Israël : Merci et Bravo, M. Mansour Abbas !

Par Jean-Pierre Lledo,
[28 Août 2026]

Ce texte peut aussi se lire comme la suite de :
Israël : Pour qui nous voterons le 27 octobre 2026

Comme je le craignais, et à l’instar de la campagne électorale de 2022, celle-ci était en train de s’enliser dans le marais du « Rak lo Bibi ! »1

La gauche, on la comprend, puisqu’elle a été anéantie depuis des décennies par la droite et ce n’est pas le 7 octobre qui risque de la sauver de la noyade.

Mais force était de constater que pareillement pour les partis du centre (qui se disent sionistes),

et même la ribambelle de partis qui se disent de droite, dont presque aucun n’obtiendra le pourcentage requis pour être éligible, c’était le même refrain !

Moi qui avais cru qu’après le 7 octobre, tous ceux qui se réclamaient du sionisme allaient enfin comprendre que c’était « Eux ou Nous »2, et qu’il n’y avait qu’une seule question qui vaille, la question existentielle, surtout après le déferlement planétaire de haine antijuive, combien dépité étais-je !

On en était toujours au même refrain : « Rak lo Bibi ! ».

Un peu comme la gauche bundiste dans les années trente en Europe de l’Est, dont le slogan aurait pu être « Rak lo Israël », qui refusa d’entendre les SOS lancés par Jabotinsky, et endossa pour l’histoire la coresponsabilité d’avoir contribué à la crémation de millions de Juifs...

Ajoutons de suite, pour les diasporas juives, que

L’ensemble des organisations censées les représenter aujourd’hui, endossent d’ores et déjà la coresponsabilité des agressions quotidiennes,

en continuant à semer l’illusion d’une vie possible dans cette Europe islamisée prête à redevenir le tombeau des Juifs.

Malgré ses 3 500 ans d’Histoire, que l’Europe connaît mais préfère taire, le monde arabo-musulman, depuis un siècle, considère nulle et non-avenue une souveraineté juive. Depuis un siècle, le monde arabo-musulman a tout fait pour l’en empêcher.

Guerres directes et guerres par délégation aux mouvements terroristes dits « falestiniens », déclarations bellicistes de leurs chefs…

À quoi s’ajoutent aujourd’hui
une « Autorité falestienne » forte d’une armée déguisée en force de police de 60 000 hommes armés comme des commandos,

– et le Cheval de Troie des partis « politiques » arabes au sein même d’Israël, qui refusent de reconnaître la légitimité d’Israël et de son État, tout en étant, lui le Cheval de Troie, reconnu et représenté à la Knesset !!!

La conséquence étant qu’Israël se doit d’être nuit et jour sur le pied de guerre,

Toute garde baissée suite à un « apaisement » pouvant déboucher sur un nouveau Kippour ou sur un autre 7 octobre, auquel se rajouterait cette fois un immense pogrom à l’intérieur même d’Israël…

Cette réalité bien tangible de dangers divers et convergents, qui n’est pas « un récit », n’est-elle pas un motif d’inquiétude suffisamment grave ?

— Que faut-il qu’il arrive encore à Israël pour que les hommes politiques qui prétendent pouvoir la diriger, en fassent l’objet central de la campagne électorale ?

— Comment parer à la prochaine attaque de l’extérieur et de l’intérieur ?

  • Va-t-on tolérer des partis qui ne dissimulent même plus leur dissidence ?
  • Va-t-on attendre un autre 7 octobre, venant cette fois de Judée-Samarie ?
  • Va-t-on rendre Gaza à nos assassins, puisque l’on sait que plus de 80 % de la population est soumise volontairement au Hamas et au Fatah ?

Peut-on accepter d’avoir de tels « voisins » qui n’ont qu’un rêve en tête, nous faire disparaître ?

N’est-il pas temps de prendre par ses cornes le taureau blessé, donc plus dangereux encore, et de l’emmener paître parmi ses frères qui disent tant l’aimer ?

La matière n’était-elle pas suffisante pour une campagne électorale digne de ce nom, censée mettre en débat les questions les plus importantes ?
Et y a-t-il question plus importante que la survie ? Au lieu de quoi, le fameux refrain !

