
Par Pr Moshe Cohen-Elyah,
[27 août 2026]
Articles précédents:
– Israël et « l’État profond » : Introduction (1)
– Pour une Cour constitutionnelle (2)
Aujourd’hui nous nous intéresserons à l’Institution Académique israélienne, car une décision prise récemment par le Ministère d’Enseignement Supérieur, selon lequel les institutions académiques et en particulier les universités, doivent être politiquement neutres. En aucun cas, elles n’ont le droit de devenir hégémoniques et transmettre une vision unique du monde. L’Institution Académique a pour but de diffuser le Savoir et être le lieu de confrontation de toutes les opinions en toute liberté et en toute tolérance. Ce principe s’appuie sur les travaux du sociologue allemand Max Weber1
VERBATIM
Dans le 1er chapitre nous avons vu, que les élèves des facultés de droit sont formés par des professeurs, qui eux-mêmes ont étaient formés par des professeurs en majorité progressistes et ainsi de suite, car depuis 30 ans les milieux académiques en Israël ont épousé la cause progressiste. Ensuite, ces jeunes juges intègrent le système judiciaire et forcement certains d’entre eux deviennent membres de la Cour Suprême.
Le processus ressemble à celui du corps professoral de l’Institution Académique, où au lieu d’enrichir le savoir humain, nous avons vu une prise de pouvoir par des éléments politiques progressistes dans les académies des États-Unis, d’Europe et en Israël.
De cette façon les universités occidentales se transforment en des forteresses de promotion d’une idéologie progressiste. Nous avons, donc, une négation du rôle fondamental de l’institution académique...
Si nous comparons entre l’académie, les tribunaux et l’armée, nous voyons le même problème encore et encore.
Le but des tribunaux est de résoudre les litiges, pas de promouvoir une idéologie politique partisane, les juges lisent la loi et doivent l’interpréter conformément à l’intention du législateur.
Le but de l’armée est de vaincre des ennemis, et non de combattre la crise climatique, ou faire avancer des buts sociétaux.
Comment sommes-nous arrivés au dévoiement des objectifs de ces institutions ?
Pour comprendre cela, nous devons examiner le concept appelé « wokisme »2. Certains l’appellent perceptions progressistes.

Le wokisme a pris le contrôle des académies d’une grande partie des institutions occidentales, comme moyen de promouvoir l’idéologie de gauche radicale, qu’il veut imposer aux sociétés modernes…
QU’EST CE QUE LE WOKISME ET QUEL IMPACT A-T-IL SUR L’UNIVERSITÉ DANS LE MONDE ?
Wokisme vient du mot anglais « woke » – être éveillé, c’est-à-dire d’être conscient des structures de pouvoir injustes qui existent dans la société.
Il y a vraiment des structures de pouvoir dans chaque pays, des groupes puissants qui maintiennent leur pouvoir aux dépens d’autres groupes. Aucun problème jusque-là.
Ce n’est pas une chose nouvelle et c’est aussi quelque chose de vrai. C’est essentiellement un concept néo-marxiste.

En d’autres termes, c’est un concept qui est basé sur l’idée que le monde est essentiellement DIVISÉ ENTRE EXPLOITEURS ET EXPLOITÉS, et le wokisme, lui, divise la société en OPPRESSEURS ET OPPRIMÉS…
Après la 1 Guerre Mondiale a était crée à Francfort une école de pensée, promouvant les idées marxistes de la lutte des classes. D’ailleurs, la majorité des intellectuelles de ce courant de pensée étaient en fait des communistes juifs.
Constatant que la révolution communiste qui a transformé la Russie en Union Soviétique a échoué à s’étendre à d’autres, pays (Hongrie, Allemagne…) ces intellectuels se sont demandé pourquoi ?
Comment sommes-nous arrivés à une situation où les idées justes du marxisme n’ont pas réussi à l’Ouest ?
Leur réponse était la suivante :

Les travailleurs vivant à l’Ouest souffrent d’un problème de manque de conscience de classe, car la pensée hégémonique capitaliste occidentale s’était IMPLANTÉE DANS LEUR CONSCIENCE…

