De la lumière du Sinaï aux ténèbres de notre temps
« Car auprès de Toi est la source de la vie ; c’est par Ta lumière que nous voyons la lumière. » – Psaume 36, 10
Il est des versets qui traversent les siècles sans jamais livrer entièrement leur secret. Ils semblent défier la raison autant qu’ils nourrissent la méditation.
Au cœur du récit de la Révélation apparaît une expression d’une étonnante densité :
« Tout le peuple voyait les voix. » (Exode 20, 15).
En quelques mots, la Torah décrit une expérience qui dépasse les catégories ordinaires de la perception.
Voir les voix ?
L’expression paraît impossible. Une voix s’entend, une couleur se voit. Pourquoi la Torah bouleverse-t-elle soudain l’ordre naturel des sens ?
Depuis près de deux millénaires, le Zohar revient inlassablement sur cette énigme.
Le Maharal de Prague y voit l’instant où les frontières entre le matériel et le spirituel disparaissent.
Le Ramhal explique que le voile habituel du monde est momentanément levé afin que l’homme puisse contempler la réalité telle qu’elle est réellement.
Au Sinaï, Israël ne reçoit pas seulement un dépôt sacré ; il accède à une perception nouvelle de l’univers.
Les paroles divines deviennent lumière. Les voix deviennent visibles.
Peut-être avons-nous oublié cette manière de regarder.
Notre époque n’a jamais produit autant d’images. Les écrans envahissent nos journées, les réseaux sociaux façonnent notre perception du réel, les informations se succèdent à une vitesse vertigineuse.
Nous voyons tout. Et pourtant, nous discernons de moins en moins.
Nous regardons les événements sans toujours en percevoir l’âme.
Nous voyons les couleurs, mais nous ne comprenons plus ce qu’elles signifient.
Or, pour le Zohar, les couleurs ne sont jamais un simple phénomène optique. Elles constituent le langage silencieux de la Création.
Elles révèlent les mouvements invisibles de l’âme du monde.
Chaque couleur exprime une modalité de la Présence divine, une manière particulière dont l’Infini se dévoile dans le fini.
– Le blanc correspond au ‘Hessed, la bonté qui se répand sans limite. Il est la lumière première, celle qui procède directement de l’Ein Sof, l’Infini. Il est la couleur du pardon, de la pureté retrouvée, du vêtement du Grand Prêtre à Yom Kippour, de la neige d’Isaïe qui blanchit les fautes.
– Le rouge appartient à la Guevoura. Il exprime la rigueur, la puissance, la justice, mais aussi le danger permanent d’une justice qui oublierait la compassion. Le rouge est la couleur du sang, de la passion, de la force qui protège lorsqu’elle demeure maîtrisée, mais qui détruit lorsqu’elle se détache de toute limite.
– Entre ces deux pôles se déploie le vert, couleur de Tiféret, l’harmonie.
Le Maharal explique que la beauté véritable naît toujours de la réconciliation des contraires.
Le vert n’est ni la faiblesse de la bonté sans discernement, ni la dureté d’une justice sans amour.
Il est l’équilibre vivant.
La beauté n’est pas une esthétique ; elle est une juste proportion.
– Puis vient le tekhelet, ce bleu mystérieux obtenu autrefois du hilazon, auquel le Talmud donne une signification extraordinaire :
« Le tekhelet ressemble à la mer, la mer ressemble au ciel, et le ciel ressemble au Trône de Gloire. »
Une seule couleur devient ainsi une ascension. Le regard quitte la terre, traverse les eaux, franchit les cieux et s’élève jusqu’à la Présence divine…
Le drapeau d’Israël n’emprunte pas seulement ses couleurs au talith.
Historiquement, il en reprend les teintes ;
spirituellement, il en prolonge le sens.
Le blanc évoque la miséricorde qui descend du Ciel et la pureté à laquelle l’homme est appelé ;
Lebleu invite le regard à s’élever, de la mer au ciel, puis jusqu’au Trône divin, selon l’enseignement de nos Sages.
Rares sont les nations dont l’emblème national précède la politique par une vocation spirituelle.
– Le noir, enfin, occupe une place singulière dans le Zohar.
