Israël : ATTENTION, Élections 2026 remake de 2020 !

Par Jean-Pierre Lledo,
[29 octobre 2026]

Je ré-interviendrai lorsque les résultats des élections du 27 octobre seront définitifs, mais en attendant je voudrais dire ce qui m’a d’emblée frappé : la ressemblance de ce scrutin avec celui de Mars 2020, à la seule différence qu’il s’agissait, alors, du troisième scrutin en moins d’un an après l’échec de la formation d’un gouvernement en avril puis en septembre 2019.

Comme aujourd’hui, ni la coalition dirigée par Benjamin Netanyahou, bien que son parti, le Likoud, soit arrivé en tête des partis, ni celle de son opposant, le général Benny Gantz, n’avaient assez de voix pour atteindre une majorité à la Knesset et donc former un gouvernement…

Le général avait donc un choix difficile :

Soit accepter les voix des partis arabes qui en s’unissant firent une percée historique (15 députés),

Soit constituer un gouvernement d’union nationale.

– Dans un premier temps, le général accepta le soutien des partis arabes pour obtenir le droit de former un gouvernement, mais la défection des formations de droite, notamment de Liberman, le poussa finalement à accepter la solution de l’union nationale, donc avec la coalition de Netanyahou.

– Dans un cas comme dans l’autre, sa coalition s’effondra. Ce qui déboucha sur une alliance contre-nature, qui ne dura que 18 mois, menée par Lapid et Bennet, allant de l’ultra-gauche (Méretz) à la droite nationaliste (Lieberman), à laquelle s’ajoutait le parti Ra’am de Mansour Abbas !

Aujourd’hui donc se pose la même question :

Le général Eizenkott qui avait déclaré qu’il préférerait démissionner plutôt que de s’allier aux partis arabes, tiendra-t-il parole ?

– Ce qui mettrait fin à son alliance notamment avec son collègue, le général Golan, qui s’est immédiatement déclaré en faveur de cette solution…

– Mais accepterait-il de se déjuger quant à l’infréquentabilité de Netanyahou ?

À un patriote avéré qui continue de diriger une guerre sur 7 fronts, préférera-t-il s’allier à des partis qui refusent d’admettre qu’Israël, en tant qu’État du peuple juif, est légitime en cet endroit de la terre ?

En un mot, les assassinés du 7 octobre 2023 seraient-ils déjà oubliés ?

À l’examen de la question de la tentation de s’allier à des partis dont le socle commun est l’antisionisme, j’avais consacré en mars 2020, deux articles dont je crois utile de reproduire de larges extraits qui n’ont malheureusement perdu aucune actualité.

1- « Israël veut-elle se suicider ? » (20 mars 2020)1

Croyant à la responsabilité de chaque citoyen qui ne pourra pas dire « je ne savais pas », n’est-il pas temps que la partie du peuple juif d’Israël (trompée ? aveuglée ? naïve ? irresponsable ? malade ? fascinée ? envoûtée ? suicidaire ?) qui a voté pour Gantz et ses alliés juifs, disent à ses chefs qu’ils doivent cesser ce jeu dangereux ?

Gantz, Ashkanazi, Lapid, Yaalon, Lieberman, Perez, et ceux qui ont voté pour eux, ignorent-ils que cette liste unifiée arabe est composée d’islamistes, branche israélienne des frères musulmans (interdits dans le monde arabe !), d’islamistes nationalisants, et de nationalistes islamisants ?…

Et le parti Hadach, lui-même une coalition de marxistes nationalisants et de nationalistes marxisants, n’a-t-il pas depuis longtemps basculé vers le nationalisme arabe après son alliance avec le Ta’al d’Ahmed Tibi en 2003, dixit le Haaretz du 11 décembre 2007 :

« Le Hadach… a succombé au courant séparatiste-nationaliste et populiste… et a choisi de tourner le dos à un agenda civique et social en faveur des questions liées au nationalisme palestinien… »

……

  • Alors au nom de quelle plate-forme se sont-ils unis, sinon comme les représentants en Israël « du peuple falestinien » dont ils se réclament, sinon pour miner la souveraineté juive d’Israël ?

Mais il n’y a pas que l’avenir pour les unir, le passé n’en a pas été moins important.

  • Ne se sont-ils pas réjouis du terrorisme des intifadas du début des années 2000 qui a tué un millier de Juifs israéliens et blessé des milliers d’autres ?
  • Hanan Zoabi ne s’est-elle pas jointe au bateau des islamistes turcs Marmara qui s’imaginaient débarquer triomphants à Gaza ?
  • N’ont-ils jamais élevé la voix contre la recrudescence ces dernières années du terrorisme des soi-disant « loups solitaires » en voiture bélier ou armés d’un poignard ?
  • N’ont-ils jamais déploré, voire condamné les éliminations ciblées des terroristes falestiniens ou iraniens ?