Et donc si nous, les communistes internationalistes, voulons réparer la société et atteindre la libération de la classe ouvrière, nous devons CHANGER LA CONSCIENCE des citoyens en général et des ouvriers en particulier…
Et celui qui a promu cette idée était Herbert Marcuse, qui avec la montée du nazisme s’est réfugié aux États-Unis, comme la majorité des intellectuels de l’École de Francfort. Herbert Marcuse a commencé en enseigner à l’Université Columbia. Il a dit ceci :
« Nous devons commencer la longue marche vers les institutions, parce que nous ne sommes pas populaires, car les masses n’aiment pas vraiment les communistes ou n’aiment pas vraiment les néo-marxistes. Nous prendrons le contrôle des institutions et à travers ces institutions nous changerons la conscience des gens ».
Plus tard, dans les années 1960 il y eut le mouvement hippie qui s’appuyait sur les « 3 M » : Mao, Marx, et Marcuse (notez que deux sur les trois étaient juifs). L’un des premiers mouvements était de prendre le contrôle des collèges universitaires aux États-Unis qui a commencé ainsi :
- Vous prenez le contrôle des collèges d’éducation.
- Vous inculquez les concepts néo-marxistes,
- et alors vous produisez une nouvelle génération.
Nous sommes maintenant en présence de la génération Z. Cette génération est associée au concept des « snowflakes ». Nous sommes des flocons de neige, nous sommes vulnérables, nous devons être protégés, et ceux qui nous disent quoi faire sont en fait les Wokistes.
Revenons à l’académie américaine.
Dans les années 1960 et 70 elle était libérale.
Moi, je crois au libéralisme qui respecte le pluralisme d’opinions. Nous aspirons arriver à la vérité à travers la confrontation d’opinions rivales.
Au fil du temps, un changement dramatique est intervenu.
Les universités américaines de libérales sont devenues progressistes.
Il y a 20 ans dans les facultés des sciences humaines, pour chaque conférencier conservateur, il y avait quatre conférenciers libéraux. Aujourd’hui, pour chaque conférencier conservateur il y a 17 libéraux !
Récemment, une enquête a été menée à Harvard qui a examiné le pourcentage de conférenciers conservateurs :
- 0 % très conservateurs,
- 1 % conservateurs,
- et le restant sont soit indépendants, libéraux, ou très libéraux,
- ce qui revient pour les 3 dernières catégories d’être wokiste.
Ce « séisme » a aussi affecté les universités dans d’autres pays, et cela a conduit à une forme d’extrémisme et à des approches politiques.

En d’autres termes, l’académie devient woke, abandonnant presque complètement la diffusion du savoir humain au profit de buts politiques…
Ajoutez à cela les fonds massifs du Qatar et de la Chine, versés généreusement aux universités américaines, et vous obtenez des institutions qui enseignent la démoralisation, l’anti-patriotisme, alors qu’elles devraient en être parmi les plus fiers.
Cette crise a atteint son apogée après le 7 octobre, dont le soutien au Hamas était la manifestation commune à tous les campus. Souvenons-nous des auditions au Congrès des présidentes des universités américaines de Harvard Rhodes Island, de MIT, de Pennsylvanie.
En réaction, Trump lors de son 1er mandat, a menacé de coupes massives dans les budgets alloués aux universités et on a introduit dans la gouvernance de ces universités ce qu’on appelle les Règles de Chicago. Les Règles de Chicago disent la chose suivante :
Chaque conférencier a une pleine liberté académique. Il peut s’exprimer politiquement, dans les médias ou ailleurs de façon libre, sauf dans l’enceinte des universités.
Les institutions universitaires ont l’obligation d’être neutres et apolitiques.
Moi, je suis en faveur de la liberté académique. Mais dans l’amphithéâtre, en classe ou ailleurs devant des élèves un enseignant ou un conférencier a l’interdiction d’imposer son opinion, même si son opinion est différente de celle des autres conférenciers. Mais il est vital que les institutions respectent une diversité d’opinions. À Harvard par exemple, presque tous les conférenciers sont de gauche ou d’extrême gauche, quid donc du pluralisme idéologique ?
Et en Israël ?
En Israël, il y a un péché originel dont nous avons parlé dans le premier chapitre, et ce péché ancien s’appelle la Résolution gouvernementale Numéro 6663 en date du 6 juin 77 quelques jours avant le transfert de pouvoir au gouvernement Begin par le gouvernement battu de Yitzhak Rabin en 1977.
Il y a alors la prise de conscience que L’ANCIENNE HÉGÉMONIE, qui se voyait comme héritière légale, AVAIT PERDU LE CONTRÔLE DE LA KNESSET ET DU GOUVERNEMENT, et ENTRAIT DANS UNE PANIQUE ABSOLUE…
Sauf que, avant de transférer le pouvoir à la droite deBegin,le gouvernementbattua eu le temps dedéplacercertainesprérogativesde l’administrationvers des lieuxoù se trouvent des gens à eux »,c’est à dire verslesuniversités, la Banque d’Israël, le Ministère de l’Économie, l’Armée et à la Cour Suprême(équivalent de la Cour Constitutionnelle). Le professeurMeni Mautneret d’autres on largement documenté ces faits.
Quel était le but de cette décision 666 ?
Le but était de créer un tampon entre les politiciens et les administrations et notamment à l’académie. Et que s’est il passé ?