Contrairement aux représentations simplistes, il n’est pas le mal absolu.
Il est levoile. L’obscurité. Le moment où la lumière demeure présente mais cesse d’être perçue.
Le noir est ce temps où l’homme perd le discernement.
CETTE IDÉE TRAVERSE TOUTE LA MYSTIQUE JUIVE.
Le Zohar décrit la flamme comme composée de deux lumières.
À sa base brûle une lumière sombre, parfois noire, parfois bleutée.
Au-dessus s’élève une lumière blanche, immuable.
La première consume la matière ; la seconde s’élève vers le ciel….
Les deux sont inséparables. Sans la base obscure, la flamme ne pourrait s’élever ; Sans la lumière blanche, elle perdrait toute finalité.
COMMENT NE PAS VOIR DANS CETTE IMAGE LE RÉSUMÉ DE L’HISTOIRE D’ISRAËL ?
DepuisAbraham jusqu’à nos jours, notre peuple traverse sans cesse le feu noir de l’Histoire.
L’exil, les destructions des Temples, les expulsions, les persécutions, les pogroms, la Shoah, le terrorisme contemporain…
À chaque génération, l’obscurité semble vouloir étouffer la lumière.
Pourtant, celle-ci ne disparaît jamais. Elle change parfois d’intensité.
Elle devient plus discrète. Mais elle demeure.
Le Ramhal écrit que la Providence divine ne conduit pas le monde en ligne droite.
Elle accepte des détours, des voiles, des périodes où le mal semble dominer.
Non parce qu’il triomphe réellement, mais parce que la liberté humaine exige que la vérité ne s’impose jamais par la force…
Dès lors, les grandes crises de l’Histoire ne sont peut-être pas seulement des catastrophes.
Elles deviennent aussi des épreuves de discernement.
C’est précisément ici que notre époque rejoint le langage du Zohar.
Nous vivons un temps où les couleurs semblent s’inverser.
Les catégories morales deviennent floues. Les mots changent de sens.
Les images circulent plus vite que la réflexion.
L’émotion remplace souvent l’analyse.
La complexitédisparaît derrière des récits simplifiés.
Le Zohar appelle cet état Tohou.
Le chaos n’est pas seulement le désordre. Il est l’effacement des distinctions.
Lorsque le blanc paraît noir,
lorsque le noir se présente comme lumière,
lorsque le rouge du sang emprunte le langage de la justice,
…le monde cesse progressivement de discerner.
Le véritable combat devient alors intérieur. Il consiste à retrouver la capacité de voir les couleurs telles qu’elles sont réellement…
L’homme ne perçoit jamais directement l’essence des choses. Il ne voit que leurs vêtements.
Notre civilisation risque précisément de confondre le vêtement avec la vérité
Les images prennent la place de la pensée.
Les apparences remplacent les profondeurs.
Les récits deviennent plus puissants que les faits eux-mêmes.
LE SINAÏ NOUS ENSEIGNE EXACTEMENT L’INVERSE.
Voir les voix.
Voir ce qui est invisible.
Voir au-delà des apparences.
Voir la lumière cachée derrière les événements.
Peut-être est-ce aujourd’hui la véritable mission d’Israël.
Non pas imposer une vérité au monde,mais rappeler
qu’il existe encore une différence entre la lumière et les ténèbres,
entre la justice et la vengeance,
entre la dignité humaine et sa négation.
Le Zohar n’annonce jamais la disparition des ténèbres.
Il annonce seulement qu’elles ne peuvent jamais vaincre définitivement la lumière.
…Car la lumière n’est pas une puissance parmi d’autres. Elle est l’origine même de toutes les couleurs.
Le Zohar enseigne que lorsque les couleurs cessent d’être discernables, le monde approche d’une zone de grand trouble.
Ce n’est pas seulement la violence qui inquiète ;
C’est l’incapacité des hommes à reconnaître la violence lorsqu’elle se présente sous les habits de la vertu.
Les maîtres parlent alors d’un voile qui descend sur les consciences.
Les faits demeurent les mêmes, mais leur lecture s’inverse.
Cette idée résonne avec une intensité particulière dans notre époque.
