Quand le droit protège les bourreaux : Le scandale de Toronto

Par Serge Siksik,
[Tel Aviv 16 sept 2025]

Il y a des moments où l’absurde atteint un tel sommet qu’il devient presque obscène. Ce fut le cas récemment à Toronto, où le prestigieux Festival international du film (TIFF) a annulé la projection d’un documentaire sur le 7 octobre.

La raison ? Le film utilisait des images tournées par les terroristes du Hamas eux-mêmes, le jour de leur pogrom. Ces assassins avaient pris soin de filmer, GoPro vissée sur le front, leur sauvagerie méthodique : viols, massacres, enlèvements.

Et voilà qu’au nom du « respect du droit d’auteur », des juristes installés dans leurs bureaux climatisés ont osé exiger que les réalisateurs du film obtiennent… une autorisation formelle des terroristes pour utiliser ces images.

On croit rêver. Mais non : c’est bien la froide réalité d’un monde où le droit, hypertrophié, en vient à tourner contre les victimes pour servir les bourreaux.

Le grotesque juridique ! Comment a-t-on pu imaginer que des assassins en action puissent revendiquer une quelconque propriété intellectuelle sur leurs propres crimes ?

— La caméra du terroriste devient ainsi une « œuvre protégée »,

— l’acte de barbarie se transforme en « contenu audiovisuel »,

— et le festival « craint de se voir poursuivi » pour avoir diffusé sans accord préalable la production macabre des tueurs.

C’est un sommet de renversement moral. Ceux qui devraient être jugés pour crimes contre l’humanité se retrouvent, par une pirouette juridique, dotés de « droits » qu’aucune conscience digne ne devrait leur reconnaître.

L’histoire aurait pu s’arrêter là, dans cet abîme de dérision juridique. Mais face au tollé et à la mobilisation, le TIFF a finalement fait marche arrière. In fine, le documentaire de l’Israélien Noam Tivon a bien été diffusé.

Ce rétropédalage montre que l’indignation a encore une force.

Mais il révèle aussi que le réflexe premier des institutions n’est plus de défendre la vérité ni les victimes, mais de se protéger juridiquement, quitte à traiter des terroristes comme des interlocuteurs légitimes.

Quand le droit se déshumanise ! Cette affaire ne concerne pas seulement Toronto. Elle illustre un processus plus profond : celui d’une dérive où la lettre du droit écrase l’esprit de justice. Quand on pousse le formalisme jusqu’au bout de sa logique, on obtient des monstruosités. Ici, les organisateurs ont exigé des attestations juridiques, des certificats d’assurance, des documents prouvant que le Hamas, organisation classée terroriste, ne pourrait pas se retourner contre le film. Comme si l’essentiel était de protéger l’institution contre une hypothétique plainte, plutôt que de témoigner de la vérité des victimes.

Le droit, lorsqu’il devient une mécanique sans âme, cesse d’être un rempart pour les faibles et se mue en alibi des puissances les plus cyniques. Il oublie sa finalité : rendre justice.

Car cette logique crée un précédent dangereux :

– Demain, faudra-t-il demander à Daech l’autorisation d’utiliser ses vidéos d’exécutions ?

– Faudra-t-il solliciter les cartels de la drogue pour montrer les images de leurs massacres ?

À ce compte, les bourreaux deviennent à la fois scénaristes, metteurs en scène et acteurs de la mémoire même de l’horreur. Une mémoire qui, comble de la monstruosité, pourrait même leur rapporter des droits d’auteur !

Ce n’est plus seulement une insulte aux victimes : c’est une atteinte au principe fondamental qui distingue civilisation et barbarie.

Une société qui place les assassins au rang de créateurs, c’est une société qui abdique toute hiérarchie morale.

Les responsables de cette déprogrammation portent une lourde part de responsabilité. Certes, ils diront qu’ils ne font « qu’appliquer les règles », qu’ils obéissent aux exigences d’assurances et d’avocats.

