Je ne veux plus être un citoyen locataire

Par Klod Frydman
[8 mai 2025]

Ce cri d’Herbert Pagani dans « Plaidoyer pour ma terre » est plus obsédant que jamais.

« Israël, casse-toi, la Palestine n’est pas à toi ».

Scandé à la manifestation appelée par l’extrême gauche, LFI, EELV et le NPA le 13 novembre 2024. Le slogan « La Palestine du fleuve à la mer » a le même sens.

« Juif : casse-toi, la France n’est pas à toi ! », slogan du 26 janvier 2014 à la manifestation de l’extrême droite contre le gouvernement, dite jour de colère.

Civitas, Égalité et Réconciliation, Les Frères Musulmans avec Camel Bechikh se joignent à cette manifestation. Dieudonné, le vieux complice d’Alain Soral, pousse également ses partisans à être présents en ce jour qui promet d’être explosif.

Robert Badinter témoigne dans le Parisien du 1ᵉʳ février 2014 :

« Le plus saisissant, ce sont les cris antisémites poussés par certains manifestants. C’est la première fois depuis la fin de l’occupation que l’on entend hurler dans les rues de Paris dehors les Juifs».

Et ces hurlements vont crescendo jusqu’à l’apogée du 7 octobre 2023.

Expulsion des Juifs

« Depuis les déportations romaines du 1ᵉʳ siècle après Jésus, nous avons été partout honnis, bannis, traqués, dénoncés, écrasés, spoliés, brûlés et convertis de force1. »

Depuis que les Hébreux ont été chassés de Judée, rebaptisée Palestine par les Romains, on ne compte plus les expulsions et les persécutions des Juifs de tous les pays, sur tous les continents, sous des prétextes religieux, économiques ou pour la pureté de la race.

– En Afrique et en Asie Mineure, depuis l’expulsion de Tunisie en 1535, l’Égypte, la Syrie, l’Iran, l’Irak, l’Algérie, le Yémen, etc.

– En Amérique, les Portugais ont commencé au Brésil en 1654 suivis par les colonies espagnoles, et françaises, jusqu’à la Louisiane avec Louis XV.

– En Europe, l’Angleterre, l’Allemagne, l’empire d’Autriche, l’Italie, la Hongrie, l’Ukraine, la Russie puis l’URSS et les pays de l’est, etc.

– En Palestine ottomane aussi. Le 6 avril 1917, les autorités ottomanes décrétèrent l’expulsion des Juifs de Tel Aviv. Dix mille Juifs, la totalité des habitants de la ville prirent le chemin de l’exil. Une grande partie ne survécut pas à leur déportation dont la majorité des enfants et des personnes âgées. Ils furent environ 2 400 à parvenir en Galilée. De nombreux déportés de Tel Aviv avaient déjà vécu une expulsion en Russie ou en Pologne avant d’arriver en Palestine.

La France est championne du monde des expulsions de Juifs

L’historique des décrets d’expulsion des Juifs de France est décrit dans un livre de Richard Rossin, « Des édits d’expulsion des Juifs de France, petit bréviaire » paru en 2021 aux éditions BOD.

– En l’année 533, le roi Childebert 1ᵉʳ, fils de Clovis promulgua le premier décret d’expulsion des Juifs de France. Il concernait ceux qui refusaient de se convertir au catholicisme.

– La quatorzième décision fut celle prise sous Pétain en 1943, participant à la solution finale.

– L’expulsion la plus catastrophique eut lieu en 1306 sous Philippe le Bel. Les finances du royaume étaient dans une terrible situation. Le roi s’empare des propriétés et des créances des 100 000 Juifs de France que les prêteurs avaient concédés. Las, les biens confisqués rapportèrent bien moins que les impôts qu’ils payaient, quant aux créances… Le roi fit saisir les livres de comptes. Ceux-ci étaient écrits en hébreu et ne purent être traduits. Philippe le Bel tenta de se renflouer en massacrant les Templiers. Sans plus de succès.

