Trois Mouquetaires : Qui était vraiment Milady de Winter ?

Par Michel Bruley,
[6 juillet 2026]

Dans son livre « Je voulais vivre », Adélaïde de Clermont-Tonnerre réécrit la biographie du personnage de Milady créé par Alexandre Dumas qui en avait fait une femme maléfique.

En déplaçant le centre de l’histoire sur Milady, Adélaïde transforme la vision que l’on peut avoir des mousquetaires et offre une réparation symbolique au personnage.

Contexte littéraire moderne

Cette réécriture s’inscrit dans un courant contemporain visant à réhabiliter les figures féminines historiquement diabolisées, en reprenant les événements de leur vie, mais en les regardant de leur point de vue.

Elles deviennent des miroirs des sociétés où elles ont vécu leur destin et cela met en évidence les violences structurelles qu’elles ont subies…

Ainsi, Milady, Mme Bovary ou les méchantes classiques (Lady Macbeth, La Marquise de Merteuil…) sont réhabilitées.

Cela correspond bien à notre époque où l’on aime réinterpréter, déconstruire, ré-éclairer les mythes.

Changement de perspective

  • Avec Dumas, le lecteur vit les événements en suivant les Mousquetaires et voit Milady de leur point de vue d’homme.
  • Avec Adélaïde c’est l’inverse, le lecteur partage les émotions, les motivations, la complexité psychologique de Milady et voit les Mousquetaires par ses yeux.

La narration elle-même est différente,

Adélaïde donne une place centrale à l’enfance de Milady et lui donne fréquemment la parole,

Alors que chez Dumas l’enfance n’est pas évoquée, qu’elle n’a pas beaucoup la parole et est même muette lors de son jugement.

Évolution du personnage

En conséquence de cette nouvelle perspective, le personnage est très différent.

  • Chez Dumas, Milady est vue de l’extérieur et est caricaturée en femme fatale, criminelle, c’est le mal incarné qui est partie prenante des drames de l’aventure héroïque des Mousquetaires.
  • Pour Adélaïde c’est une femme, que l’on voit de l’intérieur, elle est façonnée par les violences qu’elle a rencontrées tout au long de sa vie et des aventures des Mousquetaires,c’est une survivante, complexe, ambivalente, intelligente, stratège, dangereuse, une héroïne tragique dont on suit les réflexions.

Dés-idéalisation des Mousquetaires

– Avec Adélaïde, les Mousquetaires ne sont plus des héros absolus, mais des hommes de leur époque, le XVIIe siècle, ils sont faillibles, violents, parfois injustes, parfois aveuglés par leur propre morale.

– Ainsi, vus par Milady,

  • Athos n’est qu’un mari violent,
  • d’Artagnan, un séducteur, un manipulateur
  • et les quatre privilégient avant tout la solidarité masculine.

Bien sûr, ils restent charismatiques, mais ne sont plus les uniques héros du récit.

Dimensions morales et sociales

Lors du jugement de Milady, chez Dumas, il y a une exécution brutale, présentée comme une justice morale punitive, mais c’est une justice privée masculine qui ne laisse aucune place à la défense.

Ils n’ont aucun droit pour rendre justice, ils sont manichéens, sûrs d’eux et le meurtre de Milady conduit le roman d’aventures à un naufrage moral

Le récit d’Adélaïde démythifie les Mousquetaires en les montrant avec leurs grandeurs et leurs aveuglements…

En conclusion

Je recommande vivement le livre d’Adélaïde de Clermont-Tonnerre « Je voulais vivre » qui a eu le prix Renaudot en 2025, qui renouvelle le plaisir des aventures des Trois Mousquetaires comme j’ai essayé de le montrer ci-dessus. De plus, ce livre est particulièrement bien écrit et nous replonge complètement dans le romanesque de l’original. MB♦

Michel Bruley, MABATIM.INFO


Pour finir en souriant une parodie des Trois Mousquetaires :


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