
Par Michel Bruley,
[2 novembre 2026]
Aujourd’hui en France, il peut être mal vu de se dire descendant des Gaulois(nom donné par les Romains aux Celtes qui habitaient la Gaule),il n’y a pas le même problème politique si l’on se dit descendant des Celtes.
Origine des Celtes
Les historiens ne savent pas bien décrire la succession des différentes civilisations de l’âge du bronze (–2200 –900) et du fer dont on trouve des reliefs que l’on classe, que l’on date, mais que l’on a du mal à relier et montrer la continuité même si on les trouve dans des périmètres géographiques proches, ou identiques en Europe.
Des Celtes on ne sait pas grand-chose de leur origine, hormis qu’ils appartiendraient à la communauté des locuteurs du proto‑indo‑européen, une langue préhistorique qui aurait donné naissance à la majorité des langues d’Europe et à plusieurs langues d’Asie, qui ensemble représentent aujourd’hui près de la moitié de la population mondiale. Elles incluent notamment les langues romanes (français, espagnol, italien…), germaniques (allemand, anglais, néerlandais…), slaves (russe, polonais…), indo‑iraniennes (persan, hindi, ourdou…), le grec, l’arménien, l’albanais, etc.
Les recherches archéologiques et génétiques récentes convergent vers une origine des Indo-européens dans la steppe pontique, entre l’Ukraine et le sud de la Russie, avec notamment la culture Yamna (vers 3500 – 2500 av. J.-C.), mais
Ce n’est pas une race (ils ne forment pas un groupe biologique homogène),
Pas une civilisation unique (ils n’ont pas laissé de culture matérielle unifiée clairement identifiable),
Pas un peuple historique unique.

En fait, c’est une construction scientifique fondée sur la linguistique, l’archéologie et la génétique pour désigner des populations à une période donnée, dans un espace géographique donné…
On les identifie avec certitudes au 2e âge du fer, mais ils sont peut-être présents au cours du 1° âge (–800 à –450) ou période de Hallstatt (Autriche), mais la civilisation hallstattienne orientale semble appartenir entièrement à des populations non celtiques (Vénètes, Illyriens, Scythes…). Le second âge du fer débute en –450 av. J.-C. avec la période de la Tène (Suisse).
L’âge du bronze a été très créatif en matière d’essai de céréales, alors qu’à l’âge du fer il n’y a eu rien de nouveau dans ce domaine. Le fer a apporté de la productivité du fait de la meilleure qualité des outils et il semble que l’introduction d’armes en fer d’une redoutable efficacité a donné à une classe de guerriers (des professionnels de la guerre) une importance croissante et a constitué alors un élément clé de la structure sociale.
Extension géographique des Celtes
L’image ci-dessous montre l’expansion géographique des Celtes. À noter qu’aucune région du monde celtique n’a livré autant de vestiges que la Champagne.


