Le défi d’être… JUIF, de Thérèse Zrihen-Dvir : une alerte nécessaire, une espérance intacte…

Par Serge Siksik,
[Tel Aviv le 18 janvier 2026]

Dans son essai romancé Le défi d’être… JUIF, Thérèse Zrihen-Dvir interroge une question que l’on croit ancienne et pourtant toujours brûlante : Comment être juif aujourd’hui ?

Comment rester fidèle à une histoire plurimillénaire, tout en habitant un monde où l’identité se dilue, se négocie, parfois se renie ?

Née à Marrakech, l’autrice plonge au cœur de cette tension existentielle avec une écriture frontale, sans fard, portée par le courage discret de ceux pour qui l’enjeu n’est pas théorique mais vital. T.Z.D. inscrit ce questionnement dans l’actualité israélienne récente, depuis la fracture des mois ayant précédé le 7 octobre jusqu’aux années 2000 et à la tragique affaire Al-Dura.

À travers cette traversée, le texte dépasse le témoignage pour devenir une véritable analyse sociologique de la société israélienne.

Deux destins comme miroir de notre condition, le livre met en scène deux trajectoires croisées :

  • Un jeune homme élevé dans la laïcité, loin de toute observance, qui se découvre une soif d’absolu et se rapproche pas à pas de la foi jusqu’à devenir rabbin
  • Un autre, au contraire, issu d’un milieu religieux très structuré, qui se détache progressivement de la pratique pour rejoindre le camp de la « modernité » laïque

Ces deux personnages sont des archétypes assumés : ils incarnent les forces qui, au sein de chaque génération juive, se répondent, se disputent et parfois se heurtent. Ils ne sont pas seulement deux individus, ils sont deux lectures du destin juif : l’une ancrée dans la fidélité aux racines, l’autre séduite par une liberté sans héritage.

Thérèse Zrihen-Dvir n’écrit pas pour raconter une histoire mais pour dresser un diagnostic. Elle dit avec vigueur ce qu’elle voit :

  • une assimilation galopante,
  • une rupture de transmission,
  • des identités juives effacées sous les lumières aveuglantes de l’Occident.

Son cri est sans équivoque : on ne survit pas en renonçant à soi. Face aux promesses et aux impasses de la modernité, la thèse est brutale :

Une part majeure du peuple juif s’enfonce dans une amnésie volontaire, efface son héritage et aspire à n’être « comme tout le monde » – donc à n’être plus personne !…

Ce constat résonne.

Qui n’a pas vu ces familles où le judaïsme se résume à des souvenirs flous, de lointains « rituels de grand-mère » ?

Qui n’a pas croisé ces élites juives revendiquant d’abord leur universalité jusqu’à faire disparaître tout ce qui les distingue ?

Le livre dérange à juste titre :

  • Il refuse les compromissions
  • Il refuse l’excuse commode du monde qui change
  • Il nous rappelle qu’un peuple ne demeure peuple qu’à la condition d’assumer ce qui le singularise

Et c’est là que son propos touche juste :

Le judaïsme n’est pas une « culture » interchangeable, il est une alliance, une responsabilité, une vocation.

Je dois dire que quelques passages semblent exprimer un certain pessimisme, mais peut-être ne s’agit-il que de pensées à tiroirs pour interpeller le lecteur et « réveiller » l’ensommeillé ?

La sécularisation est une réalité. Certes, une partie du peuple juif cherche l’effacement.

Mais la résilience du judaïsme est prodigieuse et l’Histoire vient de le rappeler avec une brutalité inouïe.

Après le 7 octobre, le monde juif a connu un réveil sans précédent :

  • Des milliers de jeunes se sont mis à porter kippa et talith katane avec fierté ;
  • Des familles se sont retrouvées autour du Shabbat ;
  • L’étude de la Torah a repris une place centrale dans des foyers qui ne l’avaient jamais connue ;
  • Israël est redevenu un centre magnétique, un point de ralliement moral et spirituel.

Là où certains ne voyaient qu’un peuple fragmenté, je vois au contraire des forces de retour.

L’identité juive, dès qu’elle est menacée, se redresse. Elle se révèle comme une braise ardente sous la cendre...

Je crois fermement, et l’Histoire le confirme, que le judaïsme renaît de ses failles, qu’il se tient debout même au bord de la rupture, et que la crise actuelle n’est pas un signe de déclin, mais un appel.

Israël est une réponse vivante.

Le livre évoque Israël, non comme une simple option géopolitique, mais comme un pilier identitaire.

Là encore, je veux appuyer mais aussi nuancer.

  • Oui, Israël est un miracle politique et spirituel
  • Oui, l’existence d’un État juif change tout, le regard sur nous-mêmes comme celui du monde

Mais Israël n’est pas le défi unique : être juif en diaspora demeure un acte de courage, une proclamation publique d’un destin singulier. Là aussi, la vie juive se renforce. Les centres d’étude se multiplient. Des synagogues revivent. Des jeunes redécouvrent les prières de leurs ancêtres avec une émotion qui ne trompe pas. Mais attention, le destin juif n’est pas la Galout.

On ne revient pas au judaïsme par nostalgie, mais par soif de sens, ce livre le rappelle admirablement…

Plaidoyer et invitation, Thérèse Zrihen-Dvir nous tend un miroir qui ne flatte pas. Elle force chacun à se poser la question fondamentale :

« Suis-je encore le maillon d’une chaîne ou ai-je déjà renoncé ? »

Cette interpellation est précieuse. Elle nous sort du confort d’être juif « par défaut ».

Lire ce livre, c’est accepter d’être dérangé. Et si l’on se sent mis en cause, c’est peut-être bon signe…

J’ajouterai cependant : le judaïsme n’est pas seulement un défi, c’est une joie, une force, une promesse. Et c’est là que s’impose un complément essentiel : la foi juive n’est pas une citadelle assiégée, c’est un chant, celui d’un peuple qui traverse la nuit et retrouve l’aurore.

Le 7 octobre a réveillé la douleur, mais aussi la flamme.

La continuité juive n’est pas une inquiétude, c’est un fait.

Il faut lire Le Défi d’être… JUIF, parce que ce livre :

  • Secoue
  • Interpelle
  • Réveille la fierté
  • Redonne à la question « Qui suis-je ? » une urgence existentielle

On peut discuter avec l’autrice. On peut répondre à son cri par notre propre confiance dans l’avenir du peuple juif, mais on ne peut pas ressortir indifférent.

Thérèse Zrihen-Dvir rappelle que

  • le judaïsme n’est pas un héritage mort, mais une responsabilité vivante.
  • Et que renoncer à être juif, c’est perdre plus que sa différence : c’est perdre sa vocation.

En cela aussi, son livre est utile, parfois abrupt, mais nécessaire.

Au fond, le défi n’est peut-être pas d’être juif, le défi est de ne pas trahir la lumière que nous portons. SS♦

Serge Siksik, MABATIM.INFO


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