« Ce sont des pétards, ma chérie…»

fête pétardPar Fabienne Chelli*

Une minute et demie ! Une minute et demie, c’est le temps que tu as pour te mettre à l’abri.

Moi, j’étais dans l’escalier. Je partais à la plage quand l’alerte a retenti. Toutes les portes de l’immeuble se sont ouvertes et j’ai entendu mon mari crier : « Descends, suis les autres, j’arrive ! ».

Alors tu suis tous ces voisins que tu n’as jamais croisés car ils travaillent et que toi, tu es en vacances et tu dévales les escaliers en courant, ton sac de plage à l’épaule, jusqu’au sous-sol. Et là, dans une pièce poussiéreuse, tu l’entends, ton premier missile. Le bruit est proche. Il raisonne sur les murs – Et s’il tombait ?…, Et s’ils n’arrivaient pas à l’intercepter ?…, et si ?… Et si ?…-. Et autour de toi, les voisins, ces israéliens qui savent ce qu’est la guerre, parlent tous en même temps, mais toi tu ne comprends rien, ils parlent trop vite. Ils téléphonent à leurs proches, écoutent les infos -Alerte à Yavné, alerte à Ashkelon- car le seul objet qui les a suivi c’est leur portable, celui qui les relie à l’extérieur, aux autres, à la fin de l’alerte. Ils ne s’arrêtent qu’au BOUM suivant puis recommencent à commenter : « C’était plus loin cette fois, c’était plus près, mazal ché yèche lanou kipat barzel ![1].. ».

Et puis au bout de dix minutes, tu remontes avec les autres, ou tu suis la voisine dehors qui en profite d’être déjà descendue de son quatrième étage sans ascenseur pour promener ses chiens.

Il fait chaud dehors et c’est une belle journée.

Depuis, des alertes, il y en a eu beaucoup. Mais maintenant tu sais.

Tu sais qu’il faut sortir de l’eau et courir te réfugier près du restaurant sur la plage.

Tu sais que la réserve des magasins sert d’abri – une chance que nous n’ayons pas été trop nombreux ce jour-là car à plus de onze dans ce réduit encombré de chaussures eût été impossible -.

Tu sais aussi ce que racontent les mères à leurs enfants pour les rassurer : « Ce sont des pétards, ma chérie, il y a une fête quelque part. On va téléphoner à papa pour lui dire où on s’est cachées.» Mais à dix ans, ils n’y croient plus et se collent à leur mère avec la peur sur le visage.

Fabienne ChelliVoilà, maintenant tu sais mais tu vas quand même te promener, te baigner, sortir et faire la fête parce qu’ils ne nous empêcheront pas de vivre. FC♦

[1] « Une chance que nous ayons le dôme de fer ! »
*Fabienne Chelli habite la France et se trouve « en vacances » à Tel Aviv

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