États-Unis : Lendemain de midterms

Par Richard Prasquier,
[5 novembre 2026, Radio J]

Le démocrate Abdul El-Sayed, après sa victoire au Michigan

Une raclée, un bain de sang, un Titanic…… Le National Review, le journal de l’intelligentsia républicaine allergique au trumpisme a même écrit : un « Armageddon ».

Les démocrates sont loin d’avoir à eux seuls la majorité des deux tiers nécessaire pour destituer le président.

Celui-ci, contrairement à ce que sous-entend le qualificatif de « canard boiteux » reste maître du jeu en politique étrangère, peut largement gouverner par décrets et mettre un veto sur des lois votées par le Congrès.

Les conflits budgétaires peuvent conduire, c’est un classique du genre, à des paralysies ubuesques de l’Administration, mais en dehors du pouvoir du Sénat de bloquer les nominations présidentielles,

Le risque essentiel pour le Président et son cercle intime est celui d’enquêtes parlementaires médiatiquement dévastatrices portant sur leur enrichissement personnel...

Mais nous ne sommes plus à l’époque du Watergate, quand l’enquête parlementaire en cours avait poussé Nixon à démissionner. Trump, qui en a vu d’autres a le cuir dur et l’idée que tous les coups sont permis (sauf à Israël…) a fait avec le temps des progrès dans le public. Mais l’indulgence était acquise à Trump quand il était populaire. Ce n’est plus le cas et il peut être tenté de faire profil bas pour tenter d’atténuer l’orage.

Nul ne sait comment ces risques vont eux-mêmes influencer les décisions présidentielles. La chute du baril de pétrole et la hausse de la Bourse indiquent que les marchés anticipent une désescalade en Iran.

Mais pour certains analystes, la déroute électorale pourrait au contraire pousser Donald Trump à affirmer sa puissance dans le domaine militaire dont il garde le contrôle indiscuté…

  • Manifestation psychologique d’hubris pour ceux qui n’aiment pas le Président américain,
  • Volonté tenace de débarrasser le monde de la menace nucléaire iranienne pour ceux qui continuent de l’admirer.

Pour moi qui pense que parler de paix au Moyen-Orient est obscène tant que le régime des mollahs n’a pas disparu je crains, en reliant les déboires électoraux à la guerre en Iran, comme l’ont fait Donald Trump, et de façon plus virulente son vice-président JD Vance, qu’on oublie cet impératif et qu’on reporte sur Israël la responsabilité de l’échec, quitte pour le Président américain de jeter aux orties sa vieille amitié avec Netanyahu.…

Ce mécanisme, celui du bouc émissaire, que les Juifs connaissent mieux que quiconque, a été présenté de façon saisissante, caricaturale, ignoble mais probablement efficace, dans un clip diffusé dix jours avant les élections sénatoriales du Michigan, pour soutenir mon confrère Abdul El-Sayed, devenu depuis lors le premier membre musulman du Sénat américain.

Un couple fait ses courses dans un supermarché ; les prix ont augmenté et la femme demande à son compagnon de remettre les œufs dans l’étagère.

« Nous ne pouvons pas nous les offrir. Au lieu de nous soutenir, notre gouvernement, que soutient le candidat républicain, accorde une aide militaire à Israël et finance son système de santé, au lieu de soutenir le nôtre ».

El Sayed prétend n’avoir aucun lien avec ce clip dont l’auteur est pourtant l’oncle et père spirituel de son plus proche conseiller, Hassan Piker. Ce dernier, célèbre sur les réseaux sociaux, est qualifié par la grande organisation juive américaine ADL comme un des influenceurs les plus antisémites du monde.

