Nazisme, Shoah, 7 octobre : un projet d’éradication des Juifs, le crime contre la filiation

Ce que Pierre Legendre1 annonçait.

Par Évelyne Tschirhart 
[8 juillet 2024]

Dans son livre « Sur la question dogmatique en occident »2, Pierre Legendre termine le chapître15 sur un texte très important intitulé « La brèche, remarques sur la dimension institutionnelle de la Shoah ».

Selon lui, la réflexion sur la Shoah, bien que largement étudiée, commentée, sans oublier les nombreux témoignages des rescapés, a rarement interrogé le principe de filiation qui, de son point de vue, est au cœur de cet évènement.

L’Europe, pourtant très impliquée, n’a pas entrepris le travail nécessaire pour mettre à jour la valeur institutionnelle de cet évènement qui s’en prend au principe même de filiation. En interrogeant le nazisme, Legendre explique :

« Le programme scientifico-industriel, géré comme n’importe quel programme administratif, en vue d’anéantir les lignées juives, n’est pas assimilable à quelque pogrom géant… Il s’est agi de penser l’idée de filiation sur des bases légales nouvelles, non pas pour les Juifs appelés à disparaître, mais pour l’Humanité nouvelle débarrassée des Juifs. La Shoah a été pensée en termes de droits de l’homme, à partir d’une législation posant la purification raciste, selon les mots d’Hitler lui-même, comme un droit sanctissime de l’homme. »

Ce spécialiste du Droit romain et psychanalyste, nous mettait en garde :

« Si la prise en compte de ce dont il s’agit dans la doxa de la non-limite n’a pas lieu, si donc nous renonçons à étudier le phénomène d’un délire d’État et son effet de levée du tabou du meurtre, mesurons la portée de cette abstention ; non seulement on entretient à bas bruit l’antisémitisme sous l’apparence de le combattre, mais on renonce à analyser les suites institutionnelles de la Shoah, à savoir la dé-symbolisation généralisée dont sont victimes les nouvelles générations d’Occident ».

Pierre Legendre avait donc anticipé ce qui maintenant éclate au grand jour : le retour de l’antisémitisme par la voie de l’antisionisme, et l’atteinte massive à la symbolisation qui régnait à peu près dans nos sociétés occidentales. Tout le corpus normatif de la société est en train de s’effondrer avec ses conséquences incalculables dont on voit déjà les effets. Nous y reviendrons dans la suite de cet article.

Antisionisme et antisémitisme : même combat !

Les conséquences sont donc ravageuses si l’on considère que quatre-vingts ans après la chute du troisième Reich, non seulement la question juive n’a pas été réglée, mais elle resurgit en Israël, État juif et souverain, et en Europe (surtout en France) alors que le « plus jamais ça » semblait définitivement acquis. Or il n’en est rien et la question revient en boomerang avec le succès de la gauche extrême, aux élections législatives, soutien inconditionnel du Hamas.

Israël est toujours persécuté, même s’il ne fait la guerre à personne, sauf quand on l’attaque, bien sûr, ce qui est alors un devoir : celui de protéger son peuple, ses concitoyens. Le 7 octobre a cruellement mis en pleine lumière la volonté du Hamas d’en finir avec Israël. La manière dont la population du sud d’Israël a été monstrueusement massacrée, hommes, femmes enfants et bébés, est comparable, à une autre échelle, aux atrocités nazies.

Après trois jours de sidération et d’indignation, l’Occident a détourné la tête du côté palestinien, bombardé (avec toutes les précautions d’usage de la part de l’armée israélienne), afin d’éradiquer les éléments du Hamas qui se terrent dans les tunnels ou se faufilent parmi la population gazaouie. L’indignation occidentale aura été de courte durée et a vite changé de camp. Israël était prié d’y aller avec des pincettes, tandis que des centaines d’otages sont toujours détenus, soit dans les tunnels, soit parmi la population qui a pour mission de les tenir fermement prisonniers. Combien sont-ils morts depuis leur enlèvement ? Nous ne le savons pas plus que leurs familles.