Jamais les nations n’ont autant proclamé leur attachement aux droits de l’homme, à la justice et à la paix.
Pourtant, jamais peut-être le langage diplomatique n’a paru aussi incapable de saisir la complexité du réel.
Les mêmes principes sont parfois appliqués avec rigueur à certains peuples et beaucoup plus souplement à d’autres.
Les mêmes événements donnent lieu à des lectures radicalement opposées selon l’identité de ceux qui les vivent.
Ce n’est pas ici la diversité des opinions qui interroge ; elle est naturelle dans toute démocratie. Ce qui interroge est la difficulté croissante à conserver une même mesure morale...
Le désordre commence lorsque la forme se détache de son essence.
Les apparences finissent alors par gouverner la pensée.
L’émotion précède le jugement.
L’image remplace l’intelligence.
Ce que l’on montre devient plus important que ce qui est.
Le Zohar décrivait déjà ce phénomène sous une autre forme.
Lorsque le feu noir masque le feu blanc, la lumière ne disparaît pas ;
elle devient simplement plus difficile à discerner.
Ainsi en va-t-il parfois des nations.
Elles continuent de parler de justice, mais cette justice perd son équilibre
Lorsqu’elle n’est plus éclairée par le blanc du ‘Hessed
et tempérée par le vert de Tiféret.
La rigueur cesse alors d’être une vertu pour devenir une sévérité sélective.
Israël occupe une place singulière dans cette tension.
Depuis sa renaissance, il ne cesse d’être observé, jugé, discuté, contesté.
Aucun autre État ne concentre avec une telle intensité les passions diplomatiques, médiatiques, religieuses et philosophiques.
On peut naturellement débattre de chacune de ses décisions politiques ; c’est même la marque des sociétés libres.
Mais la question que pose le Zohar est d’un autre ordre :
Pourquoi l’existence même d’Israël devient-elle, si souvent, le lieu où les catégories morales semblent se brouiller ?
Sans prétendre répondre entièrement à cette interrogation, une constatation s’impose :
Les crises qui touchent Israël dépassent rarement ses seules frontières.
Elles deviennent presque immédiatement des révélateurs des fractures intellectuelles, morales et spirituelles des autres nations.
Chacun projette sur Israël sa propre conception de la justice, de la force, de la mémoire, du droit ou de la souveraineté.
Israël devient ainsi moins un objet de politique internationale qu’un miroir dans lequel les peuples contemplent, souvent sans le savoir, leurs propres contradictions…
Le Ramhal écrivait que l’histoire avance par dévoilements successifs.
Les périodes les plus obscures ne sont pas nécessairement celles où la lumière disparaît, mais celles où les hommes ne savent plus la reconnaître.
Peut-être est-ce précisément l’épreuve de notre génération :
Retrouver le discernement.
Réapprendre à voir les voix.
Redonner aux couleurs leur véritable place.
Car lorsqu’une civilisation ne distingue plus clairement
le blanc du noir,
la miséricorde de la faiblesse,
la justice de la vengeance,
…elle s’expose à perdre bien davantage qu’un débat : elle risque de perdre sa boussole morale.
Et si le véritable combat de notre époque n’était ni territorial, ni diplomatique, ni même militaire ?
Et s’il était d’abord un combat pour le discernement ?
Le Zohar enseigne que les couleurs ne mentent jamais. Ce sont les hommes qui finissent par ne plus savoir les lire.
Lorsque le blanc de la miséricorde est présenté comme une faiblesse,
lorsque le rouge du meurtre emprunte le langage de la justice,
lorsque le noir des ténèbres se pare des habits de la vertu,
… alors le monde entre dans une zone de confusion spirituelle que les maîtres appellent Tohou.
Non pas le chaos des armes, mais celui des consciences.
Or toute l’histoire biblique nous enseigne qu’aucun Tohou n’a jamais eu le dernier mot.
À chaque obscurité répond une lumière.
À chaque destruction répond une reconstruction.
À chaque exil répond un retour.
À chaque tentative d’effacer Israël répond une renaissance plus étonnante encore.
Ce n’est pas seulement un phénomène historique, c’est une constante métaphysique.
