Coffret Amos Guttman

Amos GuttmanPar Roger Chemouni

Il est de ces cinéastes, êtres oubliés maudits, créateurs pertinents, témoins des contradictions sociales et acteurs d’une époque, dont l’analyse fut tronquée. Tels sont le parcours et la destinée de ce cinéaste déconcertant, ingénieux et courageux. Le cinéma israélien ne peut pas toujours s’enorgueillir de telles personnalités marquantes.

Amos Guttman signa quatre longs métrages et trois courts de 1977 à 1992. Il lutta pour la reconnaissance de sa minorité et contre la marginalisation que lui imposait son pays.

n°48 Juin 2014
n°48
Juin 2014

Dans « Drifting » (1982), il tente d’imposer sa figure de cinéaste en herbe, libre de ses choix amoureux et artistiques, tel le Claude (héros des films de Berri).

« Bar 51 » raconte, outre la migration d’un frère et d’une sœur plongés dans la vie nocturne israélienne, l’amour démesuré et ambigu du frère.

La maîtrise du cinéaste sera complète avec « Himmo King of Jérusalem » (1988), au scénario puissant, ainsi que la peinture psychologique des personnages qui sont un groupe de soldats blessés, recueillis en plein guerre d’Indépendance, dans un monastère. Cette charge contre la guerre, cette vision mystique et ce huis-clos asphyxiant demeurera dans l’art cinématographique israélien. « Amazing Grace » (1992), son ultime déclaration, fut le premier film à traiter de l’homosexualité, que l’on trouve aussi bien dans le milieu bourgeois que dans le monde prolétaire, et à évoquer le Sida – même si le mot n’est jamais prononcé – : On y parle de sexe, de drogue mais aussi d’amour, dont celui de la famille, et de sensualité. Le cinéaste adroit et ouvert tente une dernière fois de quémander la reconnaissance, de se montrer empli de compassion et d’amour, sans amertume, ni rancune puisque la pénultième image est celle de son héros fixant le spectateur avec un sourire. Amos Guttman mourût du Sida l’année suivante.

Avec cet ultime opus, Amos Guttman clôt une œuvre fulgurante, en avance sur son temps et révolutionnaire. Cinéaste novateur qui imposa non sans difficultés, une approche singulière, talentueuse et non-conformiste : il tourna le dos au cinéma populaire et abêtissant, voire commercial, qui envahissait l’industrie de son pays, et Roger Chemouniperpétua un cinéma d’auteur israélien de déclaration modeste. Il se montre comme un grand cinéaste, inspiré de Douglas Sirk, Cassavetes et Fassbinder, c’est dire la force et la grandeur de ce cinéaste atypique qu’un superbe coffret comprenant l’intégralité de son œuvre nous fait découvrir. RC♦

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