En quelques jours, le « peuple palestinien » qui n’existe pas, (ce sont simplement des populations arabes), est devenu peuple martyr et, à ce titre, il reçoit le soutien inconditionnel des États-Unis, de l’Europe et bien sûr des musulmans dans le monde, de manière plus ou moins appuyée. En France, l’extrême gauche a fait de la cause palestinienne, le fer de lance d’une propagande éhontée, agressive et guerrière avec son porte-drapeau Rima Hassan qui s’exhibe avec son keffieh palestinien aux côtés du leader « maximo » Mélenchon. L’antisémitisme a aussitôt grimpé en flèche, faisant renaître une haine dont les fumerolles sont allumées, çà et là, depuis quelques années par des arabo-musulmans qui vengent les Palestiniens en assassinant des Juifs.

L’extrême gauche, sans surprise, et au nom d’une « libération nationale » a sorti du placard révolutionnaire, son artillerie guerrière. Les élections législatives viennent de lui donner la majorité.

« Les penchants criminels de l’Europe démocratique »3 n’ont pas déclaré forfait ! Le Juif, d’Israël ou d’ailleurs, reste le Juif ; le seul fait d’exister est une forfaiture et tout est bon pour le désigner comme fauteur de troubles.

Si la Shoah reste un tombeau sacré pour les morts, les Juifs vivants, ceux d’Israël ou d’ailleurs, restent coupables dans la continuité.

Nous sommes revenus à la case départ du crime ontologique. Les nouvelles victimes sont les « Palestiniens » en Israël, et les musulmans immigrés en Europe.

Cette victimisation vise à culpabiliser l’Occident, qui a choisi le giron des pays arabo-musulman et leur manne pétrolière, en échange de quoi l’Europe devenait vassale consentante, cela au prix notamment, d’une immigration consentie et sans limite. L’idéologie des droits de l’homme fonctionnant à sens unique, cela va de soi.

Bat Ye’or a abondamment illustré dans ses livres « Eurabia, l’axe euro-Arabe » et « L’Europe et le spectre du califat »4 le pacte mortel qui lie les pays européens à l’Organisation de la Coopération Islamique (OCI).

Pierre Legendre interroge la Shoah en tant qu’Historien du droit romain :

« Qu’abrite le racisme érigé en droit du meurtrier ? Il abrite la prétention d’éliminer une généalogie, c’est-à-dire qu’il s’attaque à des parents, à des enfants comme tels, fils de l’un et l’autre sexe selon la formule des Romains. l’échelle de la culture européenne, dite judéo-chrétienne, le racisme anti-juif a produit le crime typiquement généalogique.En battant les Juifs, les tortionnaires nazis battaient leurs parents… La Shoah demeure un passage à l’acte institutionnel, dirigé contre la figure de l’Ancêtre à l’échelle de la civilisation du droit civil, c’est-à-dire comme geste d’État instituant le parricide ».

Par voie de conséquence, on peut dire « qu’en s’attaquant aux Juifs, Hitler s’attaquait au principe de filiation. »

Il s’agit là d’un point nodal si l’on veut comprendre les racines de l’antisémitisme, et il paraît évident que cette question est loin d’être réglée puisqu’elle remonte à la naissance du christianisme.

« Les Juifs se livrent à des interprétations insensées »

En 1980, Pierre Legendre participe au colloque de Montpellier : « La psychanalyse est-elle une histoire juive ? » Sa prestation a pour titre : « expertise d’un texte ». Elle se fonde sur l’explication du texte de l’Empereur Justinien dans la Novelle 146 datée de 553 sous sa version latine et qui a été rendue publique dans tout l’Occident à partir des temps scolastiques, c’est-à-dire du milieu du XIIe siècle.

Il s’agit d’abord du signifiant Juif, faisant partie des valeurs transmises, puisque les signifiants « nous instituent dans une descendance. »

Selon Legendre la question pourrait être posée ainsi :

« peut-on encaisser les Juifs ? Et par voie d’extension, peut-on encaisser la psychanalyse ? » (N’oublions pas que c’est un Juif qui a inventé la psychanalyse.)

