
Par Michel Bruley,
[22 août 2025]
Connaissant mal le Japon, je suis parti à sa découverte sans quitter la France, par des livres, des articles de journaux, des documentaires, des vidéos, des restaurants, des romans. Évidemment cela ne peut remplacer le vécu d’un voyage, mais cela m’a quand même beaucoup plu. Sans m’étendre sur mon intérêt pour la littérature ou la cuisine japonaise, les lignes suivantes résument de façon succincte ce que j’ai retenu de mon « voyage ».
Géographie et peuplement du Japon
Le Japon n’a pas toujours été une île et il y a environ 22 000 ans la mer du japon était un lac, les hommes pouvaient venir à pied sec, la remontée des eaux à créer les îles japonaises ou les Kouriles vers -15 000 et l’île Sakhaline vers – 6000. Près de 3000 sites paléolithiques ont été fouillés, mais on y a trouvé peu d’os, car les sols sont acides. Cependant, les spécialistes pensent que les premiers peuplements par des homo erectus datent de 500 000 ans et peut-être comme à Taïwan des hommes de Denisova y ont prospéré même si on n’a pas retrouvé leurs traces.
Les îles du japon ont été rassemblées sous une même autorité qu’au fil du temps même si elles ont été occupées bien avant, par exemple Hokkaido sous domination japonaise depuis longtemps n’a été définitivement intégrée qu’en 1946. Au Moyen Âge, les populations, qui n’étaient pas dans la sphère d’influence de l’état, étaient considérées comme étrangères, barbares, et ethniquement différentes ce qui était faux, même si suivant les régions on trouve plus ou moins de descendants de Coréens à Kyūshū, à Okinawa ou d’Aïnous comme en Sibérie au nord de Honshū et à Hokkaido.
Au Japon on compte aujourd’hui 328 personnes au km² plus de trois fois la densité française de 104, et de plus les îles ne sont composées que de 20 % de plaines, la partie habitable est équivalente au Benelux ce qui engendre une hyper surpopulation qui marque la vie, les mœurs des Japonais. Enfin, les îles sont sujettes à de très nombreux tremblements de terre, souvent de magnitude 6 ou plus.
Modèle et construction du Japon
Au néolithique, le Japon a eu la très évoluée culture Jomon aux arcs très perfectionnés (il faudra attendre le XIIIᵉ siècle pour faire mieux) qui a créé des poteries avant de se mettre à l’agriculture plus tardivement contrairement au Moyen-Orient par exemple. Par la suite côté occidental de Honshu (l’île principale), la culture Yayoi s’est développée en parallèle sous l’influence de la Corée et de la Chine.
Pendant la période Yamato, alors que la société devenait plus complexe et spécialisée, le Japon a intégré des éléments du modèle chinois : écriture, administration centralisée, création d’un état civil, bouddhisme, classiques confucéens…
Le bouddhisme au Japon a intégré les religions antérieures, il y a eu un syncrétisme (bouddhisme, confucianisme, shintoïsme), les Kamis (les esprits traditionnels) ont fini par être vus comme des manifestations de Bouddha. Le bouddhisme a fonctionné comme une machine à intégrer les différentes pratiques culturelles ou religions.
Au Moyen Âge vers la fin du IXᵉ siècle, le Japon a pris ses distances vis-à-vis de la Chine et a développé sa propre voie.
À noter qu’il n’y a jamais eu de guerres de religion dans le japon médiéval qui a vu l’unification progressive du Japon après des guerres civiles entre seigneurs, et que si le christianisme a fait une percée à la fin du XVIᵉ siècle, il a finalement été combattu et rejeté au XVIIᵉ au début de la période Edo.
Racines du Japon actuel, les périodes Edo et Meiji
De 1573 à 1868 le Japon a connu une relative unité et une absence de guerres extérieures pendant 3 siècles. Cela a commencé par une consolidation du pouvoir et une rupture avec les guerres internes médiévales, puis à partir de 1603 l’instauration de la période Edo qui s’est caractérisée par un isolement volontaire du pays et un fort développement culturel et économique. Cependant, vers la fin de la période, le Japon a dû sous des pressions extérieures s’ouvrir, il a alors constaté son retard notamment technologique et le risque que cela lui faisait courir en voyant l’exemple du comportement des Occidentaux en Chine qui a été un puissant repoussoir.
La Période Meiji (1868-1912) a vu la fin du féodalisme, l’ouverture sur le monde et une considérable réorganisation du pays afin de pouvoir tenir tête aux puissances étrangères. En 5 à 6 ans par un ensemble de réformes, le pays s’unifie sous l’autorité de l’empereur (il y a toujours eu des empereurs depuis -600, mais ils ont souvent eu un rôle symbolique sans pouvoir étatique), il réorganise les statuts individuels (mariages mixtes entre différents statuts antérieurs autorisés, suppression des anciens parias…), et en s’inspirant de l’Occident par des voyages d’études, il s’assure de considérables développements économiques, scientifiques…
Le Japon d’alors s’aligne sur beaucoup de comportements occidentaux et comme eux cherche à s’imposer par la force, ce qui l’a amené à des guerres extérieures qu’il a remportées face à la Chine en 1894 et la Russie en 1905 (cette dernière victoire ayant été très coûteuse).
