Israël : le Parti des Traîtres – 1ère partie : Le « Mouvement social »

Par Jean-Pierre Lledo,
[18 août 2025]

« Il y a quelque chose de pourri dans le royaume… » – Hamlet.

PREMIÈRE PARTIE

Israël, startup des Nations, lieu par excellence du dissensus, ne pouvait pas ne pas innover.

Ce nouveau parti n’est pas composé de cette dizaine de misérables qui pour quelques milliers de shekels ont accepté de répondre aux services de renseignements iraniens.

L’animent quelques centaines de has been’s de la nomenklatura sécuritaire et politique israélienne qui, aigris et envieux de la longévité politique de leur adversaire indéboulonnable, ne savent plus quoi dire ou quoi faire pour provoquer la chute de Bibi, soit Benyamin Netanyahou.

Leur haine les a rendus aveugles. Ils se croient futés en combattant la moindre initiative, la moindre décision, que dis-je le moindre geste, et désolé, car c’est aussi la vérité, le moindre pet du Premier Ministre. A-t-il été obligé d’aller sur le billard pour une opération bénigne ? Qu’il y reste !

Avant même le résultat des élections en décembre 2022, ils s’étaient réunis en petit comité, sous la houlette d’Ehud Barak, cet ex-chef d’État-major et premier ministre, prêt à faire couler du sang, pour abréger la carrière ministérielle de Netanyahou donné gagnant pour quatre années, donc jusqu’en décembre 2026.

Profitant du fait qu’Israël, soit la seule démocratie du Moyen-Orient (certes extrêmement fragilisée par les initiatives intempestives de ce nouveau parti, le PT, et les prétentions d’une Cour suprême à s’arroger le pouvoir exécutif), mais sachant l’inconsistance de l’extrême gauche, atrabilaire voire grabataire,

… les Aigris se mirent en tête de créer un « Mouvement social » qui apparaîtrait de ce fait « apolitique » donc crédible.

La différence entre un parti et un « mouvement social », est la suivante :

– Un parti se doit d’évoluer sous les feux de la rampe : programme, nombre d’adhérents, financement, dirigeants, responsabilité des actions et des slogans, donc en toute transparence.

– Tandis qu’un « mouvement social » c’est une nébuleuse insaisissable.

. Qui dirige ? On met bien sûr un ou deux leaders en évidence, mais pour mieux dissimuler les véritables chefs politiques.

. Qui finance ? Des milliardaires israéliens ? Oui, mais faut pas trop le dire, ça risquerait d’éloigner ceux qui se croient encore au siècle dernier et au Grand Soir de la révolution prolétarienne. De l’argent au travers d’Associations que soutiennent généreusement des « Fondations » d’Europe et des États-unis qui dépendent soit des institutions de politique étrangère, soit directement de services de renseignement ? Oui, mais n’ébruitons pas. Sauf qu’avec ce gros lourdaud de Donald, ses pieds d’éléphants ont déjà brisé l’une des plus grosses tirelires en porcelaine, l’USAID… Continue Donald, il y en a bien d’autres, à commencer par la Fondation « New Fond for Israël » qui soutient à 80 % des Associations israéliennes pro-arabes et pro-falestiniennes.

. Quel programme ? On est apolitique. On agit au coup par coup. Les principes ? Moins il y en a, moins ça divise.

En définitive, il y en a bien, un, UN et un seul : faire tomber Bibi !

Mais comme cet objectif doit être présent dans toutes les têtes, sans jamais trop se dévoiler, la protesta va consister à contredire chaque acte gouvernemental. Et mieux encore, à transformer des fantasmes en réalités : par exemple « non à la théocratie ! ». Et mieux encore, faire des têtes de quelques ministres trop juifs, de véritables têtes de Turc. Les Boucs émissaires servent à renforcer la communauté, les intellos israéliens qui participent à la curée connaissent leurs classiques.

. Qui manifeste ? Avec Whatsapp, fini le porte-à-porte et le bouche-à-oreille de l’ancienne militance.

