Israël : Des roues en cadeau

Volontaires de l’association Next Step

[11 décembre 2023]

Depuis le début de la guerre, nous perdons plusieurs soldats par jour, en particulier des officiers. Il faut dire que les officiers de Tsahal sont toujours en première ligne : ils ne disent pas En avant mais Suivez-moi à leurs troupes. Nous avons aussi de nombreux blessés, plus de 1000, dont une partie restera infirme.

De nombreux volontaires leur rendent visite, comme le footballeur Dolev Haziza du Maccabi Haïfa :

J’ai été profondément touchée par la visite d’un soldat hospitalisé à Belinson qui a affronté les terroristes. Quand nous sommes arrivés à l’hôpital, c’était la première fois qu’il se levait parce que sa jambe était amputée. C’est quelque chose qui vous fait froid dans le dos et puis vous entendez son histoire. Il vous raconte qu’il gardait un des kibboutzim avec quatre autres soldats. Ils se sont battus contre les terroristes, les ont repoussés mais il a été touché à la jambe et à l’épaule. Malheureusement pour lui, ils ont dû lui mettre un garrot et ce n’est qu’après six ou sept heures qu’ils l’ont évacué. Il n’y avait donc pas d’autre choix que de lui amputer la jambe. Malgré cela, il vous dit que pour lui, il le ferait 100 fois de plus et que l’essentiel est de protéger les habitants du kibboutz.

La plupart de ces amputés bénéficieront de prothèses comme ces jeunes volontaires de l’association הצעד הבא (Hatsaad haba) ou Next Step1 qui actuellement aident les agriculteurs sans main d’œuvre à cause de la guerre, mais d’autres plus gravement touchés continueront leur vie en fauteuil roulant.

Photo Oz Muallem, Ynet

Ce qui caractérise la société israélienne, c’est l’élan de solidarité qui s’exprime dans de nombreux domaines à chaque fois que c’est nécessaire. C’est ainsi que j’ai lu l’histoire d’Oren et de Jawad :

Oren Shaibi, 47 ans, est né à Kfar Saba, Jawad Masrawa, 48 ans, est né à Taibe, une importante ville arabe dans le centre du pays. Ils se sont rencontrés en 2009 au centre de rééducation Levenstein à Ra’anana et ont créé l’association גלגלים לנתינה (Galgalim lanetina) Will to Wheel ou Des roues en cadeau.

Oren Shaibi et Jawad Massaoua, photo Oz Muallem, Ynet

Oren : J’étais dans un long processus de rééducation après un grave accident de VTT que j’avais eu quatre ans plus tôt, à l’âge de 32 ans. Blessé aux jambes, et à la tête, j’avais aussi perdu la mémoire de ce qui s’était passé avant l’accident. Jawad venait à Levinstein en fauteuil roulant pour redonner espoir aux personnes gravement blessées, après avoir lui-même suivi une rééducation quelques années plus tôt.

Jawad avait 26 ans lorsque son monde a basculé, touché par une balle perdue lors d’un règlement de compte entre deux clans2. Il se trouvait simplement au mauvais moment au mauvais endroit. Cette balle perdue dans la colonne vertébrale l’a transformé en une personne handicapée qui se déplace en fauteuil roulant :

Malheureusement, dans la société arabe, un handicapé est une demi-personne méprisée par la société, c’est pourquoi je n’ai jamais pu me marier et fonder une famille. Aucune famille ne voulait de moi pour gendre.

Leur rencontre à Lewinstein leur a insufflé un esprit d’entreprise :

C’est incroyable comme le destin semble attendre de réunir deux personnes qui veulent seulement entreprendre et donner, sans se laisser arrêter par le handicap. Un sursaut d’énergie qui ne fait que se renouveler tous les jours, déclare Oren

Dès les premières semaines de réunion, nous avons créé un club social et de loisirs à Lewinstein, qui existe encore aujourd’hui,se souvient Jawad.