……

Pour retrouver son unité Israël va être forcée de choisir (de préférence par référendum que cela plaise ou non à certains Grands Juges) :

Soit en finir avec l’État juif pour devenir « l’État de tous ses citoyens »,

Soit en finir avec la formule bâtarde de 1948 fondée sur l’utopie/ l’illusion que les Arabes accepteraient de respecter les attributs de l’État juif, à l’instar des Druzes et d’autres minorités.

– Dans la première hypothèse, le peuple juif après s’être vu dépossédé de sa souveraineté, devrait accepter le retour des « 5 millions de réfugiés » et une décennie plus tard, de devenir minoritaire, c’est-à-dire de RETROUVER SON ANTIQUE STATUT DE DHIMMI ou de s’en aller dans des pays ou l’islam n’est pas (encore) majoritaire.

Pour atteindre cet objectif les Falestiniens se sont partagé le travail :

  • À l’extérieur revient la tâche de mener une guerre d’usure contre Israël,
  • Et à ceux de l’intérieur, leur cheval de Troie, de saper l’autorité juive au nom de la formule « Israël, État de tous les citoyens », formule perverse puisque sous le vernis égalitaire se dissimule à peine le désir de mettre fin purement et simplement à l’État du peuple juif.

– Dans la deuxième hypothèse,

…Israël deviendrait l’État du peuple juif et de toutes les minorités qui respecteront son identité et assumeront tous leurs devoirs de citoyens (notamment celui de servir dans Tsahal)…

Les « Falestiniens » qui voudraient le rester auraient alors le choix

– De se déplacer de quelques kilomètres pour rejoindre un État falestinien, qui pourrait être la Jordanie, déjà de fait falestinienne…

Remarque : je rappelle qu’au moment de l’indépendance d’Algérie, après 7 années d’un terrorisme qui les cibla en priorité, les non-musulmans durent s’enfuir et parcourir 1 000 km, et bien plus encore pour certains, afin d’atteindre des pays que dans leur grande majorité ils ne connaissaient pas. Et personne ne parla de « Naqba ».

– Ou bien de demeurer comme résidents en Israël, sans la possibilité d’intervenir dans les destinées de l’État du peuple juif. Plusieurs formules juridiques ont déjà été proposées…

Reporter cette nécessité du choix, c’est entraîner, dans les décennies à venir, Israël dans une guerre civile qui serait plus terrible que celle de 1947-1949 et dont tous ses ennemis extérieurs profiteraient pour tenter de l’achever.

Les dérives auxquelles nous assistons aujourd’hui à l’occasion de ces 3ᵉˢ élections, disent l’urgence pour le peuple d’Israël de se prononcer, tant qu’il le peut, tant qu’il est encore majoritaire.

Veut-il se suicider ? Ou veut-il vivre,
c’est-à-dire exister dans sa singularité ?

……

Après avoir été repêchée par la Cour Suprême qui avait refusé la procédure d’invalidation à son encontre, la nouvelle députée arabe Heiba Yazbak, élue du parti Balad et donc partie prenante de la Liste unifiée arabe, n’a pas hésité à mettre les pieds dans le plat. Du même acabit que sa prédécesseuse, Hanan Zoabi, la nouvelle égérie expose franchement tout ce que par le passé les autres dirigeants arabes avaient pu dire de façon plus feutrée :

« Nous allons à la Knesset pour obtenir tout ce que nous pouvons au niveau des droits civiques.

À Balad nous restons fermement attachés à notre solide boussole qui est d’obtenir un État de tous les citoyens.

Notre programme s’oppose au sionisme de cet État et nous luttons contre cela et pour le démantèlement de son caractère juif et sioniste

En préservant notre identité nationale tout en ne renonçant pas à notre pleine citoyenneté ».

2 Pourim, Israël ne s’est pas suicidé. (31 mars 2020)2

In extremis donc les généraux Gantz et Ashkénasi se sont soustraits d’une alliance qui était prête à sacrifier Israël à la haine de son premier ministre (du jamais vu dans l’histoire d’Israël, où jamais l’inimitié ne prit le dessus sur l’intérêt du pays).

