« Qu’as-tu fait de ton frère ? »

SouffleTRIBUNE
Par le Grand Rabbin René Gutman*

Il n’est pas anodin que la première victime de l’Histoire sainte se soit appelée Abel, car Abel, en hébreu, signifie aussi le fait de souffler, de respirer. Mais c’est un souffle court, éphémère. Et c’est ce mot (« hévèl ») que le livre de l’Ecclésiaste a choisi pour évoquer la fragilité et la vulnérabilité de la vie. Je cite cet exemple au moment où la frontière entre la vie et la mort se révèle, au fil de l’actualité, si criante et si déconcertante à la fois.

L’homme n’est qu’un souffle
Abel symbolise en effet la fragilité de la vie, puisqu’en fin de compte, tout ce qui nous sépare de la tombe est le souffle que D’ieu a insufflé en nous comme il est dit dans la Genèse « alors D’ieu forma l’homme de la poussière de la terre et insuffla en ses narines un souffle de vie ». Voilà donc en vérité tout ce que nous sommes, un souffle, mais c’est un souffle divin. Comment donc ce D’ieu vers lequel nous nous tournons, au moment où l’on agresse, en son nom, un être humain, ne ressentirait-il pas une douleur infinie devant le spectacle de cette violence telle que celle qui a motivé l’agression, d’un juif parce que juif, en le poignardant par derrière et en criant « D’ieu est grand ! »

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Sacrifices d’Abel et de Caïn

Comment ce D’ieu, qui est le D’ieu de tous les croyants, le D’ieu d’Abraham, ne pâlirait-il pas de honte en entendant crier « qu’il est grand » en même temps que l’agresseur plante son couteau dans la chair de sa victime, créée ; comme lui, « à l’image de D’ieu ? »  Si la Bible nous rappelle que D’ieu a refusé le sacrifice de Caïn, c’est bien par ce que sa religion était déjà une religion de la mort, car le sacrifice que D’ieu a accepté, celui de Abel, est celui du vrai repentir, celui du vrai cheminement spirituel, c’est-à-dire celui qui vient de l’humilité, de la moralité, et qui est inspiré par la conscience de sa mortalité. C’est celui du fidèle qui s’adressant à D’ieu lui dit : « je ne suis que Abel, je ne suis qu’un simple souffle, mais c’est ton souffle que je respire, pas le mien ! »

Religion de la mort ?
Or, lorsqu’une religion, ou ce qu’on en fait, devient une religion de la mort, lorsque ceux qui y adhèrent ont choisi la mort, toute effusion de sang, toute agression, tout attentat font dire à D’ieu ce qu’il déclara à Caïn : « le sang de ton frère crie vers moi ». Une telle idéologie symbolise ici un mode de civilisation, si tant est qu’on peut la qualifier ainsi, qui conduira D’ieu à dire, devant la violence généralisée de la génération du Déluge, (Genèse, 6,6) : « qu’il regrettait- d’avoir crée l’homme ». Et à Noé de se résigner devant D’ieu en disant (Sourate 71) : « J’ai appelé mon peuple vers toi nuit et jour mais mon appel n’a fait qu’augmenter leur éloignement ».

René GutmanCe cri que nous attendons…
De vous, chers amis musulmans, nous attendons ce même cri que D’ieu proféra lui-même, cette même protestation publique, lorsque l’on agresse, blesse ou tue un être humain en son nom : « Qu’as-tu fait de ton frère ? » RG♦

* Grand Rabbin de Strasbourg

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