Parallèlement, ils s’engagent tous deux dans diverses activités de volontariat : Jawad s’engage à Yad Sara3 et auprès des jeunes handicapés et Oren fonde, avec deux amis, l’association אוהלי קדר (Ohalei Kedar), les tentes de Kedar à la mémoire d’un officier de Tsahal : Dolev Kedar de Kfar Saba, tué lors de la Seconde Guerre du Liban. L’association s’occupe de distribuer des plats chauds aux familles dans le besoin et d’aider leurs enfants dans leurs études. Ils organisent aussi des voyages pour les personnes handicapées :

« C’est en fait de là,explique Jawad,

qu’est née l’idée du projet Des roues en cadeau4.Nous sommes partis en Inde et nous avons vu des amputés se traîner par terre. Nous étions tellement horrifiés que les participants ont décidé de donner à ces gens leurs fauteuils de rechange que nous avions emportés.

Avec l’aide de milliers de bénévoles dans tout le pays comme ces jeunes femmes, ou des retraités parachutistes qui combattirent lors de la guerre des 6 jours, et qui sont venus spécialement aider lors de cette guerre, ou les scouts de Kfar Saba.

Jawad est devenu mécanicien et Oren s’est spécialisé dans la logistique. Ils ont créé un atelier de réparation de fauteuils roulants destinés à la casse, des dizaines de fauteuils roulants qui viennent d’un peu partout et qui sont réparés dans sept ateliers du nord au sud du pays.

Scouts de Kfar Saba dans l’atelier. ynet

Une fois réparés, ces fauteuils seront envoyés à tous ceux qui en ont besoin :

Jawad explique que parmi les jeunes volontaires, il y a en aussi qui viennent du secteur arabe :

Nous avons ouvert un atelier à Taibe. Ils apprennent à regarder le monde juif et les handicapés d’un autre œil, sans mépris. Un Arabe qui n’a pas de jambes s’identifie davantage à un Juif qui est en la même situation.

Il regrette cependant que les volontaires arabes ne viennent actuellement plus : Ils ont peur des représailles dit-il.

Il faut dire qu’au début de la guerre, un Arabe de Taibe, propriétaire d’un magasin de vélos, avait offert son stock aux habitants du Sud et le soir même sont magasin était incendié !

Il n’a trouvé aucun secours auprès des siens, mais un Juif l’a aidé à créer un site de vente en ligne pour remplacer son magasin.

Ben et sa sœur Gal site : Mako

Ces jours-ci, Oren et Jawad distribuent leurs fauteuils roulants dans les hôpitaux pour les soldats amputés mais aussi pour des civils, comme Ben et Gal. Le frère et la sœur participaient au concert Nova le 7 octobre et ont réussi à survivre malgré leurs graves blessures. Ils ont malheureusement été amputés d’une jambe.

À bientôt, HB♦

Hannah, Boker Tov Yerushalayim


1 https://thenextstep.org.il/en

2 La violence dans la société arabe : https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2022/06/28/les-raisons-de-la-violence-interne-dans-la-societe-arabe-israelienne/

3 Yad Sarah (hébreu : Yad Sarah) est la plus grande organisation bénévole nationale en Israël. Employant plus de 6 000 bénévoles et un personnel salarié de seulement 150 personnes, Yad Sarah sert plus de 350 000 clients chaque année. Il est surtout connu pour ses prêts gratuits de plus de 244 000 équipements médicaux et de réadaptation à domicile par an, permettant aux patients malades, handicapés, âgés et en convalescence de vivre chez eux. Cela permet à l’économie du pays d’économiser chaque année environ 320 millions de dollars en frais d’hospitalisation et en soins de longue durée.
https://yadsarah.org/

4 Le projet Will to Wheel, Donner des roues, ou en hébreu גלגלים של נתינה dépend de l’association Les tentes de Kedar


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Un commentaire

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