Les « hommes clé » ont affranchi l’académie du contrôle des politiciens, qui au nom de la liberté académique, ont fait taire les opinions opposées…
Cet activisme a atteint son paroxisme au moment de la Réforme Judiciaire (2023) où 150 professeurs et conférenciers de droit, principalement dans le universités, se sont unis en un « Forum des conférenciers pour la démocratie », que j’appellerai plutôt « Forum de l’aristocratie ».
Ces gens ont utilisé le terme de « Scholactivisme » qui signifie « Recherche au profit d’un agenda politique », en se justifiant par leur expertise professionnelle, et en oeuvrant pour le maintien de l’ancienne hégémonie.
Le processus de changement des consciences des élèves a pris des années. Dans les années 1990, quand j’étais un jeune étudiant à la Faculté de Droit de l’Université Hébraïque. Aharon Barak a insufflé son idéologie dans les domaines de droit constitutionnel, de droit international, de droit international public. Il y avait aussi des critiques contre l’approche d’Aharon Barak. Le Professeur Yoav Dotan et le Professeur Ruth Gavison se sont levés contre l’activisme judiciaire sauvage d’Aharon Barak.
Au fil du temps, sous l’influence d’Aharon Barak sur la faculté de droit, la génération suivante d’enseignants, dignes représentants de son idéologie ont formé des milliers d’élèves. Donc, cette nouvelle génération a pris le contrôle de l’enseignement académique, notamment le Droit Constitutionnel et le Droit International Public.
Cette génération de juristes est devenue le fer de lance de l’idée, que LE SOUVERAIN N’EST PLUS LE PEUPLE, MAIS LE JUGE…
Le Professeur Taron Keitan, qui était auparavant à Harvard, a écrit un article à ce sujet et il dit :
« C’est contraire à la pensée académique. En tant qu’académicien, je suis censé être sceptique, je suis censé être critique. Ils utilisent leur savoir, le prestige qu’ils reçoivent la formation de professeurs de droit, mais ils l’utilisent comme munitions dans une lutte politique ».
Et si nous regardons l’académie israélienne, il n’y a aucun doute qu’il y a une exclusion de gens de droite.
Lorsque nous parlons de diversité idéologique, à la fois aux États-Unis et en Israël, l’idée de ce qu’on appelle DEI, (Diversité, Egalité and Inclusion), est le concept dominant de ces institutions académiques. En soit, la diversité, la justice, et inclusion sont des termes positifs. Idées de discrimination positive aux États-Unis, pour les noirs, les hispaniques, les musulmans, et ainsi de suite.
En Israël, le DEI concerne principalement les femmes et les Arabes, et peut se discuter. La liberté d’en débattre devrait être dans l’ADN des institutions académiques.
En ce qui me concerne je suis généralement en faveur de la discrimination positive. Sauf que, cette notion devient un outil politique pour imposer la « correction » de l’état existant à tel point que si je suis noir et que je m’oppose à la discrimination positive, on me dira qu je ne suis pas un noir authentique, et si je suis gay et que je m’oppose à la théorie queer radicale de Judith Butler4, ils viendront et me diront que je ne suis pas un gay authentique. Bref, ils s’arrogent le droit de vous désigner légitime ou pas et ils vous traitent de traître à la cause.
En Israël, se produit la même chose.
Prenons les juifs orientaux.
Selon une étude, les juifs orientaux ne représentent dans l’académie israélienne que 9 % du personnel académique.
