L’ONU incompétente dans tous les sens du terme

préhistoire.jpgPar Liliane Messika*

Au Paléolithique supérieur, il y a environ 40 000 ans, les relations entre Cro-Magnons étaient réduites au minimum syndical : en cas de désaccord, le plus fort gagnait. C’est ce qui faisait, à l’époque, office de loi. Depuis, la situation a un peu évolué. Un petit peu.

De la compétence juridictionnelle et de l’incompétence personnelle
Aujourd’hui, règnent les droits de l’homme, une catégorie abstraite, théoriquement applicable à tous, et s’appliquent les droits des hommes, des ensembles limités de codifications concrètes régissant les relations interhumaines (Code civil, Code du travail, Code de commerce, Code pénal…)

Exemple, lorsqu’un salarié intente un procès à son employeur, il ne peut le faire que devant un tribunal des Prud’hommes, le seul compétent en la matière.

S’il insiste pour se présenter devant une Cour d’Assises, celle-ci se déclarera incompétente à juger, non pas que ses membres soient des incapables, mais tout simplement parce que l’on ne pèse pas les crimes de sang à la même aune que les ruptures de contrats.

La différence entre l’homme et l’animal n’est pas le rire, c’est le droit
Même si l’on a envie de tuer un animateur « vu à la télé », aucun tribunal ne se déclarera compétent à juger l’affaire, sans parler de la sanctionner à notre satisfaction.

Jean-Jacques Rousseau ne faisait pas souvent ce qu’il disait, mais il est l’auteur indépassable d’une formule qui résume ce qu’il faudrait faire : « Ma liberté s’arrête où commence celle des autres ».

Nous sommes tous l’autre de quelqu’un. Il vaut mieux le savoir, cela ne change pas la situation, mais cela diminue la frustration de devoir la supporter.

La frustration s’apprend vers l’âge de 5 ans
Avant cet âge, les pionniers du développement cognitif (Piaget) et psychique (Freud) expliquent que l’enfant est incapable de concevoir et donc de tolérer sa frustration.

Pour comprendre l’autre, au plan intellectuel, il faut pouvoir se mettre à sa place, ce pour quoi le tout petit n’a pas encore les outils adéquats.

Freud a mis à jour la façon dont les choses se passent au niveau inconscient : du « pur besoin » qu’est le nourrisson à la naissance, il évolue petit à petit vers la conscience de ce que la satisfaction de son besoin passe par un tiers.

Au début, cela relève de l’hallucination : si je pense au sein assez fort, il va se matérialiser dans ma bouche. Mais quand le sein persiste à rester hors d’atteinte et que la faim se fait plus prégnante, la frustration finit par mener au principe de réalité.

Si le sein ne vient pas tout seul, je peux l’appeler en criant. Au début, ce cri n’est qu’une manifestation indifférenciée de frustration. Petit à petit, il évoluera et deviendra l’appel vers un autre humain qui m’apportera à manger.

C’est long, pénible, douloureux, mais c’est le lot de l’humanité qui pense et donc qui est.

Frustration cri enfant.jpgLe petit d’homme pense et est ou bien il se panse et hait
Les individus qui ne parviennent jamais à intérioriser la frustration et à élaborer des stratégies pour en venir à bout n’évoluent pas. Ils restent fixés à un stade infantile qui les empêche à tout jamais de vivre en harmonie avec leurs congénères.

Les sociétés ont beaucoup en commun avec les enfants devenus hommes qui les composent.

Certaines sont confrontées plus tôt et plus souvent que d’autres à la frustration et elles en conçoivent un accès plus précoce au principe de réalité.

D’autres sont surprotégées et ont l’habitude qu’un tiers satisfasse systématiquement leur désir, sans qu’elles aient elles-mêmes à accéder au principe de réalité.

Certaines idéologies accèdent au principe de réalité dans la douleur …
Le kibboutz, seule expérience mondiale de communisme agraire qui n’ait pas évolué vers une dictature cruelle, n’a dû sa longévité qu’au fait de vivre en îlot au sein d’une société capitaliste, qui pouvait lui fournir ce qu’il ne produisait pas.

Le principe de réalité est advenu lorsque, d’une part la société capitaliste s’est faite plus présente et plus attractive pour les natifs de la collectivité kibboutzique et, d’autre part, lorsque le rapport coûts/bénéfices des échanges entre les deux systèmes a commencé à s’inverser.

L’exode des jeunes vers la ville et la nécessité de pourvoir aux besoins des membres restants au kibboutz ont forcé ces derniers à insérer leurs collectivités dans le système extérieur.

Aujourd’hui, le kibboutz existe toujours, mais sous une forme atténuée, où le communisme interne est réduit a minima et le recours au capitalisme extérieur proportionnellement accru.

… D’autres n’y parviennent jamais
On a longtemps cru que le progrès scientifique améliorerait la vie des hommes et perfectionnerait les sociétés humaines.

C’est une tendance générale qui ne cesse d’être confrontée à des contre exemples prouvant que tous les chemins ne mènent pas au surhomme.

Les sociétés qui ne parviennent pas à s’améliorer sont celles qui n’essaient pas. Elles ont convaincu leurs membres qu’elles sont déjà parfaites et que le reste du monde doit le devenir en les copiant en tout point. La division entre le « nous » parfait et le « eux » mauvais conduit les individus à la frustration et les sociétés aux guerres.

Les humains attardés sont à l’hôpital psychiatrique, les sociétés attardées à l’ONU
Lorsqu’un enfant qui n’a pas intégré le principe de réalité est confronté à la frustration, il hurle jusqu’à ce qu’une grande personne cherche à le faire taire.

