Israël : Le front intérieur, le 3ᵉ front

[5 novembre 2023]

L’armée d’Israël combat sur deux fronts : le front nord aux frontières libanaises et syriennes et le front sud, à Gaza. Mais nous, le peuple d’Israël, nous combattons sur un autre front : le front intérieur.

Voici quelques exemples de cette solidarité exemplaire, qui ne sont qu’une petite goutte d’eau dans cet océan de volontariat.

Ces jeunes femmes du yishuv Pedouel remplacent les ouvriers palestiniens employés à la construction d’un bâtiment dans le yishuv. Est-ce le renouveau du travail hébreu1?

L’aide aux soldats :

Comme à chaque fois, les soldats sont les premiers à recevoir de l’aide :

Des groupes de volontaires leur préparent des plateaux de nourriture, organisent des barbecues géants au bord des routes, les pourvoient en produits de première nécessité.

Et dans les cartons, ils découvrent des dessins d’enfants.

Le soldat qui a reçu ce dessin aimerait bien retrouver cet enfant qui a écrit :

Chers soldats, je vous souhaite que viennent des extraterrestres et des robots pour vous remplacer et que vous puissiez prendre votre retraite, mais jusqu’à ce que ça arrive, je suis très heureux que vous nous protégiez.

Ici Nora, propriétaire du restaurant La cuisine de Nora de la bourgade druze de Daliyat el Carmel n’a pas arrêté de cuisiner pour tous les soldats depuis le début de la guerre.

Le groupe de Shimshon Riders2 auquel appartient mon fils, est composé d’amateurs de Harley Davidson (je n’ose pas écrire motard3 car ce mot en français a une connotation péjorative). En temps de paix, ils se distinguent par leurs actions envers les enfants venant de familles défavorisées. En ce moment, ils sillonnent les routes du Nord au Sud pour arriver aux postes les plus avancés et apporter aux soldats ce qui leur manque.

Sur la photo, les soldats montrent les Tshirt qui leur ont été offert avec l’inscription צהל חזק (Tsahal hazak) Tsahal est forte. Les Tshirts ne sont qu’une petite partie de ce qu’ils apportent.

(Photo Ella Feijto)

L’aide aux kibboutznikim et moshavnikim qui ont été appelés en milouyim (en réserve de Tsahal) :

Comme bien d’autres associations, l’association Hashomer Hahadash4 a enrôlé de nombreux volontaires pour aider à la récolte les fruits et légumes dans les champs des kibboutzim et moshavim dont l’essentiel de la population a été déplacée dans des zones plus sûres ou bien a été enrôlée à l’armée.

Et il en est de même pour les entreprises, les lycées et les mouvements de jeunesse qui organisent des journées de volontariat aux champs.

Voici ce qu’écrit l’un des volontaires :

Malgré tous les problèmes que nous connaîtrons dans notre pays, malgré le bombardement médiatique qui se focalise sur ce qui ne va pas et qui continuera après la guerre, nous nous en sortirons, car nous sommes opiniâtres.

On peut très facilement s’y laisser emporter et vivre dans un sentiment constant de désespoir et d’irritabilité. À nous de faire taire les bruits de fond et de commencer à rechercher de bonnes actions.

La seule question valable est : où puis-je donner de moi-même ?

Le changement ne viendra pas d’en haut, les 120 membres (de la Knesset) ne seront pas responsables de ce qu’est le pays mais c’est nous qui sommes responsables, tous unis dans les choix que nous faisons chaque jour, dans notre désir de répandre la bonté et la lumière, ou bien de nous plaindre toute la journée de la gravité de la situation.

Le plus important est de renforcer la lumière et la bonté même dans les endroits difficiles, cela a un effet, cela se propage et cela fonctionne. »

L’aide aux réfugiés

Nous avons presque un demi-million de réfugiés dans le pays, des gens déplacés du Nord et du Sud et qui n’intéressent pas la presse internationale. Ils sont relogés dans des hôtels, des kibboutzim et moshavim ou parfois chez des particuliers.

Les cheikhs druzes se sont portés volontaires pour les reloger dans leurs villages :

(Les deux drapeaux sur le mur : le drapeau d’Israël et le drapeau druze)

Bien que logés et nourris gratuitement, les réfugiés ont besoin de l’essentiel. Certains sont partis avec une petite valise mais d’autres, ceux du Sud, sont montés dans les autobus vêtus des pyjamas qu’ils portaient le jour du massacre.