Ce faisant, le Japon s’agrandit de 77 % en annexant la Corée. En parallèle de 1895 à 1905, la production industrielle est multipliée par deux.
Première et Deuxième Guerres mondiales
Lors de la Première Guerre mondiale, le Japon était membre des Alliés (par exemple, de petits groupes de navires japonais ont participé à des opérations en Méditerranée et dans l’océan Indien), finalement il a obtenu le contrôle des colonies allemandes du Pacifique. Cette époque se caractérise par un capitalisme sauvage, la création de syndicats, l’octroi du suffrage universel pour les hommes et la tentative en 1919 de faire passer à la SDN une motion sur l’égalité des races à laquelle les Occidentaux indignés se sont opposés.
La période Showa qui correspond à l’empereur Hirohito, voit se développer un fascisme à la japonaise, sans leader, sans parti de masse, avec une mystique de l’empereur, un fascisme sans doctrine, avec plusieurs centres de pouvoirs qui cohabitent (gouvernement, armée, l’empereur & son conseil), finalement il y a eu un glissement vers la guerre. En parallèle, il y a des conflits ouvriers avant et même pendant la guerre (400 conflits en 1943, 300 en 1944) et de même des conflits dans les campagnes (2500 en 1943 et 2100 en 1944).
La Deuxième Guerre mondiale est vue différemment en Asie : le Japon a été en guerre de 1931 à 1945, les USA de 1941 à 1945, la Chine de 1931 à 1949, la Corée de 1945 à 1951, le Vietnam de 1940 à 1975. Dans les années 30, le Japon envisageait deux options, une au nord pour lutter contre l’URSS, une au sud dirigée contre les coloniaux occidentaux, mais le premier engagement URSS/Japon tourne à l’avantage des Soviétiques, et l’accord Hitler/Staline prend à contre-pieds les Japonais qui abandonne l’option nord en 1939.
Le Japon attaque en 1940 l’Indochine française, en 1941 la Thaïlande, la Malaisie, les Américains à Hawaï et à Guam, en 1942 Les Philippines, La Nouvelle-Guinée… mais dès mai 1942 le reflux commence par des batailles perdues à Midway, Guadalcanal, puis les années suivantes Golf de Leyte, Okinawa (85 000 morts côté japonais)… jusqu’aux bombardements atomiques d’Hiroshima (200 000 morts) et de Nagasaki (120 000 morts) qui faisaient suite à des bombardements classiques comme à Tokyo (83 000 morts).
Après-guerre
Vingt-huit hauts dirigeants seront jugés et sept seront pendus. 50 000 personnes passeront devant des tribunaux. Les conséquences de la guerre vont se faire sentir pendant de longues années. En 1945, 500 000 soldats japonais sont dans des camps soviétiques, 60 000 y périront, les derniers rentreront en 1956. Les pénuries vont engendrer 1 million de morts par sous-alimentation. À partir de 1949 pour les Américains, la priorité n’est plus la démocratisation du Japon, mais son développement économique et en Asie la répression des communistes.
La guerre de Corée a donné du travail aux Japonais pour le compte des USA et a ainsi joué pour le Japon un rôle analogue au plan Marshal en Europe. En 1955, l’économie japonaise a dépassé ses meilleurs niveaux d’avant-guerre. Le Japon développe un modèle spécifique avec d’un point de vue social : emploi à vie, salaire à l’ancienneté, syndicat d’entreprise, négociation annuelle des salaires chaque printemps ; avec du point de vue de la gestion : optimisation des processus pour une qualité « 100 % ». Cela a amené le Japon à la prospérité et à de nombreuses réussites comme le train à grande vitesse Shinkansen lancé 17 ans avant le TGV.
Aujourd’hui le Japon c’est d’abord trois mégalopoles (Tokyo, Osaka, Nagoya) où vivent 60 millions d’habitants, une population qui cesse de croître depuis 2005, un géant économique (4ᵉ PIB mondial), mais un nain politique avec des « relations ?!? » avec de nombreux pays : USA, Russie, Corée du Sud, Europe… C’est le deuxième exportateur mondial de biens culturels, il investit beaucoup dans la recherche 5,6 chercheurs pour 1000 habitants (USA 4,7… France 3,6).
Éléments sur la vie des Japonais
Après-guerre, durant les 3 ou 4 années qui suivirent la capitulation, ce fut le purgatoire, sinon l’enfer pour la plupart. Les particuliers ont été autorisés à voyager à l’étranger qu’à partir de 1964. Aujourd’hui, le quotidien des Japonais se caractérise par un coût de la vie très élevé, une hyper surpopulation, des traditions liées à un passé féodal, même si dans les esprits cela évolue et par les particularités de la langue.