– La plus aberrante des expulsions date de 1615 quand Louis XIII signa un décret d’expulsion alors qu’il ne restait qu’un seul Juif dans le royaume de France. Sommité de la médecine de ce temps, Eliahu Montalto était le médecin de la reine Marie de Médicis et de la cour.

Quatorze décrets d’expulsion avec une moyenne d’un par siècle, mais aussi une alternance de périodes de tranquillité et de tensions comme l’affaire Dreyfus.

Pascal Boniface, Rima Hassan et Alain Soral

En avril 2001, Pascal Boniface a une idée géniale pour stopper le déclin du Parti Socialiste. Délégué national pour les questions stratégiques, il adresse à François Hollande une note dans laquelle il préconise la rupture avec le soutien d’Israël, arguant de l’influence grandissante de l’électorat musulman soutenant la cause palestinienne comparé à la maigre communauté juive. À la suite de la polémique qui s’ensuivit, Pascal Boniface démissionna du Parti Socialiste et écrivit plusieurs livres hostiles à l’État d’Israël dont « Est-il permis de critiquer Israël ». Ses thèses influencèrent la France insoumise.

L’euro députée Rima Hassan et Pascal Boniface souhaitent importer le conflit Israélo-palestinien en France, ils veulent que chaque musulman s’exprime en prenant position contre Netanyahou, contre Israël, contre les Juifs. Ceux qui ne le font pas suffisamment comme le maire socialiste de St-Ouen, Karim Bouamrane ou Lamia El Aaraje adjointe au maire de Paris, sont accusés d’être des « Muslim d’apparence »2. Rima Hassan et Pascal Boniface jettent sans cesse de l’huile sur le feu.

Lors de la perquisition au domicile d’Alain Soral en juillet 2020, les enquêteurs ont mis la main sur son carnet de notes :

« Le judaïsme est un crime contre l’humanité. », écrit-il.

Un carnet débordant de notes personnelles du même acabit.

Pour la première fois à l’occasion de cette fouille, révélée par Libération, les policiers ont pu pénétrer dans l’antre de cet idéologue de la haine des Juifs.

Il appelle à « s’armer » pour la « guerre » contre les Juifs qualifiés de « parasites pervers prédateurs satanistes ».

Alain Soral est renvoyé devant un tribunal correctionnel, il n’est condamné qu’à 5 000 € d’amende.

Que reproche-t-on aux Juifs

Danny Trom écrit dans La France sans les Juifs :

« Que reproche-t-on aux juifs ? Ils possèdent l’argent, ils possèdent des intellectuels, ils possèdent des médias, ils possèdent avec la Shoah l’épure du crime génocidaire, ils possèdent l’influence politique, ils possèdent le respect. Ils possèdent la solidarité, ils possèdent même un État supplémentaire. Et puisqu’ils possèdent tout cela indûment et en toute quiétude, c’est qu’ils possèdent l’immunité, donc l’impunité. Nul besoin d’être djihadiste pour agréer à une partie ou à la totalité de ces propositions qui circulent depuis si longtemps qu’elles se sont cristallisées en une espèce de sous-culture du ressentiment ».

La France est devenue pour les juifs une terre d’émigration. Il n’y a pas aujourd’hui en France d’antisémitisme d’État, mais même les plus antisionistes parmi les juifs ont dans un coin de leur inconscient une petite voix qui leur dit que leur valise doit être prête pour quitter leur pays en cas d’urgence.

La philosophe Élisabeth de Fontenay disait en 2010 :

« La guerre des Six-jours a été mon chemin de Damas… Je me sentais étrangère au monde des sionistes. Certes je n’étais pas anti-israélienne ; m’engager pour Israël me semblait une infidélité aux cinq personnes de ma famille disparues à Auschwitz sans que je comprenne, enfant, ce qui était arrivé. La guerre des Six-jours a tout changé, car la panique que j’ai ressentie devant la possibilité d’un nouvel anéantissement a été un moment fondateur. J’ai alors réalisé que je tenais à Israël comme à la prunelle de mes yeux ».

