« Mary et Max », d’Adam ELLIOT

MARY et MAXFilm d’animation, Australie 2009

Par Roger Chemouni

Ce film d’animation est d’une pure merveille car au travers ses codes il sensibilise un public face à des thèmes sociaux : différence, solitude, alcoolisme, maladie, amitié. Transmission reportée et déplacée puisque ce long métrage est retiré des bacs de la vidéothèque pour enfants dans quelques bibliothèques. Il est vrai que l’histoire est à mille lieues d’une production enfantine à la Walt Disney, fi de la belle histoire de princesse et de princesse et fi du happy end à en lire le synopsis.

Mary Dinkle a huit ans, elle est rejetée car joufflue voire disgracieuse ; ce qui l’isole de ses camarades et sa vie familiale avec sa mère alcoolique n’est pas un remontant. Un jour, cette jeune australienne, en feuilletant un annuaire téléphonique, tombe sur un nom qui l’attire : Max Horowitz, un quadragénaire obèse, aussi solitaire qu’elle, atteint du syndrome d’Asperger[1], et qui, lui aussi, s’ennuie. Elle décide de lui écrire, entamant une correspondance qui va les unir durant vingt et un ans. Cette relation épistolaire sera freinée un laps de temps, mettant les deux protagonistes dans la peur et l’angoisse, puis celle-ci reprendra jusqu’à la décision de Marey, adolescente, de rencontrer son alter ego.

Le film détonne par cette personnalité avide de culture qui va s’interroger sur l’amitié, l’autisme, la taxidermie, la psychiatrie, l’alcoolisme, la naissance, l’obésité, la cleptomanie, les différences sexuelles, la confiance, la vie sexuelle des chiens, les différences religieuses, l’agoraphobie ; tous ces thèmes qui préoccupent l’adolescence. Cette relation atypique va rendre le débonnaire âgé et la petite fille anxieux et curieux de ce lien affectif.

Pédagogique à souhait, cette œuvre originale est sous couverture mélodramatique constamment drôle (hommage à Jerry Lewis, la mère extravagante de Mary, les découvertes culinaires de Max comme le hotdog au chocolat), vivant et rempli d’espoir, même si Max n’ose pas toujours répondre à ce flux amoureux. Mary sera, outre son centre d’intérêt, sa soupape de survie et l’aidera à surmonter d’amples obstacles. L’union spirituelle devient pathétique et nous renvoie l’image d’une société en mal de communication et souligne la force du film qui laisse pantois par ses thèmes évoqués dans un cinéma pour enfants. Mary représente une génération porteuse d’espoirs pleine de vie, de charme et de tolérance.

Roger ChemouniUne œuvre pas si dérangeante que cela, sensible et intelligente, qui démontre que le cinéma n’est pas qu’un objet ludique mais un ouvrage culturel, éducateur enthousiasmant et positif donc, puisqu’il nous renseigne sur la misère humaine. RC♦

[1] Ensemble des troubles psychologiques liés à l’autisme

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