La langue :
Il n’y a pas de pronom possessif ni relatif, pas de nombre (singulier/pluriel), pas de genre masculin, féminin, neutre. Il n’est donc pas facile d’être précis, d’être clair.
De plus, on n’est souvent pas affirmatif, on dit « il me semble que », les Japonais évitent souvent de dire un non brutal, il préfère faire une périphrase, et le oui est souvent employé pour simplement dire j’ai entendu. Il y a 3000 idéogrammes (empruntés au chinois + des caractères phonétiques), les structures grammaticales sont compliquées. Les Japonais sont réfractaires aux langues étrangères, mais leur langue est très ouverte aux mots étrangers. Au Japon aussi, on fait la chasse aux mots discriminatoires au profit de formules politiquement correctes.
Les Japonais aiment vivre en groupe. Ils pratiquent le GIRI (le renvoi d’ascenseur) et beaucoup cherchent à avoir le plus possible de giris positifs, c’est-à-dire de personnes à qui on a rendu des services. Au Japon, manifester son émotion est impudique, mais on peut se mettre nu aux bains publics. Un mot d’humeur est un manque de courtoisie, un éclat de voix, un rire bruyant est une impolitesse, on ne se mouche pas en public. La religion n’a pas une grande place, on suit des pratiques du Shintoïsme pour le mariage et du Bouddhisme pour les enterrements.
Il n’y a pas d’appétence pour la politique et ceci depuis toujours, les Japonais sont surtout gouvernés par des fonctionnaires et les procédures administratives sont compliquées. Les grandes caractéristiques du pays sont : efficacité, culture de la hiérarchie, la forme prime, il y a une grande sécurité… La relation au travail est différente qu’en France, au Japon le travail est un but en soi, on est plus en accord avec l’entreprise, il y a moins de différence de salaire, plus de confiance envers le salarié qui de ce fait est plus serein. On ne prend pas de longues vacances, mais de nombreux jours dans l’année (mini vacances 48H, pont), une personne sur deux, fait du tourisme domestique, une personne sur dix, voyage à l’étranger.
Dans des interviews les appelant à se définir, des Japonais ont donné les caractéristiques suivantes de leurs compatriotes :
Gentillesse, timidité, grand nombre (tout est bondé), propreté, obséquieux (surtout les employés des magasins), n’expriment pas vraiment ce qu’ils pensent ou ressentent. Enfin, tous ont vanté la qualité de la cuisine japonaise.
Enfin, j’ai aussi noté de nombreux autres points et j’en livre ici quelques-uns sans ordre particulier :
– la littérature se vend bien,
– le Karaoké est une invention japonaise qu’ils pratiquent beaucoup,
– la culture POP, les mangas, les Pokémon ont beaucoup d’importance,
– il y a beaucoup de maisons de tolérance,
-le pays subit de nombreux séismes imprévisibles,
– il y a des Yakuzas qui forment une pègre plus ou moins officielle qui a des activités plus ou moins légales et illégales,
– c’est aussi un pays où l’on peut facilement s’évaporer, c’est-à-dire disparaître et se refaire une vie avec une autre identité, mais souvent dans de mauvaises conditions…
Pour finir une petite vidéo sur l’école au Japon :

Michel Bruley, MABATIM.INFO
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Pearl Harbor : Attaque aérienne surprise lancée par le Japon le 7 décembre 1941, qui a provoqué l’entrée en guerre des États-Unis. Les pertes américaines furent importantes, celles des assaillants minimes.
Plus avant, face à la supériorité U.S., les « zéros », pilotés par de jeunes aviateurs voués au suicide en fonçant sur les navires américains.
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Élément culturel important : le cinéma japonais est, tout comme le cinéma sud-coréen, devenu une référence mondiale. Notamment le cinéma « de genre ». Très grande qualité en terme de mise en scène, écriture scénaristique et interprétation _ et sans l’idéologie nauséabonde véhiculée par Hollywood et le showbiz anglo-saxon ou français.
Le Japon est une société sûre et pacifiée, qui attire de plus en plus de Français ou d’occidentaux mais son économie n’est pas au beau fixe et sa natalité est extrêmement faible. La même situation existe en Corée du Sud : le poids excessif de la vie salariale, la nature jugée oppressante du système éducatif et le coût exorbitant de ce dernier ont logiquement découragé les jeunes Japonais et Sud-coréens de faire des enfants. Cet effondrement démographique représente un problème majeur pour ces deux pays, qui ne veulent pas non plus (à juste titre) avoir une politique migratoire « à l’occidentale ».
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(dans le premier paragraphe, mon propos sur l’idéologie nauséabonde d’Hollywood fait naturellement allusion au wokisme et à ses corollaires)
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merci pour cet eclairage sur une civilisation meconnue et plutot passionnante .
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