

Par Analiza Kryzysu,
[10 avril 2026]
« Analyse des crises » est une chaîne polonaise YouTube indépendante. Elle analyse des conflits armés actuels et la situation sécuritaire mondiale. On y aborde le contexte géopolitique, les scénarios possibles et leurs conséquences à nombreuses régions et économies.
L’Iran est confronté actuellement à l’une des pires sécheresses de son histoire.

Concernant Téhéran, le compte à rebours jusqu’au « jour zéro eau », est dans sa phase terminale. Les réserves d’eau dans les réservoirs alimentant la capitale s’épuisent dangereusement. Des centaines de barrages, sur tout le territoire du pays sont pratiquement à sec…
Des millions de personnes, à Téhéran, Mashat, Ispahan et ailleurs sont obligées d’attendre des heures, pour obtenir de l’eau, lors de distributions par camions citernes.
D’après les données des sources ouvertes, au mois d’avril 2026 :
- 19 barrages sensés d’alimenter des régions clé, agricoles et industrielles sont au bord de l’effondrement hydrologique ;
- 3 barrages stratégiques n’ont plus une seule goutte d’eau dans leurs retenues ;
- 25 à 35 millions d’iraniens sont directement impactés par les pénuries d’eau ;
- la totalité des 88 millions d’habitants d’Iran subissent, impuissants, la crise systémique du désastre
Le gouvernement iranien (où ce qu’il en reste) continue d’accuser les États-Unis et Israël d’être responsables de la situation hydrologique catastrophique, mais les photos satellitaires montrent l’état géologique réel du pays.
1. Commençons notre analyse, par la ville Mashkhed au nord-est de l’Iran et capitale de la province du Khorassan-e Razavi à 900 km à l’Est de Téhéran. C’est un des plus grands centre religieux chiite, recevant 20 millions de pèlerins par an :
- Quatre grands barrages fournissaient aussi de l’eau aux villes voisines de Dousti, Kardeche, Ardak et Thoroch.
- En novembre 2025, le niveau d’eau est tombé à 3 % du niveau normal des retenues d’eau de ces barrages. Même les fonctionnaires gouvernementaux avouaient l’état de catastrophe et la ville de Mashkhad était sur point de totale paralysie.
Il y a aussi des problèmes frontaliers qui aggravent la crise de l’eau.
Lorsque les talibans afghans ont construit leurs propres barrages, sur le fleuve Helmand (sud-ouest de l’Afghanistan et l’est de l’Iran), le barrage d’Ostie proche de la frontière avec l’Afghanistan, a vu son flux baisser de 80 %.
Pour palier au problème de cette région, les Iraniens ont foré 400 puits et en quatre décennies d’une exploitation chaotique ont épuisé les nappes phréatiques.
En conséquence de quoi, 4 millions d’habitants sont devenus dépendants des distributions d’eau par camions-citernes. Les autorités ont été obligées rationner l’eau, par quartier et heures d’utilisation.
Lors de la guerre en cours, l’Iran a bombardé les infrastructures énergétiques des pays arabes de la région.
- En réponse, les États-Unis et Israël ont ciblé les centrales électriques d’Iran,
- Rendant hors service les équipements de pompage d’eau,
- par conséquent, le peu d’eau qui restait dans les retenues des barrages n’a pas pu être transféré dans les circuits de distribution et là, la crise est devenue presque inextricable.
À Mashkhad, les tensions entre la population et les forces gouvernementales de sécurité sont sur le point d’exploser et la situation peut dégénérer à tout moment.
2. À Téhéran, la situation n’est pas meilleure.
Les 5 barrages desservant la capitale de 14 millions d’habitants : Lar, Latian, Telekan, Karay et Mamelou, ne sont remplis qu’entre 5 et 11 % de leurs capacités.
Il faut également mentionner le barrage de Lar, qui n’est rempli qu’à 1 %, autant dire qu’il est inexploitable.
Au mois de novembre 2025, le président iranien Massoud Pezeshkian a fait une déclaration fracassante :
« Si la situation actuelle perdure, il ne restera qu’une option, à savoir, transférer la capitale sur la côte sud du pays ».
On a du mal imaginer les difficultés techniques, logistiques, politiques, sociales, urbanistique, psychologiques, etc. d’une telle action, pour qu’une personnalité de premier plan, émette une solution de « science-fiction » en vue de résoudre la crise. Ceci témoigne de l’ampleur inédite de la catastrophe qui frappe l’Iran.
Et comme si tout cela ne suffisait pas, une autre conséquence résulte de l’utilisation irresponsable des nappes phréatiques :
C’est l’affaissement de nombreuses parties de la ville de Téhéran de 25 cm par an. Les rues et les routes se fissurent, des bâtiments s’enfoncent et risquent de s’écrouler.
Les scientifiques iraniens et non iraniens considèrent, que l’affaissement cumulé depuis des années est désormais irréversible,
la population de la capitale augmentant de façon exponentielle du fait de la migration des populations rurales, poussées par l’impossibilité de cultiver les terres sans eau.
- En 1976, le volume d’eau utilisé par Téhéran était de 346 millions de mètres cube par an.
- Aujourd’hui ce volume est de 1,2 milliard de m3 par an, soit 3 fois plus, alors que les ressources d’eau baissent de façon continue.
Pour compléter le tableau du désastre en cours, rajoutons à tout cela, un état déplorable du réseau de distribution qui occasionne les fuites de 33 % de l’eau disponible.
3. Ispahan, qui autre fois possédait des cours d’eau enjambés par des ponts, aujourd’hui sous ces mêmes ponts, il n’y a que des lits de rivière secs et arrides.
Des bombardements de l’île de Kish (le nord du Golf persique) ont détruit l’usine de dessalement, qui a privé d’eau 150 milles de personnes. En réponse Iran a bombardé une usine similaire au Bahreïn.

