« Le mariage indissoluble », de Bruno Riondel

Par Évelyne Tschirhart,
[10 mai 2026]

POURQUOI IL FAUT LIRE CE LIVRE

Ce roman atypique, est une sorte de tragi-comédie sur le mariage, sur la foi et sur la passion amoureuse.

C’est aussi un roman fantastique dans sa forme puisque l’auteur, ne s’interdisant aucune « extravagance », nous tient en haleine durant ces trois cent cinquante pages au moins, afin de nous offrir une « happy end » fantastique et décoiffante !

Grâce à une forme très élaborée, à une écriture claire et percutante, l’auteur aborde en romancier mais aussi en historien, un sujet délicat, surtout à notre époque de « mécréance » ou d’indifférence assumée.

Le héros de ce roman, Braonan, a une foi en Jésus-Christ, dans ce qu’elle a de plus pur.

Cependant, il doit faire face à deux problèmes :

— Celui de son amour pour Fabiana, cette jeune femme libre, qui vit loin de ses parents et qui semble s’épanouir dans sa relation avec Braonan. Elle a eu d’autres amants avant de rencontrer l’homme avec qui elle emménage à Vincennes.

Bientôt, les deux jeunes gens songent à se marier pour fonder une famille. Cependant, Fabiana subit les appels intrusifs de sa mère qui ne supporte pas sa situation de concubinage et la jeune femme, au lieu d’affirmer sa liberté, redevient une petite fille apeurée sous la férule maternelle. Le jeune homme ne comprend pas cette soumission qui perturbe leur relation, d’autant que sa compagne l’accuse de vouloir la couper de ses parents.

Cette « inversion accusatoire » sidère Braonan et l’oblige à se poser la question cruciale : leur couple va-t-il résister au chantage imposé par la mère de la jeune femme ? Bien que très amoureux de Fabiana, il découvre un autre aspect de la personnalité de celle qu’il aime : sa dépendance maladive à l’égard de sa mère. Il se sent piégé et l’auteur écrit :

« Il ne voulait pas être l’idiot utile servant des intérêts claniques d’un autre temps et rejetait l’idée d’un mariage fondé sur l’hypocrisie et le mensonge. »

— Lorsque Fabiana doit se rendre chez ses parents en province, Braonan souhaite l’accompagner. Or, dès leur arrivée chez eux, le comportement de Fabiana change de façon radicale et son compagnon, déstabilisé, est conforté dans l’idée que la jeune femme est sous emprise. Il ne reconnaît plus Fabiana, la femme libre et décomplexée, qu’il aime. La mère exige d’abord qu’ils dorment séparément puisqu’ils ne sont pas mariés. Ce formalisme à l’égard de presque trentenaires est ridicule, mais Braonan s’y plie. Aude, la mère de Fabiana, harcèle sa fille pour qu’elle se marie au plus vite, car elle craint le regard des autres. Cette intrusion est très déstabilisante pour Braonan. Très vite, il se rend compte que cette femme, pratique un catholicisme formel, construit sur des conventions établies. Il faut préciser qu’elle a vécu son enfance dans l’Espagne de Franco !

Pour calmer le jeu, Fabiana et Braonan décident de se marier plus tôt qu’ils ne l’envisageaient, mais uniquement sur le plan civil. Les parents de la jeune femme sont soulagés. Pour eux, l’honneur sera sauf !, cette occasion, c’est la mère qui prend les choses en main. Et c’est encore au nom de son amour pour Fabiana que Braonan cède avec le sentiment désagréable de se faire manipuler.

Cependant Aude reste tracassée à l’idée que le mariage ne soit pas religieux. Elle exerce à nouveau des pressions pour imposer l’union sacramentelle, ce qui a pour effet de perturber plus encore la relation entre Fabiana et Braonan, car ce dernier refuse.

Conscient du pouvoir de nuisance de sa belle-mère qu’il souhaitait apaiser, Braonan, de concert avec son épouse, avait cependant proposé que le mariage soit béni par un prêtre, mais il restait ferme sur « le sacrement religieux qui, sur le plan spirituel, en ferait une alliance d’âmes indissoluble ».

En effet, instruit par les rapports difficiles avec sa belle-mère, et sa femme par voie de conséquence, Braonan, ne veut pas s’engager à la légère.

Pour dire les choses prosaïquement, il se réserve une porte de sortie honorableau cas où sa relation avec Fabiana s’avérerait trop difficile, toujours à cause de sa belle-famille et de la fragilité psychologique de la jeune femme.

Le lecteur a le sentiment, tout au long de cette première partie, que Braonan vit sur un champ de mines. Il est sous la pression d’une belle-mère qui veut tout contrôler, tout organiser comme s’il s’agissait de son propre mariage. Situation inconfortable, s’il en est ! Il faut aussi rappeler que Braonan « vivait sa foi en esprit et la nourrissait par la lecture des Évangiles», ce qui explique la pureté et la profondeur de son engagement, et l’on peut ajouter sa rareté, en notre époque d’indifférence religieuse. Il est donc tiraillé entre sa vraie foi et ce que sa belle-famille veut lui imposer : une cérémonie beaucoup plus conventionnelle et destinée à la galerie. Finalement, il capitule et cède aussi sur le mariage religieux qu’il accepte avec l’esprit de sacrifice, au nom de l’amour qu’il porte à Fabiana.

L’auteur décrit au scalpel comment Braonan réagit de façon psychosomatique à cet empiétement abusif sur son libre arbitre. À force de reculer sur tout, il finit par ne plus rien maîtriser. C’est pourquoi revient comme un leitmotiv ce constat inamovible à l’égard de son épouse : « il l’aimait », seule explication au refoulement de ses frustrations, voire de ses colères. Mais l’amour est souvent aveugle !