Un jour ils nous diront les dessous d’une coalition que tout le monde savait fragile dès le début,

  • Tant elle rassemblait des gens trop différents,
  • Une coalition qui n’avait quasiment pas d’autre ciment qu’évincer Netanyaou. Mais on peut imaginer ce que furent leurs problèmes de conscience.
  • S’allier à Balad qui lors des deuxièmes élections en septembre 2019 dénonçait Gantz en raison de son « idéologie sioniste, ses positions de droite peu différentes de celles du Likoud, son histoire militaire sanguinaire et agressive » ?
  • S’allier aux islamistes de Raam dont le véritable chef Raed Saleh, qui se trouve actuellement en prison, disait que « L’État juif, tout comme les Perses, les Romains, les Croisés et les Britanniques, sera “vomi” par la terre » ?
  • S’allier avec le Ta’al d’Ahmed Tibi, l’ex-conseiller officiel d’Arafat (et aujourd’hui officieux d’Abbas), lequel repoussa toutes les offres de paix et fut le chef d’un terrorisme qui coûta la vie de plus d’un millier de civils juifs israéliens au début des années 2000 : « Symbole national pour les Palestiniens. Il me manque énormément… Il y avait une sorte de magie qui s’opérait quand on rencontrait cet homme », se confiait Tibi à l’époque.
  • S’allier enfin avec Hadash dont le chef Ayman Odeh pratique le double langage, comme tous les dirigeants politiques du monde arabo-musulman, mettant en avant sa laïcité et son pseudo-communisme lorsqu’il veut séduire la gauche israélienne, et qui redevient « naturel » lorsqu’il parle aux siens selon la rhétorique islamiquement correcte :
    • « À l’occasion de la Journée de Al Isrâ wal Miraj, je salue tous les membres de notre peuple […] En ce jour, nous réitérons notre engagement à poursuivre le combat jusqu’à ce qu’Al-Quds occupée depuis 1967 soit libérée, avec ses habitants, ses murailles et la mosquée Al-Aqsa, et au Jour du Grand Jugement, elle sera la capitale de la Palestine » ?
    • « Au Jour du Grand Jugement » ! Avec les fantômes du camarade timonier Staline ou du grand frère Mufti Amin El Husseini hôte d’Hitler à Berlin durant 4 années ?

Il ne me reste plus qu’à examiner le dernier « argument » de la gauche israélienne.

  • Pourquoi ne pas s’allier aux Arabes ?
  • Ne sont-ils pas une partie des élus de la Knesset ?
  • Ne représentent-ils pas 20 % de la population israélienne ?
  • Les exclure n’est-ce pas du racisme (un racisme identifié à la droite, car seule la gauche détient évidemment le monopole de l’antiracisme et des plus hautes valeurs morales) ?

Nos amis « sionistes de gauche » ne se seraient-ils pas aperçus que ce n’est pas la droite qui a exclu les Arabes, mais les Arabes qui se sont eux-mêmes progressivement exclus et continuent de s’exclure ?

De 1949 aux années 90, ne se disaient-ils pas « Arabes israéliens » alors qu’aujourd’hui à l’exception d’une toute petite minorité (5 % ?) ils se présentent comme des « Falestiniens » ?

Ayant voté le 2 mars à 86 % en faveur des 4 partis de la Liste unifiée arabe, l’électorat arabe (musulman et chrétien) ne s’identifie-t-il pas de plus en plus aux autres Falestiniens vivant dans les territoires administrés par l’Autorité falestinienne, avec la conséquence inévitable d’un irrédentisme qui ressemble fort à un statut de 5e colonne ?

  • Mêmes symboles nationaux (hymne, drapeau) exhibés dans chaque manifestation, y compris dans les bureaux de chaque député arabe à la Knesset (!),
  • Même dates historiques commémorées (Naqba, Journée de la Terre, etc.),
  • Même stigmatisation du socle fondateur de l’État d’Israël, le sionisme,
  • Même condamnation de l’État d’Israël dans la gestion du conflit avec l’Autorité falestinienne et le Hamas,
  • Mêmes réjouissances pour les malheurs d’Israël (par exemple les incendies criminels de forêts),
  • Mêmes soutiens à BDS en transgression de la loi israélienne anti-boycott,
  • Mêmes célébrations comme des résistants politiques de ceux qui ne furent que de lâches terroristes.

N’était-ce pas la même Heiba Yazbak, précédemment citée, députée de la nouvelle Knesset, qui en mai 2015 brandit une photo du « guerrier martyr Samir Kuntar », mercenaire qui venait d’être liquidé quelque part en Syrie par un missile israélien ?

Et pour ceux qui l’ignoreraient, rappelons que le haut fait de résistance de ce monstre consista à fracasser le crâne d’une petite fille sur un rocher de la plage de Naharya, après l’assassinat de son père, en 1979.