Le Maharal écrit que l’histoire d’Israël n’obéit pas entièrement aux lois ordinaires de l’histoire des nations.
Le Ramhal explique que lorsque le désordre paraît triompher, la Providence poursuit silencieusement son œuvre jusqu’au moment où l’unité réapparaît.
Le Zohar ajoute que la lumière blanche ne cesse jamais de brûler ; elle demeure simplement invisible à ceux dont le regard s’est obscurci.
Voilà peut-être pourquoi Israël demeure, depuis Abraham, le point de convergence de tant de passions, d’hostilités et de projections.
Non parce qu’il serait un peuple comme les autres, mais parce qu’il rappelle obstinément qu’il existe une vérité qui ne se décide ni par les majorités, ni par les modes intellectuelles, ni par les rapports de force….
ISRAËL DÉRANGE PARCE QU’IL OBLIGE LE MONDE À SE REGARDER LUI-MÊME.
Chaque fois que les nations se prononcent sur Israël, elles révèlent aussi quelque chose d’elles-mêmes :
Leurs peurs.
Leurs fidélités.
Leurs renoncements.
Leur conception de la justice.
Leur capacité – ou leur incapacité – à distinguer les couleurs.
Alors, peut-être faut-il regarder autrement le drapeau d’Israël.
Le monde y voit deux bandes bleues et un fond blanc.
La tradition y voit le talith.
Le Talmud y voit le tekhelet, qui conduit le regard de la mer au ciel, puis du ciel jusqu’au Trône de Gloire.
Le Zohar y verrait sans doute davantage encore :
Le blanc de la Miséricorde.
Le bleu de la Royauté divine.
Entre les deux, l’homme.
Libre de lever les yeux… ou de les détourner.
Peut-être est-ce cela que signifie encore aujourd’hui le verset du Sinaï :
« Ils voyaient les voix. »
Ils voyaient ce qui demeure invisible à ceux qui ne regardent qu’avec leurs yeux…
Notre génération entend beaucoup.
Elle parle énormément,
elle commente sans relâche.
Mais elle ne voit plus.
Le défi de notre temps n’est peut-être pas de convaincre davantage. Il est de retrouver la vision.
Car une civilisation commence à mourir non lorsqu’elle perd sa puissance, mais lorsqu’elle perd son discernement.
Le jour où le blanc et le noir deviennent interchangeables…
Où le bien et le mal cessent d’être distingués…
Où les couleurs du monde ne renvoient plus à celles de la Torah…
Ce n’est pas Israël qui est en danger. C’est l’humanité tout entière.
Et pourtant…
Au commencement, il n’y avait que l’obscurité.
Puis une parole fut prononcée :
« Que la lumière soit. »
Depuis cet instant, toutes les ténèbres de l’histoire n’ont jamais réussi à éteindre cette première lumière. Elles n’ont fait que retarder le moment où les hommes consentiraient à la regarder de nouveau. SS♦
Tout le peuple voyait les voix. » (Exode 20, 15). Je viens de lire presque tout, sans chercher les détails. Une seule erreur : je n’ai pas trouvé dans LA PAROLE divine écrite, la Bible, cette expression. La référence renvoie à Tu ne déroberas point. Merci de me donner qq précisions, surtout que je crois que HaShem est capable de beaucoup d’exceptions, dignes de LUI. J’aimerais avoir réponse sur mon adresse mail en direct »gilbert.bernard3@orange.fr ». Je suis aussi en bonnes relation avec Thérèse DVIR. Shalom à l’équipe Mabatim & à Serge.
Gilbert BERNARD..
Tout le peuple voyait les voix. » (Exode 20, 15). Je viens de lire presque tout, sans chercher les détails. Une seule erreur : je n’ai pas trouvé dans LA PAROLE divine écrite, la Bible, cette expression. La référence renvoie à Tu ne déroberas point. Merci de me donner qq précisions, surtout que je crois que HaShem est capable de beaucoup d’exceptions, dignes de LUI. J’aimerais avoir réponse sur mon adresse mail en direct »gilbert.bernard3@orange.fr ». Je suis aussi en bonnes relation avec Thérèse DVIR. Shalom à l’équipe Mabatim & à Serge.
Gilbert BERNARD..
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