Cependant, la célébration du mariage à l’église va donner lieu à l’humiliation magistrale de Braonan par le prêtre qui officie. Humiliation qui alimentera sa suspicion à l’égard d’un clergé formaliste dont il se méfie. En effet, durant la cérémonie, le jeune homme, au lieu de regarder le prêtre qui lui demande s’il consent à épouser Fabiana, se détourne vers son épouse pour lui dire « oui », moment d’allégresse spirituelle qui scelle leur union. Cela suscite chez le prêtre, sans doute vexé d’avoir été ignoré, une réplique désagréable dite à haute voix, afin que toute l’assemblée puisse l’entendre. Et d’autorité, il décida qu’il faut refaire la scène du « oui » !

Cette intervention grossière et humiliante pour le mari devait être le premier clou planté sur la croix qu’allait porter Braonan. Elle aura des conséquences désastreuses qui apparaîtront dans la suite du récit.

Enfin, ce livre nous amène aussi à nous interroger sur l’évolution de la chrétienté en occident et sur l’Église qui s’est subvertie, en tant qu’institution, par la nouvelle religion des droits de l’homme. En effet, selon l’essayiste Jean-Louis Harouel :

« La notion de “sacré” a été négligée au profit de “la religion de l’humanité”, suivant en cela la doctrine socialiste du bonheur sur terre.

L’Église s’est fourvoyée en voulant instaurer le paradis sur la terre, grâce à une rédemption collective assurant le salut de la société et non de l’individu. »

Cette politique l’a conduite, à suivre la tendance générale en Europe notamment, d’une déchristianisation, et à prêcher un amour du prochain surtout s’il n’est pas chrétien. C’est ainsi qu’on a vu le Pape François sermonner la France pour l’accueil des migrants (musulmans).

Cette hétérodoxie, amorcée parJean-Paul II, suivait en réalité les préconisations européennes de l’ouverture aux migrants.

Seul Benoît XVI avait rappelé, non sans courage, l’incompatibilité de l’islam et du christianisme : incompatibilité vérifiée par l’Histoire avec la revendication hégémonique de l’islam sur tout autre religion, juive et chrétienne.

Dans une société européenne déchristianisée, particulièrement en France, en manque de repères et de valeurs (autres que celles de la République !) et où les références morales s’émiettent, ainsi que l’idée de transcendance qui est inconnue d’une grande partie de la jeunesse, ce livre permet de nous interroger non seulement sur le sens à donner au mariage, mais, plus largement, sur celui à donner à notre existence.

Cette quête existentielle, l’auteur la mène avec brio, avec originalité, en osant même une fin, parfois désopilante, sur un mode fantastique empreint d’humour. Sans entrer dans les détails d’une histoire foisonnante et pleine de rebondissements, on peut affirmer que ce roman ne peut laisser indifférent.

Il secoue le lecteur, qu’il soit croyant ou non, tout en l’alimentant de solides références religieuses et de connaissances historiques.

Mais il faut aussi une âme pure d’enfant, une âme éclairée par l’espérance, pour nous conduire sur le chemin difficile et sinueux de la foi.

Il ne faut pas s’étonner que ce roman, pourtant très riche, bien construit et bien écrit, ait pour l’instant, suscité peu de commentaires.

Il vient peut-être trop tôt ?

Mais je gagerais que, si l’on considère l’état de notre monde et les fureurs qui s’annoncent, ce livre trouvera sa place comme une lumière indispensable pour éclairer notre nuit. ET♦

Évelyne Tschirhart, MABATIM.INFO


En savoir plus sur MABATIM.INFO

Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.

Un commentaire

  1. J’ai lu avec intérêt ce livre. Il raconte en effet une troublante histoire d’amour entre un jeune intellectuel empli d’illusions – et certainement trop gentil – et une jeune femme, psychologue de son état, qui balance entre ses désirs de femme et la peur du regard maternel. Comme le raconte Evelyne Tschirhart, le héros, Braonan, doit se plier aux volontés patriarcales de la famille de Fabiana et cède en contractant un mariage indissoluble qui n’était pas d’actualité. Homme de son époque, responsable et en quête d’individuation, il a le sentiment, après son mariage, d’être entré dans un paradigme d’Ancien régime marqué par la violence verticale, l’esprit dogmatique et l’aliénation grégaire. Il souffre. Le conflit avec ses beaux-parents est inévitable. Lorsque celui-ci survient, la mère de Fabiana se montre démoniaque et exige la rupture. Braonan découvre qu’elle ne croit pas à ses propres valeurs. Elle est dans le pouvoir absolu. Il demande l’aide de l’Eglise, au nom de la vérité que le Christ est supposé incarner pour un chrétien, mais il se heurte à une violence symbolique cléricale d’un autre temps, se demandant si le clergé croit à ce qu’il enseigne. La suite, il faut la découvrir. C’est un livre fort et troublant, écrit sur un mode souvent distancié. L’auteur ne veut pas faire dans le mélodrame, d’où l’humour fréquent, ce qui ne l’empêche pas de s’élever sur des hauteurs intellectuelles qui demandent au lecteur de se concentrer. Ce livre est très instructif et important pour comprendre les subtilités de notre époque troublée. Je le conseille donc aussi, car il rompt avec toutes les productions habituelles dites de la « ligne éditoriale ». C’est certainement pour cette raison qu’il n’est pas encore assez médiatisé. Mais, cela viendra immanquablement.

    J’aime

Laisser un commentaire. Il sera visible dès sa validation.