« Bibi » fascinait-il, au point de les rendre aveugles, ces partis en lice qui en faisaient leur partition quotidienne ? Indigence de la pensée ? Paresse de l’imagination ? Force du déni ?

Ces partis ne rejouaient-ils pas la tragédie de ces millions de Juifs qui, faute de reconnaître à temps le danger, furent conduits comme des moutons vers une mort industrialisée ?

Bref, la campagne électorale, à peine lancée, décevait déjà, et c’est peu dire : son inconsistance désespérait. Bien sûr, on pouvait se dire, sans trop y croire, qu’il restait 2 mois pour qu’elle se remette sur ses vrais rails.

Mais qui allait avoir cet honneur de la remettre sur pied ?
Qui n’aurait jamais pensé que ce serait
le représentant des Frères musulmans en Israël ?!!!

Quel affront pour l’ensemble des partis anciens ou nouveaux chantant sur tous les tons le gros tube quadriennal « Rak lo Bibi ! » !

Mansour Abbas qui n’a jamais condamné les auteurs du 7 octobre, qui par le passé avait proclamé que « la Falestine avait été conquise par des « gangs sionistes » »,et dont deux de ses associations3 s’occupèrent de renflouer le Hamas, décidait cette fois de tomber le masque (à moitié…) :

  • « Nous reconnaissons l’État de Palestine, et l’État de Palestine existe, et le monde entier le reconnaît. Les États-Unis et Israël doivent, eux aussi, le reconnaître ». (une fiction qui se prend pour du documentaire !)
  • « Le caractère juif de l’État est une réalité qui nous a été imposée et non un choix que nous avons fait. Les partis arabes ont dû l’accepter par nécessité pratique, faute de quoi ils risquaient d’être exclus des élections à la Knesset et aux autorités locales. (Duplicité oblige, mais malgré tout aveu : en réalité, M. Abbas est contre l’État juif. Il s’impose comme un fait accompli, mais ne lui reconnaît aucune légitimité)
  • « Occuper une fonction politique au sein du pouvoir plutôt que se limiter à une représentation parlementaire dans l’opposition, et défendre les intérêts de la société arabe ». (Pour raviver son irrédentisme ?)« C’est un test pour la démocratie israélienne », conclut-il. (Quel toupet !)

Pouvait-on être plus clair ?

Rusé comme tout Frère musulman et bien plus intelligent que ses collègues des autres partis politiques arabes, genre Tibi ou Odeh, le Cheval de Troie qui avait déjà noyauté les Mairies, et le Parlement, visait désormais le gouvernement, excusez du peu.

Et d’ailleurs était-ce vraiment un objectif si ambitieux, lorsque des partis qui se disent « sionistes », et donc, selon Mansour Abbas, les héritiers des « gangs sionistes », recherchaient déjà ses faveurs, toujours au nom du fameux refrain…

L’Opposition à la Coalition gouvernementale actuelle, ou même à la personne de son premier Ministre, saisira-t-elle l’occasion pour parler aussi clairement ?

Ou continuera-t-elle à esquiver les véritables questions ?

Ironie des stratégies, allait-elle pratiquer la taqiya, au moment où le Frère musulman s’en départissait (à moitié !) ?

Si depuis un siècle, le bon voisinage entre Juifs et Arabes s’est révélé impossible, jusqu’au post-Oslo sanglant et à l’acmé du 7 octobre,

La seule décision logique n’est-elle pas d’aider tous les Arabes qui se réclament de la « falestinité », à l’extérieur comme à l’intérieur d’Israël à créer un État falestinien hors des terres juives4, sur n’importe laquelle des terres arabes, et notamment en Jordanie déjà falestinienne par 80 % de sa population ? 5

La Knesset ayant rejeté :

  • le 21 février 2024 à une écrasante majorité (99 voix pour, 9 contre) « toute reconnaissance unilatérale d’un État palestinien par la communauté internationale »,
  • puis le 18 juillet 2024, par 68 voix contre 9, « l’établissement d’un État palestinien au cœur de la Terre d’Israël qui poserait un danger existentiel pour l’État d’Israël »,

L’Opposition à la Coalition gouvernementale actuelle osera-t-elle prolonger la geste,

et aura-t-elle le cran d’appeler au retrait de la nationalité israélienne pour tout parti, association, ou simple citoyen, qui se ferait le chantre de ce « danger existentiel » ?