Or, nous dit Legendre,

« la Novelle 146 de l’Empereur Justinien théocrate qui légiféra à Byzance au nom de la souveraine Trinité et pour l’Empire romain tout entier, nous montre remarquablement ce qu’on pourrait appeler le point aveugle du discours occidental : l’espace de la question sans réponse, l’espace où le répondeur aux questions de la vie humaine brille par son absence. »

Pour dire les choses plus prosaïquement : l’affirmation de l’Empereur Justinien est sans appel et ne souffre aucune question, aucune réponse. « Ainsi le signifiant Juif se trouve traité en catégorie juridique du droit romano-chrétien ».

D’un côté nous avons le mode romano-chrétien, fondé sur les oracles du pouvoir incarné, de l’autre, le Juif, fondé sur la transmission des interprètes.

Ces deux conceptions sont donc
radicalement incompatibles.

Ainsi s’éclaire le titre de la novelle : « Les Juifs se livrent à des interprétations insensées. » En mots simples, cela signifie : « Les Juifs sont fous. » Et cela s’est inscrit (juridiquement) dans le texte sous le sceau du pouvoir de l’empereur, comme il le sera par la suite sous le sceau du Pape. Ce sont ces personnalités au sommet qui sont les garantes de la « vérité » qui est aussi celle de la Raison.

Quant aux Juifs, qui n’ont ni Empereur ni Pape, leurs écrits sont discutés par eux-mêmes, c’est-à-dire par les rabbins qui interprètent les textes ; les Romains disent « une interprétation corporelle du texte », ce qui n’est pas un compliment !

« Le Christianisme, nous dit Legendre est « fondamentalement adaptatif » au sens du discours du management. »

On a pu le voir concrètement, ces dernières années avec l’arrivée du Pape François qui a endossé la cause des immigrants, pour la plupart musulmans, au détriment de l’intérêt existentiel des populations autochtones chrétiennes et juives. Le dogme de la charité n’est plus ordonné, il est illimité…

Vers un monde sans limites

La société occidentale file un mauvais coton ! tout ce qui fondait notre Nation, notre État de droit, sa langue, ses mœurs, son école réputée pour être une des meilleures du monde, notre culture, nos arts, eux aussi admirés, notre économie reposant sur l’industrie et l’agriculture, notre indépendance énergétique grâce au nucléaire, voulue par le Général de Gaulle, notamment par rapport à la puissance américaine, tout cela est en train de voler en éclat. On pourrait évidemment parler de la cohésion nationale, mise à mal par une population exogène, de culture et de religion différentes, et qui perturbe dangereusement l’équilibre de notre mode de vie, de nos institutions et à terme, met en question notre survie.

Plus personne n’ignore aujourd’hui qu’un projet diabolique est à l’œuvre pour détruire les nations au profit d’une Europe hégémonique qui se préparait depuis la fin de la seconde guerre mondiale et s’est construite sur les ruines du nazisme. Mais ces ruines sont fécondes, dès la fin de la guerre.

De nombreux nazis ont réussi à rejoindre les pays arabes amis ; ils partageaient la même haine du Juif avec les pays d’islam.

D’autres se sont reconvertis aux États-Unis et ont apporté leur contribution à la nouvelle Europe en construction. Le Plan américain était simple : faire de l’Europe son vassal économique et politique. D’où la nécessité de l’éloigner définitivement de la Russie. C’est ce qui se joue ouvertement aujourd’hui.

On a décrété de façon mensongère que les Nations, causes des guerres, devaient disparaître au profit d’une union européenne qui les délivrerait du poids de leurs défauts, voire de leurs crimes. C’est ce qui est en train d’advenir. La grande Europe, est en passe d’achever les nations, c’est-à-dire de construire une fédération où tous les pouvoirs seront concentrés entre les mains du mondialisme conquérant.