« Mécontents, Mal-jouis de tout le Pays, Contempteurs de mézouzot, et tous ceux qui se croient plus intelligents que la plèbe, Unissons-nous ! »

. Quelle liberté ! Venir sans avoir à pointer, crier des slogans sans avoir à les inventer, ne rendre de compte à personne, sortir de chez soi les soirs de Shabbat, comme si on revenait de la synagogue, avec le drapeau comme talith.

. Et quelle fraternité ! Fidèles aux rendez-vous hebdomadaires, épaules contre épaules, et bientôt peut-être main dans la main… Et puis rentrés à la maison, seul ou nouvellement accompagné, ni vu ni connu. Pas de contrôle.

Avec un petit groupe, on peut même prendre des initiatives :

assiéger le salon de coiffure de madame Netanyahou,

– l’appartement privé d’un ministre ou d’un député,

– déclarer empêcher le mariage de l’un des fils du Premier ministre,

– voire, ça c’est le must, envoyer des fusées sur sa résidence privée, tout cela au vu et su de chefs de la police (récemment remplacés), acceptant qu’on obstrue les grands axes de circulation, et qu’on y fasse des grands feux…

Avant quand on se comportait ainsi, on prenait des coups de bâton sur la tête, on était arrêté, et emprisonné.

C’est comme ça qu’on a fait sortir les Juifs de Gaza en 2005(on voit le résultat aujourd’hui)… Et c’est comme ça que furent aussi traitées les familles d’otages d’Entebbé lorsque pour exiger une négociation avec les kidnappeurs falestiniens, elles osèrent s’approcher du Bureau du Premier ministre Itshak Rabin… Matraquées et jetées hors de la surface stérile (ainsi que la sécurité nomme les zones protégées).

Ceci dit, pour que les rituels hebdomadaires ne sombrent pas dans l’ennui, on a heureusement des mises en scène très imaginatives. Ça doit coûter cher, mais vu que le fric c’est pas un problème…

Comme ces centaines de panneaux Decaux des stations de bus de Tel Aviv affichant toujours le même message anti-bibiste, une fortune dingue, aucun parti ne pourrait se le permettre !

Et puis pour éviter la morosité de la répétition, il y a heureusement, il y a surtout une actualité on ne peut plus florissante. Quel pays peut se targuer d’en avoir une aussi riche ? Et donc de ce point de vue, le « mouvement social » a été gâté. Jugez-en.

– D’abord en 2022-23, la Réforme de la justice. La plèbe voudrait s’emparer du Droit, vous imaginez ? ! « Théocratie ! Messianisme ! » Au fait, la juridiction du judaïsme, vous connaissez ? Même leur pape, Aaron Barak, longtemps président de la Cour suprême, avoue qu’il n’y connaît goutte…

Au fait, si des Juges non-élus imposent leurs raisons à tout un peuple, à quoi sert la Knesset ?

– Et puis, il y eut le 7 octobre 2023. Coup dur pour les vrais dirigeants du « Mouvement social ». Le contexte ne se prête plus aux balades hebdomadaires. Et puis tout cet argent dépensé pour une pub désormais obsolète… Enfin et surtout, jusque-là ils avaient tout fait pour ne pas toucher à la question qui les auraient trop vite démasqués, puisque, eux, en vérité, le PT c’est le Parti des Accords d’Oslo, ces Accords qui ont introduit les loups dans la bergerie, en faisant revenir de Tunisie la direction de l’OLP et leur chef terroriste Arafat, et plus encore en leur octroyant une partie de la Judée Samarie, et l’entièreté de Gaza, tout ça pour quoi ? Pour une intifada en entraînant une autre, et des milliers de Juifs assassinés.

Et donc le 7 octobre, les Barnavi, Charbit, Ilouz, Grossman, Gitaï, Mograbi, Shalom Ah’chav, et consorts se font tout petits.

Ceux qui venaient d’être assassinés, et de la pire des façons,avaient été leurs meilleurs propagandistes, leurs meilleurs amis, ceux de leur « Solution à deux États ».