« Sans les Juifs, la France ne serait plus la France »

Manuel Valls dixit après la prise d’otages de l’Hyper Cacher le 10 janvier 2015.

« Voir des Français juifs quitter, de plus en plus nombreux, leur pays parce qu’ils ne se sentent plus en sécurité… mais aussi parce qu’ils ne se sentent plus compris, parce qu’ils ne se sentent plus à leur place, aurait dû être, depuis longtemps, pour nous tous Français, une idée insupportable »

Et l’avocat Gilles-William Goldnadel surenchérissait :

« il n’y a plus de doute, les juifs quittent la France. Non de manière massive, mais désormais régulière et significative. Ils ne le font pas dans l’allégresse, ni dans le désarroi, ils le font dans la résignation. Et de trancher : on est libre de quitter la France quand elle vous abandonne ».

Une expulsion à bas bruit

La population juive de France était estimée à près de 700 000 dans les années 1970. En 2025 elle serait de 450 000. L’agence juive a enregistré en 2024 une hausse de 342 % des constitutions de dossiers d’Alya3.

Les Français sont 56 % à être indifférents face à un départ des Juifs, ils sont 12 % à considérer que ce serait une bonne chose (20 % des sympathisants de La France Insoumise et 15 % de ceux du Rassemblement National)4

Les territoires perdus de la République qu’avait décrits Georges Bensoussan en 2002 sont devenus de plus en plus « judenrein », sans juifs.

Et se pose la question : Les Juifs ont-ils encore un avenir en France ?

La situation en Israël n’est pas sans conséquences. Depuis le 7 octobre 2023, les actes antisémites se multiplient. Meurtres, agressions, viols, menaces, manifestations, boycotts, dans les rues, les écoles, les lieux de culte, transports, les appartements.

En dépit des mesures prises par le gouvernement français, les juifs de France se sentent plus en sécurité dans un Israël en guerre que dans une France à la paix illusoire.

L’impact économique sur la France d’un exode massif des Juifs ?

Certains prédisent un désastre : reconnaissant l’augmentation de l’antisémitisme, le Vice-président hollandais de la Commission Européenne, Frans Timmerans a déclaré

« Si les Juifs quittent l’Europe, ce sera une catastrophe économique ».

Le président du Congrès juif européen a averti :

« Si les États européens n’agissent pas maintenant contre l’antisémitisme, ils vont droit vers une crise économique majeure. Tous, sans exception. » « Sur les trois millions de Juifs qui vivent en Europe, au moins un million sont des hauts cadres ou des jeunes très actifs. S’ils partent, ce sera une catastrophe économique pour l’Europe en général parce que certains soutiens non juifs s’en iront avec les Juifs.

D’autres sont moins catégoriques. Selon le président d’Europe-Israël, il est difficile de pouvoir évaluer l’impact qu’aurait un exode massif des Juifs sur l’économie européenne, les données ethniques sont interdites en France. Ce que l’on sait, c’est que les revenus moyens des Juifs sont généralement supérieurs à la moyenne nationale, mais étant donné la faible taille de la communauté juive de France, l’impact devrait être probablement minime.

On reproche aux Juifs de posséder ce qu’ils ont créé ou développé.

Parmi les entreprises dont la France s’enorgueillit, on trouve Dassault, Citroën, le réseau de chemins de fer (Rothschild), les transports maritimes (Pereire), le textile (Levy), les Galeries Lafayette, la communication et la presse (Bleustein-Blanchet, Lazareff), etc., pour le plus grand bénéfice de la nation.

Certes d’autres communautés présentent des réalisations aussi importantes, dans la science, la culture, la médecine, mais aucune pour une aussi faible population, et aucune qui soit aussi controversée.

Quel avenir pour les Juifs de France ?

Pour des motifs antisémites ou simplement électoraux, l’importation du conflit du Moyen-Orient met d’abord en concurrence deux communautés :

Les Juifs se retrouvent face aux Arabo-Musulmans.