Les équipements de dessalement des tous le pays du Golfe persique deviennent des sites stratégiques...
Le lac Ourmia, dans la région d’Arménie près de la frontière turque, qui était le plus grand lac salé d’Iran, a perdu 90 % de sa surface et est devenu un désert salé, car les rivières qui l’alimentaient ont été asséchées, par la présence des barrages construits de façon anarchique.
Par conséquent, les vents du désert, dispersent la poussière salée sur toute la région, ce qui empoisonne le peu de terres agricoles et qui favorise les maladies des voies respiratoires d’une bonne partie de la population.
- 28 provinces du pays sur un total de 31 ont déclaré l’état de catastrophe de sécheresse.
- 31 mille villages ont été purement et simplement abandonnés…
- …et leurs habitants sont venus dans les grandes villes, aggravant, par la même, la crise de l’eau.
L’une des causes principales de la crise de l’eau, est une complète incurie de la république islamique dans la gestion des ressources hydriques du pays, et ce depuis 40 ans :
90 % de l’eau sont utilisés pour l’agriculture, alors que celle-ci ne représente que 12 % de l’économie du pays.
De plus, les principales cultures sont des pistaches, pastèque et riz, très gourmandes en eau, mais dont l’irrigation se fait par des moyens archaïques. Cela cause une forte évaporation et augmente l’inefficacité du système totalement inadapté….

Curieusement, l’eau est fortement subventionnée, ce qui entraîne un irresponsable gaspillage et en même temps prive l’État de moyens pour entretenir le réseau…
Il faut parler aussi de la mainmise des gardiens de la révolution sur la branche de la construction en général et des barrages en particulier.
Le patron de la Société d’Ingénierie Iranienne IRGC, Khatam Al Anbiyaa fait construire plus de 600 barrages. Bon nombre de ces barrages ont été construits sans études hydrauliques et sans aucune planification globale. Par conséquent, les dommages sur l’environnement sont incalculables.
S’ajoute à cela le creusement de 1 million de puits, dont la moitié était illégale et qui ont pratiquement vidé les nappes phréatiques.
Depuis 6 ans, l’Iran est victime d’une sécheresse inédite de l’histoire moderne du pays, et cela crée une raison supplémentaire d’assèchement des eaux souterraines.
Concernant les tragiques répressions du janvier 2026,

« The Gardian » a publié une étude qui montre clairement, que les principaux foyers de rébellion se trouvaient là où la crise de l’eau a été la plus grave, à savoir Téhéran, Mashad, Ispahan et Hamadan…
On peut supposer que la guerre actuelle n’amène pas les barbus à plier.
En revanche, la crise de l’eau approfondira encore plus le ressentiment du peuple vis-à-vis des autorités, au point, qu’une nouvelle révolte populaire n’explose pas uniquement pour des raisons politiques, mais justement à cause de la crise d’eau, créée par le régime islamique depuis d’un demi-siècle. AK♦

Traduction et adaptation : Édouard Gris
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