Ce sont des données assez anciennes. Il se peut que la situation sesoit améliorée, mais on ne dispose pas encore de données plus récentes.
Mais il y a un grand « mais ».
Les nouveaux recrutements des orientaux sont parmi ceux qui affichent les idées de gauche ou gauche radicale. Mais comme 70 % de juifs orientaux se disent de droite et votent à droite, tant qu’ils n’ont pas démontré leur appartenance au « bon camp », ils sont suspects. Et si vous êtes un oriental qui n’affiche pas ses idées de gauche, ou carrément « woke », vous n’êtes pas un authentique oriental.
Dans l’académie israélienne aujourd’hui, il y a un ostracisme manifeste vis à vis des gens de droite.
On les considère, à tort ou à raison, comme des éléments susceptibles de menacer l’hégémonie du « bon camp ».
Le comble de cynisme de cet ostracisme de la part de la gauche, c’est que c’est considéré comme la défense des valeurs démocratiques.
L’autonomie que l’État a donnée à l’académie plus les budgets nécessaires à son fonctionnement ont produit des effets néfastes et contraires à la mission première des lycées et des facultés. Le corps professoral est devenu une « coterie » endogène, ou la pluralité politique est proscrite, car les membres de cette coterie sont majoritairement progressistes. C’est un système qui se réplique lui-même et a atteint un niveau, où il est sur le point de s’effondrer. Aujourd’hui, l’État et le Ministre de l’Éducation refusent d’allouer des budgets aux institutions qui utilisent les ressources de l’État pour promouvoir un agenda politique controversé.
Et ici, je me tourne vers le Professeur Ariel Porat, président de l’Université de Tel Aviv. Cette Université est, peut-être la plus politisée, propageant le wokisme. Le Professeur Porat émet des circulaires au personnel académique et administratif. Toutefois dans ses circulaires, de façon flagrante apparaissent ses opinions, qui elles, sont carrément progressistes, Son action est en violation flagrante avec l’obligation de réserve que doit s’appliquer tout fonctionnaire de l’État. Par son action il harcèle politiquement les étudiants et les conférenciers qui ont des opinions à l’opposé de la doxa diffusée par l’Université de Tel-Aviv. C’est du terrorisme politique.
C’est ce qui se passe à l’Université de Tel Aviv, à l’Université Reichman, à l’Université Hébraïque et ailleurs. MC-E♦

Pr Moshe Cohen-Elyah, Chaîne All in One
Traduction et adaptation : Édouard Gris
1 Max Weber 1864-1920 était un économiste et sociologue allemand originellement formé en droit.
2 Wokisme : le terme est devenu un « fourre-tout » utilisé pour désigner les idées progressistes défense des minorités ethniques, femmes, LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels, transgenre). L’idéologie « woke » revendique un ascendant moral injustifié et contribue à une d’intolérance envers les opinions divergentes.
3 Voir la conférence du professeur Moché Cohen-Eliya du18/08/26
4 La « papesse » des études du genre ,et une des plus farouches wokistes aux États-Unis.
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Mille fois hélas, nous avons les mêmes dérives en France, voire dans le monde occidental en général. Trump a eu l’heureuse initiative de limiter ces délétères stupidités dans les universités américaines. Qui pour faire de même en Occident ?
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