Même si, parmi ces derniers, seule une minorité présente un danger, cette minorité est numériquement très supérieure aux Juifs. Sous l’influence des Frères Musulmans, ils veulent imposer la dhimmitude5 et la charia et prônent l’intifada, le djihad6, la guerre civile. Les Juifs sont pour eux le maillon la plus faible, quel sera le maillon suivant à éliminer ?

La montée de l’antisémitisme l’exaspération de la violence poussent les Juifs à envisager de quitter la France, en dépit de leur attachement à ce pays, à la laïcité, à sa culture, à ses valeurs passées.

Ils revoient des scènes vécues avant la deuxième guerre mondiale et surtout craignent pour leurs enfants. Des enfants sont abattus à bout portant à Toulouse, une petite fille est violée à Courbevoie. À côté de croix gammées on peut lire sur des murs :

« Mort aux Juifs », « Vive Palestine », « Un bon Juif est un Juif mort ».

Vu d’Israël.

On disait en 1945, « les pessimistes ont survécu à New York, les optimistes sont morts à Auschwitz ».

Aujourd’hui en France, la majorité des pessimistes juifs qui pensent à émigrer se dirigent vers Israël. Bien que leur sionisme soit avant tout motivé par la crainte, Israël est prêt à les accueillir. Ils rentrent à la maison, ils ne seront plus des dhimmis.

L’Alya des Russes, la dernière grande immigration a donné à l’État d’Israël une impulsion extraordinaire. Ce petit pays de 22 000 km² et dix millions d’habitants est devenu une grande puissance.

L’immigration de France sera celle d’une population de cadres et d’entrepreneurs parmi les plus avancées sur les plans scientifiques et culturels. Ce sera un nouvel essor pour Israël, une grande défaite pour les antisémites et avec eux, à notre grand regret, pour la France.

Alors pourquoi choisir Israël ? concluait Herbert Pagani dans son « Plaidoyer pour ma terre » :

« Quand Israël sera hors de danger,
je choisirai parmi les Juifs et mes voisins arabes,
ceux qui me sont frères par les idées.
Aujourd’hui, je me dois d’être solidaire avec tous les miens,
même ceux que je déteste, au nom de cet ennemi insurmontable :
le RACISME.
Descartes avait tort :
je pense donc je suis, ça ne veut rien dire.
Nous, ça fait 5 000 ans qu’on pense, et nous n’existons toujours pas.
Je me défends, donc je suis 
! ». KF♦

Klod Frydman, MABATIM.INFO


1 Herbert Pagani dans « Plaidoyer pour ma terre »

2 Atlantico, Karim Maloum : Gauche Gaza : ce que cache vraiment l’offensive Rima Hassan & Pascal Boniface, 21/10/2024

3 Émigration des Juifs en Israël. Littéralement « la montée en Israël ».

4 Source : Ipsos | Enquête 2024 sur le regard des Français sur l’antisémitisme et sur la situation des Français juifs | Septembre 2024

5 Condition sociale et juridique des chrétiens et des juifs, en terre d’islam. Pour vivre ils doivent payer un impôt, la jisya. Les autres croyances et ceux considérés comme de mauvais musulmans doivent être tués ou réduits en esclavage.

6 La guerre sainte.


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5 commentaires

  1. Bien sûr qu’il y a un antisémitisme d’état. Pourquoi le gouvernement Français vote contre Israël à chaque décision demandée par l’ ONU ? En raison du nombre de musulmans et pro-musulmans installés en France les Français, qui ne veulent pas voir leurs compatriotes Juifs partir, ne tarderont pas à être virés. Mais eux n’auront pas une Patrie qui les attend.

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  2. le cheminement du peuple juif en diaspora touche a sa fin , en france ou ailleurs.
    notre terre retrouvée et le nouveau peuple hébreu qui se construit sous nos yeux nous appellent : c est l heure de rentrer a la maison.
    le devenir de la France sera ce que les français decideront,ce n est pas une question juive.

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  3. Pénible comme d’habitude, de se mesurer à une France qui renie ses juifs. Merci. J’ai repris votre texte.
    Amitiés
    Thérèse

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