C’est ainsi que la chaîne H&M’a ouvert un magasin gratuit pour les réfugiés qui se trouvent dans des hôtels à Tel Aviv où ils peuvent choisir jusqu’à 10 articles par personne et qu’Optical Center5 offre des lunettes.

Les réfugiés ont besoin aussi de réconfort et reçoivent un soutien psychologique pour les aider à supporter l’angoisse et le deuil. Des psychologues en milouyim prennent quelques moments par jour pour prendre des nouvelles de leurs patients anxieux.

Des classes ont été ouvertes dans les hôtels. Les enseignantes sont elles mème réfugiées et sont secondées par des volontaires.

Ma voisine, Ra’hel, enseignante à la retraite, va quotidiennement aider à l’hôtel Ramada à Jérusalem où se trouvent des habitants de Sderot. Elle s’est rendu compte qu’essayer de simplement réunir les enfants sans leurs parents est impossible. Les enfants se mettent à hurler si leurs parents s’éloignent, comme ce petit garçon orphelin qui refusait qu’on le sépare de sa sœur.

Photo publiée par Mena’hem Borenstein qui a écrit ce que lui a dit l’enfant :

Nos deux parents ont été tués, maintenant nous sommes seuls, mais je la protège

Comme toujours ici la tristesse se mélange la joie, c’est ainsi que Noam Yakobson6 a été dans la même journée à l’enterrement de son neveu et au mariage d’un ami.

Car en ce moment de nombreux mariages ont lieu à l’armée et parfois la mariée n’a pas de robe blanche :

Des naissances aussi ont lieu. Des pères sont libérés quelques heures pour accueillir le nouveau né et rendent en même temps visite aux blessés dans le même hôpital.

L’histoire de Noa et Noam Hanoukka du kibboutz Meflasim restera dans la mémoire familiale :

Le shabbat 7 octobre, Noam était parti très tôt travailler à Ashkelon laissant à la maison sa femme Noa qui était à la fin de sa grossesse.

Noa reçoit tout à coup un appel de Noam : Quitte le kibboutz, enfuis-toi, on vient de me tirer dessus !

Noam, blessé sort de sa voiture pour chercher de l’aide, un policier l’emmène à l’hôpital Barzilai d’Ashkelon. En chemin, d’autres terroristes les prennent pour cible et blessent aussi le policier.

Tous deux sont récupérés par un ami qui arrive à les conduire à l’hôpital.

Pendant ce temps au kibboutz, Noa perd les eaux alors que des dizaines de terroristes commencent leur carnage. Malgré les tirs, l’ambulancier du kibboutz arrive à l’emmener elle aussi à l’hôpital.

Et Noam pourra accueillir leur bébé venu au monde le jour même de leur anniversaire de mariage.

Je vous envoie ces nouvelles positives bien que notre réalité ne le soit vraiment pas : 241 otages, plus de 1400 morts, parmi eux et dès le premier jour 57 policiers et 300 soldats, sans compter tous ceux qui tombent au front tous les jours, les tirs de missiles en provenance de Gaza et du Liban, et la crainte fondée de pogroms supplémentaires à l’intérieur du pays.

Aussi, des groupes de volontaires patrouillent dans toutes les villes et villages juifs en Israël, certains sont armés d’autres non. Ils sont en contact avec les unités de jeeps de la police.

Toutes les municipalités proposent à toute personne qui peut avoir un permis d’arme de se joindre aux patrouilles en particulier dans les villes mixtes.

Voici ce qu’a annoncé Moshe Leon, maire de Jérusalem :

Aujourd’hui, nous avons créé les 10 premières escouades d’urgence. Nous voulons arriver à 33 avec environ 550 bénévoles dans tous les quartiers de la ville.

Les escouades d’urgence sont formées des citoyens bénévoles qui interviendront au sein de leurs communautés, dans les quartiers, afin d’apporter une première réponse immédiate en cas d’urgence. Ils devront suivre une formation générale et une formation au tir afin d’aider les forces de police et de sécurité qui opèrent en permanence dans notre ville.

(Photo municipalité de Jérusalem)

Je n’ai pas le cœur à chanter mais Nir, des Shimshon Riders, a écrit ceci :

Cette chanson « Le blé pousse à nouveau » (je suis optimiste), a été écrite il y a 50 ans7 et la chanson tourne dans ma tête depuis la catastrophe du 7 octobre 2023, à la mémoire des enfants de Sderot et d’Otef Gaza massacrés par des monstres à forme humaine.