Il faut noter qu’il n’existe aucun document relatant leur histoire produit par les Celtes, qui connaissent pourtant l’écriture, et l’utilisent pour des contrats commerciaux, mais du fait de la nature périssable des supports utilisés, rien ne nous est parvenu.
De plus, les Druides qui sont les gardiens du savoir pratiquent l’oral pour transmettre le secret des connaissances et se méfient de l’écriture. Les sources écrites viennent de leurs ennemis : Grecs, Romains.
Structure et société
Il n’y a jamais eu une nation celte constituée, gérée, unie, mais un ensemble de tribus indépendantes.
Il n’y a pas eu une langue commune, mais plusieurs langues (plusieurs langues britanniques, gauloises, gaéliques, plus le lépontique, le celtibère…), seules quelques langues ont perduré.
Les Celtes sont des peuples fiers, riches, notamment avec du blé et des bovins, ce ne sont pas des sauvages.
D’après César une classe d’individus est privée de sa liberté, et les Celtes pratiquent la traite des esclaves. Des femmes occupent des places éminentes, par exemple la reine Boudica en Grande-Bretagne.
Sur les territoires correspondant à la France actuelle, les groupes familiaux forment le socle de la société celtique. Ils sont regroupés en villages et en tribus dominées par des chefs aristocratiques au prestige plus ou moins marqué. Les tombes de Vix (une femme), de Lavau (un homme) ont un mobilier funéraire (service de boisson de type méditerranéen, parures importées…) particulièrement remarquable par rapport aux traditionnelles tombes à char comme celle d’Estissac où le défunt est incinéré et celles des classes moyennes (fibules, torque…) ou de simples fosses. À noter qu’à la fin de l’âge du Fer on voit apparaître des organisations pré-étatiques (oppida). Dans les oppida les militaires perdent de leur importance au profit d’une oligarchie clientéliste (César dixit).
Lors de la conquête de César (1 million de morts, autant de civils que de guerriers et 1 million de personnes mises en esclavage), il y a en Gaule 60 peuples (tribus rivales se faisant souvent la guerre) et 10 millions d’habitants. Marseille fondée par les Grecs s’est liée aux Romains pour se protéger des Celtes. Les chefs sont élus, le père de Vercingétorix, qui voulait être roi, a été arrêté, condamné, exécuté. Il existe des théâtres gaulois en bois pour les réunions politiques. Le statut de la femme gauloise est plus favorable que dans d’autres pays, y compris Rome. Elles peuvent être propriétaires, divorcer, faire tous les métiers… (quelques tombes à char féminines ont été mises à jour). Cette position des femmes semble venir de loin, car des analyses génétiques de personnes vivant entre –600 et -200 montrent la position centrale des lignées maternelles dans l’organisation sociale de l’époque (organisation matriarcale ?).
Vie quotidienne
En Europe à la fin du 1° millénaire av. J.-C., la forêt n’a plus rien de primaire. En Gaule dans certaines régions il y a plus d’une ferme au km². À cette époque, les animaux sont plus petits (ex. les chevaux ont 1,3 m). Le vin est importé (pour les grandes occasions ?). La monnaie est une copie du Statère grec de Philippe II de Macédoine, le père d’Alexandre le Grand. Au VIe siècle, le radoucissement du climat et des innovations dans les pratiques agricoles améliorent les productions, il y a densification des échanges et spécialisations des activités.
En matière d’habitat, les archéologues constatent des regroupements à la fin de l’âge du bronze et un éclatement au début de l’âge du fer qui a subi un changement climatique avec une période froide (-900 -300) peut-être moins favorable au regroupement. Cependant, dès -600, on a des sites fortifiés de plusieurs hectares jusqu’à 20 ha. Au Mont-Lassois on a les traces d’un bâtiment carré de 770 m² (35×22) et on trouve en de nombreux lieux les restes de maisons rectangulaires de 20×30 m et 10 m de haut (avec cave et étage). Au total, on a identifié environ 200 oppida (habitats fortifiés) de tailles variables s’étalant sur 15 ha ou plus, 135 ha à Bibracte (à côté d’Autun) et même 380 ha à Manching (Haute Bavière).
Bibracte (Bourgogne) capitale du peuple celte des Éduens : le site montre l’association de marchands, paysans, artisans et une sorte d’industrialisation de certaines activités, le tout derrière un mur gaulois de 10 mètres d’épaisseur fait de bois, de terre et de pierres.
Manching (Haute-Bavière) capitale de la tribu des Vendéliques, fondée au IIIe siècle av. J.-C. et occupée jusqu’en –30 av. J.-C. Elle occupe une grande superficie protégée par un rempart de 7,2 km de longueur, accueillant une population estimée jusqu’à 10 000 habitants. C’est l’un des centres urbains les plus importants au nord des Alpes, tant par sa superficie que par sa démographie.
À noter qu’en Suisse, César distingue 12 oppida, 400 villages et quelques milliers d’habitats isolés.
Aspects guerriers
Parmi les dieux vénérés par les Celtes, celui de la guerre Teutatès est important pour ces peuples guerriers réputés pour leur bravoure. Il y a de nombreuses luttes entre Celtes, Étrusques et Romains. Les Celtes sont cruels avec leurs ennemis, ils sacrifient leurs prisonniers aux dieux. Vers -390, Brennus et ses troupes mettent à sac Rome, et imposent leur volonté (vae victis, malheur aux vaincus). En -279 d’autres Celtes pillent le temple grec de Delphes, et l’année suivante ils atteignent l’actuelle Turquie, ils s’y sédentarisent et forment le peuple des Galates.
Cependant, les Celtes sont défaits par les Romains en -225 près du cap Télamon en Toscane et si la Deuxième Guerre punique retarde l’échéance, le nord de l’Italie est conquis par Rome 20 ans plus tard. La Gaule est aussi conquise par César de -58 à -51. Après la conquête romaine, les centres celtes (souvent perchés) sont parfois abandonnés au profit de nouvelles cités (cf. Bibracte / Autun, Titelberg / Trèves). La Gaule se romanise rapidement, car il y a des routes, des ponts, de la monnaie ; en Germanie il n’y a pas tout cela, la romanisation échoue. La Grande-Bretagne est conquise par l’Empereur Claude en +43, mais en +60 la reine Boudica conduit une ultime grande révolte qui échoue. Rome s’impose pour quatre siècles. Les Celtes survivent au nord et à l’ouest de la Grande-Bretagne et en France en Bretagne.
Pour terminer 10 faits sur les Celtes détaillés dans un magazine Géo de 2016. MB♦

Michel Bruley, MABATIM.INFO
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