusqu’à ce jour empêtré dans une vision binaire du monde, où la violence demeure la clé d’appréhension et de résolution des conflits. Comment l’islam, auquel la notion même d’histoire est largement étrangère, pourra-t-il évoluer et faire son aggiornamento ? La réponse appartient aux musulmans eux-mêmes. Quant à l’Occident, il devrait soutenir toutes les forces progressistes et réformistes authentiques au sein du monde musulman, au lieu de chercher des alliances contre nature avec les Frères musulmans et leurs épigones. PL

Pierre Lurçat, Vu de Jérusalem


L’islam, la violence et le sacré : trois explications, Pierre Lurçat

1 Islam et islamisme, frères ennemis ou frères siamois ? Éditions Artège 2022. Ma recension détaillée du livre de M.-T. Urvoy paraîtra dans le prochain numéro de la revue Commentaire.

Un commentaire

  1. Cher Mr Lurçat, on ne sort pas d’un sac ce qu’il ne contient pas….Pour faire évoluer une doctrine iIl faut une b ase aussi ténue soit-elle et il ne se peut pas qu’elle soit dictée par la Divinité…Moise est un interprète rédacteur supposé… et les Évangiles sont 4 faute de mieux.. et soumis à un minimum d’herméneutique. De surcroit elle se limite dans ses effets a la Minorité humaine Saine d’Esprit Névrotique-Normale selon la définition-observation analytique de Jean Bergeret. Le reste n’est que glose illusoire et fantastique. Le Coran NE PEUT PAS CHANGER dicté qu’il fut par Allah; pas davantage que les Evangiles ou La Torah…mais ces derniers n’ont pas de « corpus paranoïaque essentiel » s’imposant pas la force.; mais une Orthopraxie contraignante qui n’offre justement aucun fondement totalitaire autre que l’affirmation unitaire et abstraite d’une divinité bienveillante in fine: (nb: je ne suis pas croyant!).

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