Et cette destruction avance à grands pas : elle a commencé avec la destitution du Père (garant de la Loi), elle se poursuit avec la destruction des représentations normatives, par le wokisme qui nous vient des États-Unis, la destitution de la loi naturelle du genre, la transsexualité, qui permet à chacun de décider de son sexe, et donc d’en changer. Et, couronnant le tout, l’Empire des « Droits de l’homme », qui est devenu « une religion civile »5. Elle a pris le pas avec « La Cour européenne des droits de l’homme » sur toute législation nationale et elle entretient la confusion entre le Bien et le Mal puisque le coupable est transformé en victime de la société.

Quant à la religion chrétienne qui tenait (certes de plus en plus mollement), la société sous l’obédience de la Loi de Dieu, nous voyons ce qu’elle est devenue : un rouage des « droits de l’homme »6.

C’est pourquoi on a pu voir le pape François laver les pieds des migrants ; quand on sait que ces derniers sont majoritairement musulmans, on s’étonne de voir le Souverain Pontife se comporter en dhimmi et exhorter les Chrétiens à accueillir toujours plus de musulmans.

Les remparts qui tenaient la société occidentale cèdent les uns après les autres

Les nouveaux prophètes de la science et de la technologie sans limite, sont les apprentis sorciers d’un monde recréé, non à l’image de Dieu, mais à l’image d’eux-mêmes, ivres de leurs pouvoirs.

Il n’y a plus d’interdit, comme l’écrit Pierre Legendre. Nous voyons aujourd’hui le démantèlement de l’ordre de la filiation, dans les sociétés occidentales. Preuve que le nazisme n’a toujours pas été compris dans son essence et preuve que l’islamisme est dans une concurrence « à mort » de filiation avec le Judaïsme, ce qui explique que l’Islam radical n’est pas dans une revendication de territoire mais dans une revendication concurrentielle en tant que religion unique, qui a pour mission d’imposer sa vérité et de gouverner le monde. ET

Évelyne Tschirhart, MABATIM.INFO


1 Pierre Legendre, spécialiste du Droit Romain, psychanalyste.

2 Pierre Legendre : « Sur la question dogmatique en occident » Fayard 1999

3 Les penchants criminels de l’Europe : Jean-Claude Milner, éd Verdier 2003

4 Ouvrages de Bat Ye’or : Eurabia, l’axe euro-arabe, ed : Jean-Cyrille Godefroy 2006 et « L’Europe et le spectre du Califat » ed. Les Provinciales 2010

5 François Furet, inventaire du communisme, Paris ed. EHESS 2012

6 Voir aussi le livre de Jean-Louis Harouel : « Les droits de l’homme contre le peuple ». éd Desclée de Brouwer 2016


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2 commentaires

  1. Charité désordonnée, permissivité érigée en dogme, déconstruction à tous les étages… Le meurtre du Juif, symbolique, avec la négation de l’identité et du principe de filiation, se réalise, s’organise, très logiquement : le monde chrétien, comme l’islam, ne supporte pas l’altérité. Il veut régner seul. Et donc doit tuer le témoin gênant. Le meurtre du Père, c’est le meurtre du Juif.
    Comment allons-nous sortir de cette folie furieuse ?

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  2. dissocier antisionisme et antisemitisme est une plaisanterie a laquelle aucun d entre nous n aurait du se plier .
    faire croire qu microscopique etat juif de 20 000 km2 derange l humanité toute entiere est une idée scelerate que beaucoup de juifs idiots utiles du fascisme arabe ont colporté .
    le monde arabe qui occupe des millions de km2 et n en fait que du sable et du vent n a que faire de nos 2 arpents de terre juive .
    c est la liberté juive qui est visée car l emancipation de l esclave que l on maintenait vivant en tant que sous homme est insupportable a l ideologie islamo nazie , et donc aux multiples dictatures arabes et leurs alliés européens .
    notre petit bout de terre fecondée par notre travail ou l esprit hebraique ancestral renait grace aux fils de la Thora les rends fous , voila toute la verité .

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