Et du jour au lendemain, le long de la bordure de Gaza, mais pas que, chez les survivants et les miraculés non-kidnappés, ça a fait tilt :

Au « Eux et Nous » du 6 octobre, se substituait désormais le « Eux ou Nous ».

Coupe sombre dans le régiment au drapeau blanc. Sans bleu. C’est malheureux, qu’il faille que le sang coule bien rouge pour découvrir des évidences, pour voir ce qui était pourtant devant vos yeux

« Les gentils Gazaouis que l’on emmenait dans les hôpitaux israéliens, sont venus nous assassiner».

Difficile à digérer et encore plus à conceptualiser. Le « Mouvement social » allait-il disparaître ? Mais non, un mouvement si bien arrosé, et pas qu’à la haine, ça ne baisse pas les bras si vite, surtout quand le PT veille à réactiver toutes les opportunités

Et la première d’entre elles, ce fut bien sûr La Guerre.

Certes, il aurait été difficile, même suicidaire, d’aller à l’encontre de l’extraordinaire mouvement de solidarité qui a soulevé « la populace » et de son désir d’en finir avec les assassins… On s’accrocha donc au dernier wagon. Une bonne action, ça vous remet à flot, et vous sera comptée. On va pas cracher dessus. Surtout qu’aussitôt requinqué, le PT se l’est ramené…

« Au fait, qui était responsable de la tragédie du 7/10 ? ! ».

– Ronen Bar, le chef du Shin Beth qui n’avait pas cru bon tirer la sonnette d’alarme dès 3 heures du matin ?

– Le général Aharon Haliva, chef des Renseignements militaires, qui refusa de quitter sa chambre d’hôtel ?

Mais non, Bibi bien sûr

Et puisque le ridicule ne tue plus en Israël, n’est-ce pas ce que vient encore d’affirmer Ram Benbarak, cet ancien du Mossad, devenu député du parti de Lapid :

« l’auteur du 7 octobre, ce n’est ni le Hamas ni les Accords d’Oslo, le responsable c’est le gouvernement ! ».

N’était-ce pas Bibi qui avait laissé passer l’argent du Qatar pour le hamas ?

Et puis dès qu’il dit qu’il fallait, qu’il allait détruire le hamas, ne lui a-t-on pas illico presto sauté dessus ? « Ah petit malin, et le jour d’après que feras-tu ? »

La guerre n’avait pas commencé qu’on lui commandait de dire comment elle allait finir !

Mais comme la plèbe, et surtout celle des sionistes religieux, envoyait fièrement ses enfants défendre Ha-Aretz, (pas l’organe central du PT, non, mais notre chère Ha-Aretz, du Jourdain à la mer) avec le but d’en finir avec le Hamas, la partie risquait bien d’être à jamais perdue pour le « Mouvement social »

Mais, c’était sans compter avec cette extraordinaire machine à produire de la haine, et à casser l’unité d’un peuple, même en pleine guerre.

Heureusement, il y eut des Otages ! Un cadeau du Ciel ! Et puis pas un seul, comme avec Guilad Shalit ! 251 !

La gent du PT n’y croit pas trop (au ciel) mais fallait bien admettre que, quelques fois, y a quand même des miracles : les otages, quelle mine intarissable ! Surtout avec un peuple au cœur sur la main, capable de faire sortir 400 000 personnes en 1982, à qui l’on venait de faire croire que c’était Tsahal qui avait massacré les Falestiniens des camps de Sabra et Chatila dans la banlieue de Beyrouth…

Le scénario en quatre mots fut vite concocté : Bring ‘Them Home Ah’chav ! (Ramenez-les à la maison, à présent). Et à qui le demandait-on ?

Aux Kidnappeurs ? À ceux qui depuis des lustres les renflouent ? À la Ligue arabe forte de 22 pays qui n’avaient pas condamné le massacre ? À l’OCI forte de 57 pays dits islamiques qui n’avaient pas condamné les massacreurs ? À L’ONU et ses 200 pays, fondé en 1945 sur une Charte d’Humanité et devenue un repaire d’États totalitaires ?À la Croix Rouge qui aurait dû arracher le droit de visite et de transmettre vivres et médicaments ? À Médecins (soi-disant) Sans Frontières ? Aux chefs d’État d’un monde « civilisé » mais en train de s’ensauvager ?