Rappelons aussi que la Cour Suprême refusa en 2015 d’invalider cette députée comme l’exigeait la Knesset et qu’en janvier 2020, le procureur général Avichai Mandelblit s’opposa à nouveau à la disqualification de cette députée !!!

En conformité avec la loi dialectique de la transformation de la quantité en qualité, les 4 partis arabes

  • Ne revendiquent-ils pas, chacun à sa manière, mais chaque année avec plus de véhémence, la remise en question de l’État d’Israël défini dans la Déclaration d’indépendance adoptée le 14 mai 1948 comme « État juif » ?
  • Ne désignent-ils pas l’État d’Israël comme un État d’apartheid raciste ?
  • N’invitent-ils pas Israël, de façon de plus en plus pressante, à se dépouiller de tous ses attributs nationaux, seule manière selon eux de devenir égalitaire et démocratique, ce que résume leur slogan qui les fédère tous aujourd’hui : Israël comme « État de tous ses citoyens » ?

……

Déclaration d’indépendance lue par Ben Gourion le 14 mai 1948, à la veille de l’expiration officielle du mandat britannique sur la Palestine :

« EN CONSÉQUENCE, NOUS, MEMBRES DU CONSEIL REPRÉSENTANT LA COMMUNAUTÉ JUIVE DE PALESTINE ET LE MOUVEMENT SIONISTE, NOUS NOUS SOMMES RASSEMBLÉS ICI, EN CE JOUR OU PREND FIN LE MANDAT BRITANNIQUE ET EN VERTU DU DROIT NATUREL ET HISTORIQUE DU PEUPLE JUIF ET CONFORMÉMENT A LA RÉSOLUTION DE L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DES NATIONS-UNIES, NOUS PROCLAMONS LA CRÉATION D’UN ÉTAT JUIF EN TERRE D’ISRAËL QUI PORTERA LE NOM D’ÉTAT D’ISRAËL ».

……

Ahmed Tibi en avril 2009, ne saluait-il pas une autre rengaine du président falestinien Mahmoud Abbas s’engageant à « ne jamais reconnaître Israël comme État juif » ?

Pourquoi alors ne pas exiger de l’Autorité falestinienne et des 57 pays musulmans qu’ils dépouillent aussi leurs Constitutions de leurs attributs identitaires ?

Et ce alors que contrairement à tous ces pays, le judaïsme n’a le statut ni d’une religion, ni encore moins d’une religion d’État, et qu’en Israël l’athéisme n’est pas passible de prison, pas plus que de mort le blasphème ou l’apostasie…

Comment alors, comme le fait chacun des 4 partis arabes selon sa sensibilité plus ou moins islamisante ou nationalisante,

  • Refuser à Israël d’être l’État du peuple juif
  • Et en même temps revendiquer pour soi une identité nationale bien distincte ?

N’est-ce pas Raed Saleh le chef de la mouvance islamique en Israël qui a bâti sa popularité en transformant le lieu de prière d’El Aqsa en symbole du combat national de tous les Falestiniens, et même plus en espérant que « Jérusalem, devienne le cœur d’un futur califat islamique » ?

N’est-ce pas Jamal Zahalka alors président de Balad, qui a dit en février 2019 : « Balad fait partie du mouvement national palestinien. Nous ne sommes pas la gauche israélienne. ».

N’est-ce pas Ahmed Tibi qui, à la question du rédacteur en chef d’i24NEWS Jean-Charles Banoun (« Si on vous présente comme un député israélien, est ce que ça vous dérange ? »), répondait ainsi le 5 sept. 2019 : « Je suis député arabe qui représente la population arabe palestinienne en Israël. C’est un statut particulier de représentant d’une minorité nationale en Israël. » ?

N’est-ce pas le même Ahmed Tibi qui, quelques jours plus tard (le 23), après l’adoption de la Loi sur la Nation, s’emportait ainsi : « Nous sommes les propriétaires de cette terre ! » ?

Et lui faisant écho, Fayçal Husseini, ministre falestinien important de l’Autorité falestinienne, en charge de Jérusalem jusqu’en 2001 : « La Palestine, selon notre plus haute stratégie, va de la rivière à la mer. La Palestine dans sa totalité est une terre arabe, la terre de la Nation arabe…… Si les États-Unis et Israël avaient réalisé, avant Oslo, que le mouvement national palestinien et le mouvement pan-arabe était un Cheval de Troie nommé Arafat ou OLP, ils n’auraient jamais ouvert leurs portes fortifiées pour le laisser entrer à l’intérieur… ».