Si la grande personne est seulement vieille, elle lui donne un bonbon pour faire cesser le tumulte, tout en sachant très bien qu’il recommencera très vite.
Si la grande personne est adulte, elle essaie de convaincre l’enfant de manger sa soupe, parce que c’est meilleur pour sa santé. Si elle n’y parvient pas, elle abandonne la négociation, laissant à la faim le soin de convaincre l’obstiné.

Lorsqu’un État n’a pas accédé à la maturation suffisante pour interagir pacifiquement avec ses semblables, il envahit ses voisins ou, s’il est trop petit et n’en a pas la force, il hurle jusqu’à ce que l’ONU lui donne satisfaction.

Une satisfaction virtuelle est-elle durable ?
Lorsque le Président en exercice d’un pays fait une déclaration publique concernant une mesure diplomatique que son État prend vis-à-vis d’un autre État, le deuxième peut éventuellement en appeler à une instance internationale pour le défendre s’il s’estime agressé par le premier.

Si les deux États sont d’accord sur les termes de la déclaration, tout cela ne nous re-garde pas, selon une expression issue du domaine sportif.

L’ONU peut toujours essayer de faire taire le criard en lui accordant une résolution bonbon, cela n’apaisera jamais la frustration ontologique du bébé qui ne sait pas avec quoi remplir son vide.

Jerusalem Palestine.jpg
S’il suffisait d’y croire…

Eh oui, Dura lex, sed lex : la loi est dure mais c’est la loi
Lorsque le Président des États-Unis déclare qu’il « est temps d’officiellement reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël » parce que cette réalité dure depuis près de 3000 ans et que l’installation de l’ambassade américaine y a déjà été actée par une loi votée 20 ans plus tôt, ses électeurs peuvent éventuellement lui en faire grief et inciter leurs représentants à tenter de modifier ou d’abroger la loi de 1995. Ou pas. En tout cas, ils sont les seuls habilités à le faire.

Ceux qui ne sont pas contents parce qu’ils voulaient Jérusalem pour eux ou parce qu’ils ne supportent pas que les Juifs existent, n’y peuvent rien, parce que cela ne les re-garde pas.

Cela s’appelle la démocratie
Et nous avons bien de la chance, nous Français, de vivre dans ce luxe dont les citoyens des tyrannies, dictatures et autres régimes brutaux n’osent même pas rêver.

L’ONU compte 193 membres, dont seulement 19, totalisant 4,5% de la population mondiale peuvent se prévaloir du titre de démocraties, selon l’indice éponyme. C’est un classement qui fait autorité depuis qu’il a été mis au point en 2006 par The Economist. Il est réactualisé chaque année.

Aux deux extrêmes des 167 pays étudiés se trouvent la Norvège, le pays le plus démocratique du monde, et à l’opposé, la Corée du nord, le plus autoritaire.

Les Etats-Unis sont classés parmi les démocraties imparfaites (21ème du classement), comme la France (24ème) et Israël (29ème).

La Turquie, à l’origine de bien des Résolutions onusienne contre des démocraties, est elle-même un « régime hybride » classé 97ème. Idem pour la Palestine (pas un État, mais faisant partie de l’étude) et le Pakistan, respectivement 110 et 111ème. Ce n’est pas terrible, mais c’est mieux que les régimes autoritaires, Mauritanie (117ème), Jordanie (118ème), Qatar (135ème), Guinée (136ème), Soudan et Erythrée (151èmes ex-æquo), ou le trio Iran, Libye, Yémen (154, 155 et 156èmes respectivement).

ONU et Palestiniens.jpg
l’ONU et les Palestiniens

A l’ONU, un pays = un vote
Le vote de la Corée du nord a la même valeur que celui de la Norvège.

Comme si à l’hôpital, les décisions thérapeutiques étaient prises et les ordonnances rédigées en faisant voter à égalité les soignants et les malades.

Concernant la décision des USA de déménager leur ambassade à Jérusalem, l’ONU s’arroge le privilège, qui n’est pas un droit, de voter pour exprimer sa frustration.

C’est donc l’addition de tous ces votes (dont 19 démocraties, 57 démocraties imparfaites, 40 régimes hybrides et 51 régimes autoritaires) qui permet aux anti-juifs d’exciper du « Droit International », pour tancer le Président américain de faire respecter une décision prise par le Congrès lors d’une administration précédente.

L’ONU aboie, la caravane des faits passe
S’il s’agissait d’une simple chamaillerie entre particuliers, aucun tribunal ne pourrait se prévaloir de la compétence à juger cette divergence d’opinion entre les deux qui sont concernés et tous les autres qui ne le sont pas.

Mais l’ONU est une grande personne jamais devenue adulte et elle est déjà beaucoup trop gâteuse pour son âge. C’est pourquoi ses caprices ne se laissent pas arrêter par la loi, le droit ou la compétence.

Elle est incompétente parce que composée en majorité de pays voyous et elle est illégitime à juger des décisions prises par des tiers sur un sujet qui ne la concerne pas.

Logo Liliane MessikaIN-COM-PÉ-TENTE, on vous dit ! LM

* Liliane Messika est écrivain (http://www.lili-ecritures.com/)

Publicités

Un commentaire

  1. Merci pour cet éclairage non dénué de cet humour juif qui est notre particularité largement partagée par Liliane Messika.

    JJ Hadjadj

    J'aime

Laisser un commentaire. Il sera visible dès sa validation.

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s