Eh bien non ! On l’exigeait du seul Bibi !

Le fautif c’était lui. Ne s’était-il pas mis en tête de détruire jusqu’au dernier le Hamas qui forcément tuerait alors tous les otages ? Tout le matériel de pub anti-bibiste de la mobilisation anti-Réforme n’était donc pas perdu, il allait resservir…

Avec plus d’un tour dans son sac, Bibi n’avait-il pas réussi à en faire libérer 200 ?

« Oui (un « oui » à peine audible), mais les 50 derniers (dont 30 morts) ? ! Bring Them Home Ah’chav ! Y avait pas trente-six solutions, fallait arrêter la Guerre ! Ah’chav ! » Toute-puissance de l’incantation répétitive frisant le caprice infantile. « Ah’chav! Maintenant ! ».

Et qui s’y opposait, qui était le va-t-en-guerre ? Bibi, l’increvable Bibi, qu’il fallait crever… Une des meneuses de la première heure des rendez-vous de la rue Kaplan contre la Réforme de la justice, proposa même ses services de bourreau…

« Condamnée par la médecine, je n’en ai plus pour longtemps… Autant être utile… ».(Au fait, l’histoire a de ces surprises, la femme qui tira sur Lénine, ne s’appelait-elle pas aussi Kaplan ?).

Si l’énergumène avait été « de droite » et avait projeté d’assassiner un Yair Golan, par exemple, chef du parti « Démocrates » et anti-bibiste forcené, que n’aurait-on pas entendu durant des semaines, voire des mois ! Mais là, on écrasa.

Je passerai vite sur le menu fretin qui n’avait d’intérêt que de raviver la flamme du « Mouvement social »…

Ronen Bar, le chef du Shin Bet limogé, mais pour lequel la Cour suprême, chambre de résonance du PT, n’a toujours pas accordé au premier ministre le droit que lui donne la Loi de nommer son remplaçant.

– La double casquette Avocat du gouvernement, et son Procureur, Gali Baharav Miara, limogée par le gouvernement, mais maintenue en soins palliatifs, toujours par la même Cour suprême…

– Et puis cet interminable procès de Netanyahou, dont de nombreux Juges avaient dit le vide intégral, mais que l’on faisait traîner, juste comme un procédé de harcèlement bien connu de la médecine du travail…

– 3000 chefs du hizbollah « beepicidés », leur chef Nasrallah bombicidé, les deux Sinwar dronicidés, et sans m’étendre sur l’humiliation du siècle, l’Iran ayatollicidé…

Excusez du peu, tout cela en quelques semaines… et ce, face aux Maîtres du PT qui, se targuant « d’un millier d’années d’expériences militaires et sécuritaires additionnées », n’arrêtaient pas « d’avertir », « de prévenir », « de mettre en garde » : et avec l’Iran, « surtout pas de fuite en avant… » !

Dans n’importe quel autre pays, un tel chef de guerre se serait vu contraint de défiler sous un Arc de Triomphe avec ses proches collaborateurs…

Mais Bibi, lui, devait se rendre au Tribunal, trois fois par semaine, et le Tribunal en demandait même quatre, tout un après-midi ! Et ce en pleine guerre !

Le guerrier ne méritait aucun honneur mais l’opprobre de la Patrie.

« Le forcené n’avait qu’un but en tête : son avenir politique, et la guerre était son échappatoire ! », voilà donc le seul brouet, insipide à souhait, que le PT nous servait depuis plus d’une année.

Trêve donc de plaisanterie, réfléchissons un peu, ensemble… JP-L♦

Jean-Pierre Lledo, MABATIM.INFO
Cinéaste

(À suivre: Deuxième partie : La guerre et les Otages)


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6 commentaires

  1. Article tout simplement génial! Analyse fine et précise de la situation , rappel du processus historique qui la créa, formules corrosives pleines d’humour: à lire, relire et diffuser!

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