Donc, aujourd’hui Israël empêche les Américains de manger à leur faim, comme au XIVe siècle les Juifs propageaient la peste…

Cela survient dans la même ville de Dearburn du Michigan dans la banlieue de Detroit où se trouve aujourd’hui la plus grande communauté musulmane américaine et où il y a cent ans, Henry Ford, le légendaire fondateur des usines, mais aussi une des idoles du jeune Adolf Hitler, faisait écrire dans son journal Dearburn Independant, et avant même de connaître l’existence du Protocole des Sages de Sion, que

Les banquiers juifs avaient provoqué la guerre de 14/18 et qu’ils avaient aussi fondé lebolchevisme,et globalement étaient responsables de tous les malheurs du monde.

Si on ajoute que l’aviateur Charles Lindbergh a travaillé dans son entreprise et que le père Charles Coughlin pionnier de l’antisémitisme radiophonique aux 30 millions d’auditeurs faisait ses prêches dans une autre banlieue de Detroit,

On se dit que le Michigan est un laboratoire des avatars de l’antisémitisme moderne...

  • L’élection de El-Sayed dans le Michigan, comme l’an dernier celle de Mamdani à la mairie de New York, traduit l’influence des socialistes démocratiques DSA sur le mouvement démocrate américain.
  • Près de 70 % des jeunes démocrates s’identifient au moins partiellement à ce mouvement dont les idées sont d’ailleurs plus près du communisme que de la social-démocratie scandinave.
  • Ce mouvement a un ciment unitaire qui s’appelle Gaza.

Ceux qui y sont intéressés par sa critique du capitalisme doivent obligatoirement y associer une critique du sionisme

Et ceux que motive l’antisionisme peuvent, commeEl Sayed, rester plus flous sur leur volonté d’établir le socialisme…

Par contiguïté, la détestation d’Israël se répand dans le parti démocrate, ce parti en faveur duquel continue de voter une grande majorité des Juifs américains se disant sionistes. C’est le cas de Brad Lander, qui a été récemment incarcéré en Israël après une visite mouvementée de soutien aux agriculteurs palestiniens et qui vient d’être massivement élu au Congrès, avec le patronage de Mamdani, dans le 10e district de New York, où les Juifs forment une large partie de la population. Il y avait battu aux primaires le titulaire précédent, un Juif démocrate traditionnel qui n’utilise pas le terme de génocide pour qualifier les actions d’Israël……

Parmi les nouveaux élus démocrates de ces midterms émergent d’autres figures plus modérées tels James Talarico, un presbytérien progressiste, ou Jon Ossoff un jeune Juif libéral qui a renouvelé avec une énorme avance son siège de sénateur de Géorgie. Les potentiels candidats démocrates aux futures élections présidentielles commencent à se préparer et tous ne sont pas antisionistes. Mais lors de ces dernières années, la plupart n’ont pas ménagé leurs critiques au gouvernement israélien.

Maintenant que Donald Trump lui-même vient d’annoncer son intention de mettre fin à l’aide militaire américaine à Israël avant la fin 2026,

Les futures relations entre Israël et les États-Unis, et au-delà de celles-ci, les causes de la frilosité – pour rester optimiste-d’une partie de la population juive américaine jeune envers Israël suscitent des inquiétudes majeures…

Beaucoup d’Israéliens sous-estiment la gravité de cette situation ou s’y résignent. La puissance financière de la propagande venue du Qatar, de l’Iran et d’autres pays farouchement ennemis d’Israël doit être analysée, mais elle n’explique pas tout.

Les raisons ne manquent pas de militer chez des jeunes en colère face à un avenir incertain, dans une société inégalitaire, axée sur l’argent et peu soucieuse de l’avenir. Que ces raisons soient noyées dans une bouillie woke intersectionnelle qui fait du Hamas un champion moral est accablant.

L’antisémitisme traditionnel est loin de tout expliquer, mais il est frappant de constater la permanence des accusations anti juives dans l’Histoire, même si les travestissements en diffèrent suivant l’époque…

De ces accusations complotistes renouvelées, le Michigan est un exemple frappant.

Malheureusement, dans les démocraties, personne n’a encore trouvé de parade efficace… RP♦

Richard Prasquier, richard.prasquier.com


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