Israël : Quand des intellectuels de la gauche dénonçaient le projet d’attaque des centrales nucléaires de l’Iran

Par Pierre Lurçat
[24 juin 2025]

D. Grossmann avec Amos Oz et A.B. Yehoshua

Alors que le peuple d’Israël tout entier applaudit – dans une rare et louable unanimité – la destruction des centrales nucléaires de l’Iran par Tsahal avec l’aide des États-Unis, il convient de rappeler que cette unanimité n’a pas toujours été de mise. Il y a 13 ans, en 2012, l’écrivain David Grossman avait pris publiquement position contre le projet (qui était déjà celui du Premier ministre de l’époque, B. Nétanyahou) de frapper les centrales en Iran. Il faut le relire aujourd’hui pour mesurer combien la haine de Nétanyahou a aveuglé depuis des lustres les porte-parole de la gauche israélienne.

Extrait de mon livre La trahison des clercs d’Israël. PL

Quand Günter Grass accuse Israël de « menacer la paix mondiale » et de vouloir « l’éradication du peuple iranien », il recourt au procédé de l’inversion, consistant à accuser Israël des crimes de ses ennemis, procédé devenu très courant dans la vulgate politique européenne, ces dernières décennies, au moins depuis la Première Guerre du Liban (quand Beyrouth assiégée par les soldats de Tsahal était devenue Varsovie, aux yeux d’une certaine presse). Les condamnations presque unanimes des propos de Grass tiennent sans doute largement au fait que l’écrivain avait dévoilé publiquement, il y a quelques années, son appartenance aux Waffen-SS dans sa jeunesse, devenant de ce fait indéfendable.

Mais curieusement, ceux-là mêmes qui ont dénoncé justement les propos de Günter Grass ont applaudi des deux mains à un article de David Grossman sur le même sujet1, aboutissant à une conclusion similaire, même si le ton employé est très différent.

S’interrogeant sur la légitimité et l’opportunité d’une attaque préventive israélienne contre l’Iran, Grossman accuse en effet le premier ministre Nétanyahou de recourir à une « rhétorique apocalyptique » et d’être prêt à sacrifier des civils iraniens innocents et à déclencher une « catastrophe immédiate et annoncée » pour éviter un risque hypothétique…

Le débat sur l’opportunité d’une attaque contre l’Iran qui se poursuit en Israël depuis déjà plusieurs années (on se souvient de l’intervention fracassante de l’ancien chef du Mossad, Meir Dagan il y a quelques années) est légitime.

Ce qui est moins légitime, c’est la manière dont Grossman justifie son opposition à une attaque israélienne contre l’Iran.

Tout d’abord, parce qu’il choisit de s’exprimer dans un quotidien français, au lieu de présenter ses arguments au public israélien, premier concerné.

– Ensuite, parce qu’il accuse Nétanyahou d’utiliser une rhétorique apocalyptique et de faire des « références constantes à la Shoah » (accusation récurrente de la gauche israélienne qui l’employait déjà contre Menahem Begin à l’époque du bombardement de la centrale irakienne d’Osirak). Cette accusation est d’autant moins fondée qu’Israël fait face à l’Iran d’Ahmadinejad, qui est, pour le coup, le maître de la rhétorique apocalyptique…

On retrouve ici – sous la plume de Grossmanle procédé de l’inversion utilisé par Günter Grass.

Or, si on peut parler de « rhétorique apocalyptique » dans le discours politique israélien, c’est plutôt du côté de la gauche, toujours prompte à menacer de catastrophes imminentes si Israël ne fait pas de concessions territoriales et n’accepte pas les exigences de ses ennemis…

L’histoire récente d’Israël est parsemée de prévisions apocalyptiques de la part des tenants du « camp de la paix », depuis la menace démographique (à l’époque du processus d’Oslo) et jusqu’au « tsunami politique » promis en septembre dernier si le gouvernement n’acceptait pas tous les diktats palestiniens pour retourner à la table des « négociations »…

La haine envers Nétanyahou

Grossman est représentatif de cette gauche israélienne, devenue depuis longtemps ultra-minoritaire dans l’opinion israélienne, qui se tourne exclusivement vers le public occidental, européen ou américain, pour trouver une oreille attentive à ses propos acerbes contre le gouvernement israélien, surtout lorsqu’il est de droite… La haine envers Nétanyahou qui règne dans une large partie de l’establishment culturel et politique de gauche israélien n’a rien à envier à celle que lui vouent beaucoup de journalistes en Europe et ailleurs.

Pour apprécier à leur juste valeur les propos de Grossman concernant l’Iran, il faut se souvenir qu’il appartient à un mouvement politique (La Paix maintenant), financé par l’Union européenne, qui s’est régulièrement trompé depuis trois décennies… Les intellectuels et artistes comme Grossman ou Amos Gitaï doivent une grande partie de leur notoriété en Europe à leurs attaques contre le gouvernement de leur pays (il y a quelques années, Grossman s’interrogeait publiquement sur son désir de quitter le pays et des centaines – voire des milliers – d’Israéliens d’extrême-gauche ont déjà franchi le pas et sont aujourd’hui résidents d’Europe ou d’Amérique, où on les retrouve souvent aux premiers rangs des appels au boycott d’Israël…)

On peut se demander si les prises de position d’Amos Oz ou de David Grossman – comme l’opposition de ce dernier à une attaque israélienne contre l’Iran – ne sont pas en définitive la contrepartie, ou le tribut versé par ceux-ci, pour « mériter » les prix reçus en Europe.

Car les dons reçus, en tant que Prix, de la Fondation Günter Grass et d’autres organismes allemands, sont peut-être le prix à payer, pour David Grossman comme pour les autres écrivains-pacifistes adulés des médias européens, est de continuer encore et toujours à accuser le gouvernement et l’État d’Israël, et à s’opposer à toute action militaire de Tsahal, à Gaza ou en Iran, fût-ce contre des ennemis voués à notre destruction. PL♦

Pierre Lurçat, Vu de Jérusalem

(Extrait de La trahison des clercs d’Israël, La Maison d’édition, 2016)


1 Israël ne doit pas attaquer l’Iran, par David Grossman, BibliObs 7 avril 2012.


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2 commentaires

  1. Comme le dit si bien Rebibo, la gauche intellectuelle fait contre-courant en permanence, étant éperdument amoureuse (transie) de l’occidentalisme. Cher Pierre, l’attitude de la gauche a porté atteinte à l’intégrité d’Israël depuis des lustres… et je suppose qu’elle continuera à le faire en dépit de sa déconfiture. Notre devoir aujourd’hui serait de tenter de colmater ce fossé creusé au sein du peuple juif et de rapprocher les extrémités afin de parvenir à une quelconque entente, une sorte de réveil à la fraternité… Inutile donc de tourner le couteau dans la plaie… travaillons ensemble, unissons nos forces, car, comme tu dois le savoir, nous sommes bien loin d’être sortis  de l’auberge. Shabbat Shalom. Thérèse

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  2. Merci Pierre Lurçat pour ce bel article qui confirme le mal surtout des intellectuels israéliens qui ont nourri les intellectuels européens et américains : il serait intéressant de les entendre maintenant reconnaître leurs erreurs. Hélas ces intellectuels se contentent de débiter leurs idées et leurs analyses mais jamais, avoir l’honnêteté intellectuelle de revenir sur leurs déclarations. Mais une divine se met en place.

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