Mais c’est précisément là que réside la faute : transformer le droit en une idole mécanique, déconnectée de toute finalité humaine.

À ce titre, ceux qui ont imposé de telles conditions devraient être dénoncés. Car au nom d’une neutralité juridique, ils participent à la réhabilitation indirecte des assassins. Il existe dans le droit des notions comme la complicité morale, l’entrave à la justice, ou encore l’apologie indirecte du terrorisme.

Ces excès bureaucratiques devraient être examinés sous cet angle : à partir de quand le formalisme devient-il, lui aussi, criminel par ses effets ?

Le droit contre la justice ? Le droit ne peut vivre sans la justice. La Torah elle-même avertit :

« Justice, justice tu poursuivras », non pas droit, mais justice. La distinction est essentielle.

– Quand le droit se sépare de la justice, il devient une machine à produire des injustices.

– Quand il oublie la finalité morale, il devient l’arme des barbares

Ici, ce n’est pas seulement un documentaire qui a été censuré, puis timidement réhabilité. C’est la parole des victimes qui a été confisquée, au profit d’une logique glacée qui protège les tueurs par ricochet.

Ce scandale, miroir israélien, nous renvoie aussi à nos propres contradictions.

En Israël, combien de fois la Cour suprême a-t-elle annulé une décision militaire ou gouvernementale au nom de principes abstraits, au risque de favoriser nos ennemis ?

Combien de fois a-t-elle exigé de nos soldats des « proportionnalités » impossibles, qui affaiblissent leur capacité à protéger nos vies ?

Là encore, le juridisme s’impose comme une idole, détachée du réel et des urgences vitales.

Il ne s’agit pas de rejeter le droit, mais de rappeler sa finalité : défendre la justice, protéger le peuple. Quand le formalisme devient une arme contre ceux qu’il devrait protéger, il ne sert plus la civilisation mais la fragilise.

Le droit n’a de légitimité que s’il sert la justice.

À Toronto, il a failli se transformer en arme de protection des bourreaux.

– En Israël, il arrive que notre Cour suprême sacralise la procédure au point d’entraver ceux qui défendent notre existence même.

C’est là que se joue l’essentiel :

Une civilisation qui oublie de distinguer entre victimes et assassins, entre soldats et terroristes, entre la vie et la mort, se condamne elle-même à disparaître. Le formalisme juridique, quand il déraille, n’est pas neutre : il devient une complicité.

Nous ne pouvons pas laisser l’obsession de la règle tuer l’esprit de justice. Nous ne pouvons pas accepter qu’un terroriste filmant son crime devienne un « auteur » protégé par le droit, ni que nos juges imposent à nos soldats des limites qui mettent en péril nos enfants.

La justice n’est pas une option : elle est le cœur battant d’un peuple.

Et quand la justice s’éteint derrière le masque du droit, alors ce n’est plus seulement Israël qui vacille, c’est l’humanité tout entière qui abdique.

Même D. doit respecter la justice et nous pouvons l’interpeller :

« Le juge de toute la terre n’agirait-il pas selon la justice ? » (Genèse 18 :25)

« La justice est ce qui doit interrompre la violence, non la prolonger »
Emmanuel Levinas SS♦

Serge Siksik, MABATIM.INFO


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Un commentaire

  1. Même le 3ème Reich n’osait pas filmer les atrocités qu’il commettait et tentait plus ou moins de les dissimuler. Car les Nazis hitlériens supposaient que si le monde entier savait, ils rencontreraient une opposition plus forte. Les SS du Hamas filment celles qu’ils commettent, les diffusent, s’en vantent…et en récompense reçoivent l’appui de millions d’individus, de célébrités People, de plusieurs dirigeants, de l’ONU et de la CPI. Ce qui s’est passé à Toronto n’a rien d’anecdotique : le « droit » au service de criminels contre l’humanité ! C’est un symptôme de rupture civilisationnelle…dans le pire sens du terme.
    « Malheur à la génération dont les juges méritent d’être jugés ! »

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