Kippour à Caen

caen-synagoguePar Jean-Jaques Hadjadj*

Avant même d’épouser mon algéroise rapatriée à Caen avec sa famille, j’ai pris l’habitude d’y passer un Kipour sur deux.

Kippour à Caen est toujours, pour moi, une belle journée de sérénité et de chaleur au milieu des amis de mes beaux parents qui m’ont accueilli avec beaucoup de bienveillance.

À cette époque, et durant un certain nombre d’années, je n’étais pas concerné par Yzkor[1]. C’était pour moi le moment d’aller faire un tour en ville avec les jeunes.

Mais, à force d’être jeune, plus de quarante années ont passé et je le suis (un peu) moins. Cette année, j’ai compris que mon tour était venu de veiller à ce que les noms de nos disparus soient cités en ce jour si chargé d’émotion et de ferveur.

Nous étions, avec le chaleureux Rav Malka, autour de la Téva[2] quand il a demandé qu’on décroche du mur et qu’on lui apporte le tableau où sont inscrits les noms d’un certain nombre de disparus en déportation.

Il a alors demandé à un des fidèles de la synagogue, que je ne connais que de vue, de citer ces noms ; ce qui fut fait.

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Au bout d’un moment nous avons entendu sa voix se briser, mais il a continué à lire, avec tout son courage, malgré ses larmes qui coulaient. Je n’ai pu que lui tendre un mouchoir et, en le prenant, son regard a croisé le mien. Ce fut un instant de communion, aussi bref qu’intense, comme si deux arcs électriques s’étaient croisés, et mes larmes ont suivi les siennes.

Que s’est-il passé ? Nous étions, avec tous les fidèles qui nous entouraient, dans la douleur toujours aussi violente de ce massacre, dans la Shoa, de nos frères Juifs qui n’avaient d’autre tort que de l’être. Je n’oublie pas, non plus les nombreuses victimes des divers pogroms ou assassinats de juifs à travers les siècles précédents.

Je n’oublie ni ne minimise les autres pogroms et massacres de masse perpétrés contre d’autres peuples. Mais chacun est plus viscéralement meurtri par la perte de l’un des siens, même s’il déplore chaque exaction.

Alors, n’en déplaise à tous les négationnistes, falsificateurs de l’histoire ou délégitimeurs d’Israël, nous n’oublierons jamais nos morts, tous nos morts ; même ceux dont le nom n’est pas parvenu jusqu’à nous !

Nous ne permettrons pas que le souvenir de nos martyrs soit occulté. Il est inscrit dans notre cœur, dans notre amour et dans notre sang.

Je sais que, comme nous, les générations à venir n’oublieront jamais ce devoir sacré.

Jean-Jacques HadjadjEt si, par hasard, certains pouvaient, un bref instant, oublier qu’ils sont Juifs, il y aurait, malheureusement, toujours un ennemi des Juifs pour le leur rappeler. JJH♦
13/10/16

* Biographe privé

[1] Prière du souvenir des disparus
[2] Autel

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Un commentaire

  1. Ce qui me plait, dans cet article, c’est est l illustration personnelle du vécu de ce jour décrite ici .. Chacun des juifs qui fête ce jour le fait à sa manière. Et quand il y a du sens et de l émotion. …C’est gagné… merci…

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