……

Et d’ailleurs, chers amis de la « gauche » israélienne, comment comprendre votre brusque volte-face ?

  • Hier « pour sauvegarder Israël comme État juif » ne préconisiez-vous pas de se séparer des « Falestiniens de l’extérieur » ?
  • Alors qu’aujourd’hui vous voulez inclure ceux de l’intérieur qui ne cessent de vous dire qu’ils font partie d’un même « mouvement national falestinien » dont le but est de s’emparer de toute la Palestine, « de la rivière à la mer »…

Ne gagneriez-vous pas à relire le journal de Ben Gourion, consacré pour l’essentiel aux négociations qu’il entreprit durant les années 30 avec des émissaires du Mufti Amin el Husseini et à qui il ne cessait de répéter ce qui pour lui n’était justement pas négociable :

« Le peuple juif veut être libre sur sa terre et ne dépendre de personne. Il veut un État juif…… L’indépendance du peuple juif n’est concevable que si la Palestine constitue une unité politique indépendante, c’est-à-dire un État juif. » ? 3

La Déclaration d’Indépendance de 1948 a correspondu à un équilibre entre Juifs et Arabes d’Israël durant plus de 40 ans. Cet équilibre fragile a été rompu. De facto, Israël est devenu un État binational, source de frustration, d’irritation et de violence pour les deux peuples.

Pour que le côtoiement soit source d’émulation, de coopération et de paix, Israël doit le plus tôt possible cesser de l’être…

Il est donc temps pour Israël de trouver une nouvelle formule où Juifs et Arabes pourront, sans interférence, c’est-à-dire séparément, assumer leurs destins singuliers en accord avec leurs histoires, leurs cultures, leurs langues, leurs religions et leurs symboles.

Formule qui tiendrait compte des minorités arabes et non arabes désireuses de rester fidèles à l’État juif, de respecter la conscription, tous les symboles de l’État juif et qui, elles, conserveraient tous les attributs de la citoyenneté.

……

Pour terminer, laissons la parole à ce grand penseur israélien, spécialiste de la Kabbale et du messianisme juif, Gershom Scholem, qui bien qu’ayant fondé avec d’autres intellectuels, dont Buber, une « Alliance pour la Paix » qui croyait possible une coexistence pacifique avec les Arabes, n’hésita pas à fustiger « la nouvelle gauche » de son époque (avant la renaissance de l’État d’Israël)…

« S’ils pensent qu’ils n’ont pas besoin du judaïsme pour préserver leur identité propre, je crains qu’ils ne s’acheminent vers le désespoir et les déceptions auxquelles les Juifs d’Europe ont été confrontés dans des circonstances tout à fait différentes.

Si les Juifs ne veulent pas de leur renaissance l’État d’Israël ne tiendra pas… Le défi, c’est de faire face aux réalités. C’est précisément ce que la nouvelle gauche n’aime pas faire.

Comme les cananéens4, elle vit dans un monde fictif… Le sentiment d’être étrangers les uns aux autres est né non seulement de leur ignorance mais surtout de leur volonté de ne pas savoir.

Nous les sionistes, avons opté pour le “provincial” et eux pour “l’universel”. Mais la dimension universelle ne peut être réelle et justifiée que lorsqu’un individu sait quel lieu est le sien

Or les Juifs de la nouvelle gauche ne le savent pas et cela leur coûtera cher…

Il ne faut pas poser la question du prix du sionisme, mais du prix de la diaspora ».5 J‑­PL♦

Jean-Pierre Lledo, MABATIM.INFO


1 « Israël veut-elle se suicider ? » (20 mars 2020)
https://www.dreuz.com/2020/03/israel-veut-il-se-suicider-209082.html

2 « Pourim, Israël ne s’est pas suicidé ». (31 mars 2020)
https://www.jforum.fr/pourim-israel-ne-sest-pas-suicide-iere-partie-jean-pierre-lledo.html

3 « Les Arabes, les Palestiniens, et moi », David Ben Gourion. Editions des Presses du Temps présent. Paris. 1974.

4 Cananéens : mouvement culturalo-politique juif, fondé en 1939, dirigé par le poète Yonatan Ratosh qui, prônant une rupture avec le judaïsme, voulait fonder une nation basée sur la géographie et la langue hébraïque : la patrie hébraïque.

5 Cahiers de l’Herne dirigé par Maurice Kriegel. 3e entretien avec EHOUD BEN-EZER (Avril-Mai 70) : Le sionisme – Dialectique de la continuité et de la rébellion.


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