« La Dune » de Yossi Aviram

La Dunepar Roger Chemouni

Film Israël France 2013 sortie le 13 Août 2014

Deux vieux homos Paolo (Guy Marchand ) et Reuven Verdi (Niels Arestrup) vont voir leur quotidien bouleversé dès que Reuven, briscard chargé de retrouver des disparus, enquête sur une affaire déroutante. Celle-ci se résume à la découverte d’un homme retrouvé inconscient sur une plage déserte des Landes, région que le policier a bien connue quatre décennies plus tôt ; ce qui le pousse, en plus de l’étrangeté du fait, à s’en charger.

L’étranger (Lior Ashkenazi) se nomme Hanoch. Il a quitté fréquemment Israël et fui un statut de futur père qu’il ne veut assumer. A son réveil à l’hôpital, il va se murer dans un silence total, même envers Fabienne (Emma de Caunes) son sauveur, une femme enceinte dynamique et bienfaitrice. Mais diable pourquoi celui-ci suivait-il Reuven, pourquoi gardait il le récit journaliste d’une de ses dernières enquête qui se termina tragiquement. Reuven peu à peu remarque ces similitudes, c’est un enquêteur las qui trimballe un chien et maugrée à longueur de journée.

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La dune est un endroit où le sable est abondant et la végétation inexistante ; c’est un endroit mort, isolé et indéfinissable car gigantesque et sans humanité. Ce n’est point un hasard si Hanoch est retrouvé dans ce lieu désert, perdu, sans aspérités, comme sa vie, attend un changement, le grain de sable qui va stabiliser le cours de son existence. De celle-ci nous en saurons peu mais assez pour connaitre la raison de ses tourments, nous apprendrons qu’elle est fragile tout comme celle de Reuven dont on apprend le passé israélien. Et quand l’épilogue surgit, nous restons cois nous-mêmes, interdits tant celui-ci est bref, apportant réconciliation et rédemption, et devient l’épilogue d’une nouvelle histoire que nous ne saurons point. « L’homme porte le mystère de la vie qui porte le mystère du monde » clamait le sociologue et philosophe Edgar Morin.

La trame est aussi puissante qu’est discrète la réalisation. C’est un premier film et Yossi Aviram qui ne fit que des documentaires, instaure un traitement identique à ce cinéma des réalités. Il est un Simenon du septième art, comme lui il privilégie l’atmosphère à l’intrigue, comme lui c’est un « Raccommodeur de destins », comme lui il sait les êtres, et sa peinture n’en est que plus remarquable. Il est vrai qu’il est accompagné d’acteurs remarquables : le généreux Niels Arestrup surprenant de retenue, époustouflant dans son rôle de vieux homosexuel ronchon, et tendre qui s’apitoie sur la misère humaine , d’un surprenant Guy Marchand que le cinéma bouda et qui trouve là un rôle à contre-emploi , lui le play-boy de la chanson française et l’acteur israélien affilié souvent aux rôles d’homme blessé (Tu marcheras sur l’eau, 2004 ).

Roger ChemouniYossi Aviram nous offre un film délicieux, empli de charme et d’énigme qui démontre que le cinéma israélien est au meilleur de sa forme, à voir les œuvres des dix dernières années. RC♦

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