Non à l’insupportable appel à la haine antijuive

Le 7 octobre 2023 les terroristes du Hamas ont atrocement massacré hommes, femmes, enfants pour l’unique raison qu’ils étaient Juifs. Nous, Francine Kaufmann, Israélienne binationale, spécialiste de la Shoah, dont les parents, juifs français, se sont rencontrés à Drancy, dont le père survécut à Auschwitz, au camp du Ghetto de Varsovie et à Dachau, dont la mère fut résistante FTP-MOI dès 1943, et Stephan Martens, spécialiste de la politique étrangère allemande et des questions mémorielles, dont le père adolescent dut combattre dans les rangs de la Wehrmacht sur le front de l’Est et dont un oncle fut déporté, sommes horrifiés par ces événements et mus par l’idée de réconciliation et de paix.

Nous avons tenu à signer ensemble cette tribune, car nous croyons avec ferveur à la possibilité d’une réconciliation entre les populations, malgré les exactions passées conçues par leurs dirigeants.

Mais nous ne croyons pas à une conciliation avec le Hamas et ses affidés. Le Hamas est une organisation terroriste dont la charte propose à ses militants de détruire l’État d’Israël, ou dans sa version « amendée », d’établir à sa place un État islamiste palestinien. L’invasion barbare du 7 octobre 2023, dans le Néguev occidental, territoire israélien non occupé, a conduit au massacre de 1200 personnes identifiées (sans doute plus), dont des bébés des handicapés et des vieillards désarmés, des adultes pour la plupart militants pour la coexistence pacifique, et au kidnapping de 240 otages dont beaucoup ne sont pas des Israéliens.

La réaction légitime de l’État juif a provoqué dans le monde une inversion des valeurs et des victimes, et a suscité une poussée agissante de haine antijuive.

Dans la plupart des pays européens, jusqu’aux États-Unis, déferle une vague nauséabonde d’antisémitisme. Mais aujourd’hui une nouvelle étape est franchie : des murs d’écoles et d’immeubles sont tagués de croix gammées ou d’étoiles de David, des cimetières juifs sont désacralisés, des hommes, des femmes, des enfants, parce qu’ils sont Juifs, sont insultés, bousculés, menacés sur les réseaux sociaux, et certains ont peur au point de rester cloîtrés chez eux. On se souviendra longtemps des images glaçantes de l’aéroport de Makhatchkala, au Daghestan, envahi par une foule d’émeutiers avertis de l’atterrissage d’un vol en provenance de Tel-Aviv, et venus traquer des Juifs.

Dans les années 1930, des hommes, des femmes et des enfants étaient pourchassés dans les villes allemandes et autrichiennes, plus tard aussi en France et dans d’autres pays d’Europe, uniquement parce qu’ils étaient Juifs : qu’avons-nous donc appris de l’histoire récente ?

La fin de la Seconde Guerre mondiale, date d’il y a à peine 80 ans, et certains peuvent encore se souvenir de la libération des camps d’extermination, quand de l’au-delà sont revenues des ombres humaines : qu’avons-nous appris de cette indicible horreur ? Depuis quelques années déjà les professeurs ne peuvent presque plus enseigner la Shoah ou s’autocensurent par crainte de représailles. Les Européens, et singulièrement les Allemands, ont une responsabilité politico-morale historique vis-à-vis des Juifs – ce n’est pas pour rien que pour l’Allemagne la sécurité d’Israël relève de la « raison d’État », une question d’intérêt national comme l’a rappelé le chancelier Olaf Scholz. Cela signifie que les amis d’Israël ont le devoir de se tenir inébranlablement aux côtés de leurs compatriotes Juifs, où qu’ils vivent, afin qu’ils se sentent en sécurité.

Et aujourd’hui, face à la barbarie, il nous revient en premier lieu de marquer un attachement indéfectible au seul pays juif de l’univers (quel que soit son gouvernement), au minuscule État démocratique d’Israël, dont la moitié du territoire est un désert qui refleurit.

L’antisémitisme n’est pas excusable et n’est certainement pas une réponse à la guerre entre le Hamas et Israël.

Le temps des négociations reviendra, par la force des choses, dans l’esprit des accords d’Oslo de 1993, qui avaient montré qu’une paix est possible entre Palestiniens et Israéliens.

Chaque partie doit y mettre le prix. En revanche, tout acte antisémite est une gifle aux victimes et aux survivants de la Shoah. Dans les colonnes de La Repubblica du 3 novembre 2023, l’écrivaine et journaliste italienne Lia Levi, survivante de la Shoah, se disait désormais convaincue qu’une nouvelle Shoah est possible. Cela doit nous alerter. Or la tolérance, cette valeur qui inspire tant nos sociétés occidentales, ne peut accepter l’intolérance. Depuis près de quinze ans, le Hamas et son associé, le Djihad islamique, envoient des roquettes sur les populations civiles d’Israël. Ils infiltrent des terroristes qui frappent régulièrement au cœur de ses villes. Le massacre barbare du 7 octobre est un point d’orgue qui pousse la population à exiger du gouvernement israélien qu’il assure une sécurité hermétique prolongée à ses frontières, qu’il garantisse un avenir vivable à tous ses habitants. La guerre en retour est une riposte légitime à une agression intitulée « le déluge d’al-Aqsa », qui instrumentalise une fois de plus la présence juive soi-disant menaçante autour de l’esplanade des mosquées de la vieille ville de Jérusalem, site exact du Mont du Temple, où s’élevèrent les Temples juifs, de Salomon et d’Hérode.

