Le billet d’Eva Naccache : SERGE POLIAKOFF, le rêve des formes

03decoupe[1]Rétrospective au Musée d’art moderne de Paris

Par Eva Naccache

Serge Poliakoff naît en 1900, à Moscou, l’avant-dernier d’une famille de quatorze enfants. Sa mère, riche propriétaire terrienne est une musicienne accomplie, elle enseigne la musique à ses enfants, chacun ayant choisi un instrument. Très pieuse, elle l’emmène à l’église où il est marqué par la luminosité et l’éclat des icônes.

Son père gère une écurie de course et fournit des montures à l’armée. Sa sœur aînée a épousé un prince proche de la famille impériale. Son enfance ressemble à un roman !

En 1917, chassé par la révolution, il erre de capitale en capitale, gagnant sa vie grâce à sa balalaïka, il accompagne les chanteurs des cabarets russes. Vie difficile et aléatoire. Il arrive à Paris en 1923 ; ce n’est qu’en 1929 qu’il commence à se former à la peinture et jusqu’à être reconnu en 1952, sa guitare nourrit sa famille (épouse et fils).

Naturalisé français en 1962, il meurt à Paris en 1969.

Dans le salon des Delaunay, il rencontre Kandinsky et Otto Freundlich – peintre et sculpteur, maitre de l’abstraction, qui mourra en camp de concentration en 1943 .Grâce à eux, la galerie ZAK organise en 1937 une exposition de ses gouaches représentant des danses russes. Ce sont ses débuts.

11[1]L’art abstrait est peu accessible. Pour le percevoir, on a besoin d’une aide : certains artistes vont ajouter un élément figuratif, ou donner un titre à leurs œuvres. Poliakoff ignore les concessions ; ses œuvres s’intitulent : composition, composition abstraite (merci !) ou composition bleue, rose……Comme dans les auberges espagnoles, on y trouve ce qu’on y apporte : c’est déstabilisant, dérangeant, énigmatique.

Le rêve des formes ?

Je dirais couleurs, lumière, plus que formes. Pour Poliakoff « un carré dessiné avec une règle est un carré mort. »

Formes et couleurs, de quoi s’agit-il ? Si on persiste, face au tableau, les formes se mettent en place, les couleurs s’harmonisent, le travail en transparences apparaît, on perçoit la profondeur et la richesse de la recherche picturale.

On comprend pourquoi le peintre travaillait sur ses œuvres pendant plusieurs années, déclarant : « quand un tableau devient silencieux, c’est qu’il est fini ». Le musicien ajoutait : « une forme doit s’écouter et non pas se voir ».

Les nuances utilisées, les vibrations de la matière, le raffinement des transparences et des superpositions font oublier qu’il n’utilisait que peu de couleurs : rouge, jaune, bleu, et aussi le noir et le blanc qui ne sont pas des couleurs. Il fabriquait lui-même ses pigments, rejetant le principe du tube, trop plat.

Les dernières créations « d’une simplicité biblique »sont l’aboutissement d’une simplification des formes et des couleurs qui invitent à contempler longuement, jusqu’à pénétrer dans la toile.

Musée d’Art Moderne jusqu’au 23 Février 2014

Le Monde

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