Israël : 4 novembre 1995 – 4 novembre 2026 : Qui sont les héritiers d’Itshak Rabin ?

Par Pierre Lurçat,
[4 novembre 2026]

«Israël est divisé aujourd’hui entre les héritiers d’Itshak Rabin et les partisans de son assassin »
AlainFinkielkraut

Quel rapport y a-t-il entre

  • Itshak Rabin, le général vainqueur de la guerre des Six Jours devenu Premier ministre et assassiné en 1995 par Yigal Amir d’un côté,
  • et Yair Golan, ancien chef d’état-major adjoint dont le parti « Les démocrates » vient de remporter 8 sièges aux dernières élections ?

À en croire Alain Finkielkraut et d’autres :

Golan serait l’héritier de Rabin et son parti serait la version modernisée du parti travailliste.

À l’image du chef d’état-major de 1967 s’est superposée à leurs yeux celle du chef d’état-major adjoint devenu le leader le plus virulent de l’opposition à Netanyahou…

En réalité,

Le parti « Les démocrates », issu d’une fusion entre le Parti travailliste d’antan (après sa déconfiture aux élections de 2022) et le parti Meretz, illustre surtout LA DÉRIVE D’UNE GAUCHE ISRAÉLIENNE MORIBONDE…

Analyse.

Yair Golan a peu en commun avec le chef d’état-major de la guerre des Six Jours, auquel A. Finkielkraut voue une admiration teintée de nostalgie.

Il faut ignorer presque tout de l’histoire et de la vie politique israélienne

Pour croire que Yair Golan, devenu le « maître à penser » de Finkielkraut,

Est l’héritier de Itshak Rabin

Et que son parti « Les démocrates » est la continuation du parti travailliste…

Lorsqu’il qualifie Golan de « grand soldat et grande figure de la gauche israélienne », Finkielkraut passe sous silence les prises de position radicales de Golan, qui – entre autres déclarations scandaleuses –,

– A qualifié les habitants de Homesh (en Samarie) de « sous-hommes »,
– Et affirmé que Tsahal avait pour « passe-temps de tuer des bébés à Gaza » (sic !)…

Itshak Rabin n’était certes pas exempt de défauts, et il avait lui aussi eu des mots particulièrement choquants à l’encontre des habitants de Judée-Samarie (à l’époque des accords d’Oslo notamment).

Mais ses excès de langage relevaient plus d’un trait de caractère que d’une idéologie radicale, comme dans le cas de Yair Golan.

Le romantisme avec lequel Finkielkraut observe la scène politique israélienne pourrait faire sourire, s’il ne le conduisait pas à proférer des contre-vérités aussi choquantes que celle citée en exergue.

Faire porter la responsabilité de l’assassinat de Rabin aux électeurs de la droite actuelle relève d’une vision binaire et caricaturale de la politique israélienne et d’une simplification à l’outrance, indigne d’un intellectuel digne de ce nom…

Non seulement Yair Golan n’est pas l’héritier de Rabin, mais

Son parti est le fossoyeur du sionisme de gauche incarné par Rabin et par le parti travailliste du temps de sa grandeur...

Frédéric Encel, le général Eisenkot et Nétanyahou

L’idée qu’un ancien général ferait automatiquement un bon Premier ministre semblera ridicule aux yeux de tout observateur honnête, s’agissant d’un pays démocratique comme Israël et pas d’une république bananière.

Cela n’a pas empêché Frédéric Encel de commenter doctement les résultats des élections israéliennes sur une radio française, en expliquant que :

«Eisenkot était le candidat le mieux placé… » parce qu’il est « un ancien général, alors que Netanyahou n’était même pas colonel… »

Cette affirmation d’une naïveté presque touchante ferait sourire un élève de première année en sciences politiques et montre combien les commentaires des « experts » expriment souvent leurs désirs plus que les réalités.

Que Netanyahou n’ait pas été chef d’état-major n’est évidemment pas un défaut, surtout lorsque l’on sait quelle est la responsabilité écrasante de l’armée dans la « Conceptsia » qui a abouti à l’échec terrible du 7-Octobre.

À certains égards, son parcours est pourtant assez similaire à celui de Rabin.

Comme Rabin,

  • Netanyahou a longtemps défendu une forme de pragmatisme politique dénué de toute idéologie.
  • Comme Rabin, il a été diplomate à Washington, poste qui lui a servi de tremplin pour une longue carrière politique.
  • Rabin a longtemps été considéré comme un « faucon », à l’époque où les dirigeants politiques israéliens étaient immanquablement classés en faucons et colombes. Mais c’était avant le début du processus d’Oslo qui a fait entrer Israël dans l’ère post sioniste, dont nous sommes en train de sortir depuis le 7-Octobre.

Et c’est précisément ce dernier point qui résume la différence principale entre Itshak Rabin et Yair Golan :

L’effondrement et la quasi-disparition du parti travailliste, qui n’obtint que quatre mandats lors des élections de 2022, sont largement dus à l’abandon par celui-ci du consensus sioniste et par la radicalisation de ses positions depuis l’époque des accords d’Oslo.

Phagocyté par l’extrême-gauche depuis 1990 – celle du parti Meretz avec lequel il fusionna au sein des « Démocrates » – et par le wokisme à la mode israélienne, le parti travailliste a fini par rendre l’âme dans les années 2020…

Le « rebranding » opéré par Yair Golan n’était pas seulement une opération de marketing politique : ce fut une tentative désespérée de ressusciter un parti mort depuis longtemps. PL♦

Pierre Lurçat, Vu de Jérusalem


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