Ni la vallée ni la maison ne sont les mêmes, vous n’êtes plus là et vous ne reviendrez pas, ni le sentier, ni le ciel et ni l’aigle, mais le blé pousse à nouveau.

שדות שפוכים הרחק מאופק ועד סף
וחרובים וזית וגלבוע –
ואל ערבו העמק נאסף
ביופי שעוד לא היה כמוהו.
זה לא אותו העמק, זה לא אותו הבית,
אתם אינכם ולא תוכלו לשוב
השביל עם השדרה, ובשמיים עיט
אך החיטה צומחת שוב
מן העפר המר העיריות עולות
ועל הדשא ילד וכלבו
מואר החדר ויורדים לילות
על מה שבו ומה שבליבו
זה לא אותו העמק…
וכל מה שהיה אולי יהיה לעד
זרח השמש שוב השמש בא
עוד השירים שרים אך איך יוגד
כל המכאוב וכל האהבה
הן זה אותו העמק, הן זה אותו הבית
אבל אתם הן לא תוכלו לשוב
ואיך קרה, ואיך קרה ואיך קורה עדיין
שהחיטה צומחת שוב.

À bientôt, HB

Hannah, BokerTov Yerushalayim

* La plupart des photos ont été publiées par Reut Binyamin, et Hashomer ha’hadash


1 עבודה עברית (Avoda ivrit) le travail hébreu est un concept sioniste qui considère que les Juifs doivent être autonomes et revenir au travail manuel et agricole. Dans la langue courante, il signifie aussi un travail bien fait !
En 1995, une loi sur l’égalité des chances au travail a établi qu’il est illégal de choisir des salariés selon leur ethnicité.

2 Les Shimshon Riders : le groupe tire son nom du livre des Juges. Au chapitre 15.4 : Shimshon (Samson) avait attaché des torches à la queue de trois cents renards, laissant les bêtes paniquées courir à travers les champs des Philistins, brûlant tout dans leur sillage.

Les Renards de Samson (en hébreu : שועלי שמשון‎, Shu’alei Shimshon) qui était une unité commando israélienne de la guerre israélo-arabe de 1948. Il faisait partie du 54ᵉ bataillon (commandé par Zvi Zur) de la brigade Givati. L’unité a commencé ses missions dans les années 1980. L’unité a participé à diverses batailles sur le front sud, notamment l’opération GYS et les batailles du couloir de séparation.
Un bataillon de reconnaissance du même nom a été rétabli en 2002, à nouveau subordonné à la brigade Givati. L’essentiel de son travail est confidentiel, bien qu’il soit connu qu’il opère sous le commandement territorial de Tsahal à Gaza.

3 Nous avons aussi des motards : ce sont des motards arabes qui s’amusent à faire rugir le moteur de leur moto en un bruit qui va en enflant, destiné à faire peur car, au début en tout cas, il ressemble à celui d’une sirène. Ils font ça évidemment la nuit et surtout la nuit de shabbat. J’ai entendu hier que certains avaient été arrêtés ici à Jérusalem et avaient été condamnés à des amendes mais cela ne les a pas découragés.

4 Hashomer hahadash:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/05/20/les-shinshinim/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2022/01/18/que-se-passe-t-il-dans-le-neguev/

5 Le propriétaire d’Optical Center. Laurent Lévy, a déjà construit depuis plusieurs années un centre d’ophtalmologie très moderne où les personnes sans ressources peuvent recevoir des soins et des lunettes gratuitement.

6 Noam Yakobson de Latma TV

7 Le blé pousse à nouveau est une chanson triste et nostalgique écrite en 1974 par Dorit Tzamarat, membre du kibboutz Beit Hachita, qui perdu 11 de ses garçons lors de la guerre de Kippour. La mélodie a été composée en 1978 par un membre du kibboutz Sha’ar Golan, Haim Barkani.


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4 commentaires

  1. Quel courage ! Quelle résilience, face à cette abomination. Israël, sa population: jeunes et moins jeunes, nous donnent une grande leçon d’amour de la vie . C’est sa force et sa supériorité de choisir la vie, face à des monstres qui chérissent la mort. Puissent les Français prendre exemple sur le peuple israélien !

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