Aujourd’hui les juifs n’ont pas le droit d’y prier et des générations d’arabo-musulmans ont appris tout petits que le Temple juif n’a jamais existé mais que les juifs se prépareraient à détruire al-Aqsa afin de reconstruire leur Temple imaginaire.

Le « Déluge d’al-Aqsa » est un Djihad revendiqué, mené par un pouvoir islamiste extrémiste contre un État qu’ils refusent d’appeler par son nom et qu’ils nomment « L’Occupation » Ils désignent ses habitants par leur essence : al-Yahoud : le juif. Peu importe à leurs yeux que certains villages envahis aient été créés dans la Palestine mandataire d’avant 1948 et attribués légitiment au futur État juif dans le plan de partage de l’ONU en 1947, comme le kibboutz Beeri fondé en 1946, ou juste après la création d’Israël comme Nahal Oz édifié en 1951.

Ce ne sont pas les territoires occupés et la colonisation en Cisjordanie – la Judée-Samarie historique – qui les scandalisent. C’est l’État d’Israël tout entier, du fleuve Jourdain jusqu’à la Méditerranée…

…qu’ils considèrent comme Dar al-Islam, territoire islamique, que la présence juive souillerait par sa seule présence « insolente » parce qu’il n’est pas assujetti au statut subalterne de la Dhimma. Le Dhimmi, juif ou chrétien, n’est que toléré et soumis à la domination musulmane. L’Occident ne peut saisir les enjeux véritables du conflit arabo-israélien que s’il tient compte de l’élément religieux qui nourrit l’islamisme du Hamas et du Djihad islamique à Gaza. Au-delà de l’antisémitisme islamiste qui soulève les foules, se cache une guerre de conquête religieuse planétaire contre les peuples arabes non pratiquants et contre les « Infidèles » et les Dhimmis des « peuples du Livre ».

Face à eux, Israël mène une guerre de survie, destinée à garantir un avenir vivable à ses concitoyens.

Plus jamais de pogroms où des hordes antisémites armées envahissent villes et villages et pénètrent de maison en maison pour égorger et brûler des juifs, éventrer et violer des juives. Tant que l’islamiste intégriste frappe Israël, que les otages sont retenus et que les roquettes continuent à tomber indistinctement sur les localités, les hôpitaux, les jardins d’enfants d’Israël, notre soutien doit être inconditionnel. Tant que des concitoyens juifs sont menacés à travers le monde, leur protection doit être absolue.

Que penser d’ailleurs des Nations Unies qui considèrent que la riposte de l’armée israélienne à Gaza pourrait constituer un crime de guerre, et qui, au même moment, autorisent l’Iran, premier soutien du Hamas, à présider le Forum social du Conseil des droits de l’Homme à Genève ! Si le contexte géo-historique au Proche-Orient est complexe et reste difficile à comprendre pour le non-spécialiste, rien ne justifie que l’on puisse relativiser les actes abominables du Hamas.

« Il est un temps pour la guerre. Il est un temps pour la paix », constatait l’Ecclésiaste.

Israël est actuellement engagé dans une guerre totale contre le Hamas et, par là-même contre l’islamisme fondamentaliste du Djihad international. Ne nous trompons pas de combat.

Mais demain, il faudra faire la paix avec les Palestiniens qui acceptent l’existence d’Israël… FK&SM

Francine Kaufmann
Professeure émérite à l’Université Bar-Ilan de Ramat-Gan. Journaliste, interprète diplomatique, spécialiste de la Shoah,

Stephan Martens
Professeur d’études allemandes et européennes à CY Cergy Paris Université


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3 commentaires

  1. Toute analyse qui ne prend pas en compte que l’islamisme est l ideologie de l’islam est vouée à l’impasse. La recente fetwa d’El Azhar à l’encontre d’Israel en est une nouvelle preuve. Le recent sondage falestinien (cf I24) montre que pres de 70 % soutiennent l action du 7 Octobre, laquelle n a pas ete condamnée par le soi disant modéré Abu Mazen.
    Parler  »d’occupation » ou de territoires occupés par Israel, comme vous le faites, vestige ideologique de l’avant 7 oct, va a l encontre de votre démarche proclamée. Il n y a jamais eu de  »Palestine » libre qui aurait été occupée par Israel. C est bien au contraire Israel qui a permis aux troupes d’Arafat chassées de Jordanie, puis du Liban, de s ‘installer dans cette partie conquise par la Jordanie apres la guerre d’independance en 49, (mal désignée sous le terme de  »Cisjourdanie » alors qu’elle était en verité depuis plus de 2000 ans Judée Samarie, remplie de sites bibliques.), et dans cette Bande Gaza jusqu’en 67 occupée par l’Egypte ! La recompense de ces Accords d Oslo vous la connaissez aussi bien que moi : plus d un millier d’Israeliens juifs assassinés.
    En conclusion, la Paix n adviendra que lorsque les Falestiniens et les Arabes reconnaitront le lien historique du peuple juif avec cette terre. Et venant d’Algérie que j’ai dû quitter en 1993, je peux vous affirmer que c est pas demain la veille, si vous me perpettez cette expression populaire.
    Jean PIerre Lledo

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    • Cher Jean-Pierre, vous m’avez très mal lue. Je condamne le Hamas qui n’appelle pas Israël par son nom et n’utilise que le qualificatif : l’Occupation.

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