Jusque vers la fin des années 70, les citoyens arabes d’Israël, tels le poète Mahmoud Darwish et le romancier Émile Habibi se disaient « Arabes israéliens ». Et après, ils se dirent « Falestiniens d’Israël ».

Israël peut-elle autoriser la double allégeance avec un pays en guerre qui se donne pour objectif de la détruire ?
Quel pays dans le monde l’a-t-il permis, par exemple durant la 1re puis la 2e guerre mondiale ?

« L’affirmation selon laquelle je nierais la Nakba, l’expulsion et le récit palestinien est une nouvelle calomnie » tient à préciser Mansour Abbas.

Israël peut-elle accepter dans ses frontières, un faux narratif visant à rendre coupable les Juifs, alors que…

… S’il y eut « nakba » ce fut en conséquence de la tentative – qui miraculeusement échoua – du monde arabe de détruire Israël, dès la proclamation de son indépendance ?

L’Opposition à la Coalition gouvernementale actuelle aura-t-elle le courage de dire que, Israël n’étant pas un État bi-national, le dédoublement de la souveraineté et de son récit fondateur est un acte attentatoire qui ne saurait plus être toléré ?

Dois-je conclure avec mon scepticisme et ma déception anticipée ?

Ou bien par un rêve ?

  • Où l’on y apprendrait que tous les partis se disant « sionistes » auraient décidé de se fondre en un seul : le Parti du Réel qui aurait au moins les deux tiers de la Knesset,
  • Laissant à la gauche et aux harédim antisionistes le triste privilège de la solitude ou du compagnonnage avec nos assassins : Le Parti du Déni.

Dès sa constitution, le Parti du Réel mettrait fin aux Accords d’Oslo et étendrait sa souveraineté à toute la Judée Samarie et à Gaza.

Puis dans un second temps, convierait les Arabes d’Israël à reconnaître la légitimité de l’État juif, OU à se déplacer de quelques kilomètres pour rejoindre leurs frères falestiniens

« En Israël, pour être réaliste, il faut croire aux miracles » – (dixit David Ben Gourion) J‑PL♦

Jean-Pierre Lledo, MABATIM.INFO
Cinéaste


1 « Rak lo Bibi » : « Tout sauf Bibi (Netanyahou) » (NDLR)

2 Titre du livre de l’auteur consacré au 7 octobre, publié aux Éditions Balland (Paris) en juin 2024.

3 Aid 48 (aussi appelée Igatha 48) et l’Association des actions humanitaires…

4 Rappelons, pour la nième fois, qu’à la fin de la 1re guerre mondiale, le mandat britannique a redessiné l’ensemble des frontières des États actuels du Moyen-Orient. Selon l’accord de San Remo en 1920, aux Juifs était dévolu un territoire dont le mandat britannique s’empressa d’arracher 70 % (!), terres que l’on appela pour la 1re fois Transjordanie, et qui plus tard deviendra Jordanie, entité qui n’eut jamais d’existence historique !

Ce territoire amputé, destiné aux Juifs, n’était donc plus qu’une infime partie de ce que les Juifs avaient appelé depuis 3 500 ans Eretz Israel (Terre d’Israël).

Il incluait l’entièreté de ce que l’on appelle aujourd’hui la Judée Samarie, et allait jusqu’à la Mer méditerranée, y compris Gaza. Ce territoire fut à nouveau amputé, notamment suite à la Guerre d’indépendance, la Jordanie s’emparant de la Judée Samarie et l’Égypte de Gaza, que les Juifs libéreront après la débâcle arabe de la guerre des 6 Jours, en juin 1967.

5 Proposition déjà émise notamment par l’ex dirigeant du Lehi, Israël Eldad dans son livre publié en 1971 « La révolution juive », livre traduit récemment en français par Georges-Elia Sarfati aux Éditions Herman.


En savoir plus sur MABATIM.INFO

Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.

Un commentaire

Laisser un commentaire. Il sera visible dès sa validation.