Lecture-rencontre avec MARCEL COHEN

Marcel Cohen.jpgBibliothèque Centrale 5 rue de l’Indépendance américaine, Versailles
Mercredi 14 Mars 2018 19h00
Entrée libre et gratuite

Par Didier Cahen*

En 1981 Marcel Cohen publie, chez Gallimard, son 5ème livre, Miroirs. La 4éme de couverture en décrit parfaitement la teneur :

« L’auteur a grandi, aimé, voyagé, dans l’obsession d’un mur qui se dresserait entre le monde et lui. Cet obstacle majeur, tantôt fuyant comme une abstraction, tantôt concret, le conduit à rebâtir son autobiographie par fragments éclatés, chargés de lui renvoyer le reflet de ce qu’il est devenu (…) Il est lui-même un mur. »

En 1943, Marcel Cohen avait 5 ans et demi ; il a vu ses parents emmenés, embarqués par la police française, déportés sous ses yeux. Malgré ce mur Marcel Cohen aura parcouru le monde, comme journaliste d’abord ; il aura aussi parcouru les chemins de la vie et les desseins de l’art, publiant une quinzaine de livres chez Gallimard.

Marcel Cohen affiche VersaillesL’évolution de l’œuvre de l’écrivain permet d’abord de suivre la construction toute intérieure d’un homme. Miroirs (Gallimard, 1980) ou Le grand paon de nuit (Gallimard, 1990) conjuguent avec une justesse exemplaire la volonté de décrire le monde et la nécessité de ne pas dire un mot de trop. Jusqu’à ce livre qui semblait impossible à écrire : « Sur la scène intérieure » (Folio, Gallimard, 2015). Tout part de cette simple question : pourquoi et comment écrire en 2013 sur la Shoah ? C’est la question que chacun décèle derrière les scrupules d’un auteur à évoquer le crime qui le priva très jeune de sa mère, de son père, de sa petite sœur, de ses grands-parents paternels, de deux oncles et d’une tante. Disparus à Auschwitz en 1943 et 1944, les proches de Marcel Cohen étaient de petites gens immigrés, venus de Turquie, comptable, vendeur de matériel pour tailleurs, fondateur d’un atelier de lingerie-chemiserie à la mode… D’eux ne reste presque rien, mais aussi beaucoup : ces souvenirs qui « résumeraient l’obsession et le travail de toute une vie » d’homme et d’écrivain. Si Marcel Cohen a sous-titré son livre « Faits », c’est qu’il ne s’agit pas pour lui de reconstituer un roman familial qui verserait inévitablement du côté de la fiction. Les silences, les oublis, les manques, sont tout aussi porteurs de sens que la parole. Sur la scène intérieure se compose de huit chapitres, comme autant de portraits des huit disparus, dans lesquels Marcel Cohen confronte ce que sa mémoire à conservé du visage, du regard, des gestes de ses parents avec les informations qu’il a pu recueillir à partir des témoignages de ceux qui les ont mieux connus, avec pour toute exigence la véracité des faits et leur présentation sans effet de style. Un très grand livre « hors littérature ».

Rencontre organisée dans le cadre du cycle « Poésie ouverte » proposé par Didier Cahen, en coopération avec la ville de Versailles et la région Île-de-France

Didier Cahen.jpg*Didier Cahen est né à Paris en 1950. Il est poète et essayiste ; il a publié plusieurs livres sur Edmond Jabès dont un « Poètes d’aujourd’hui » (Seghers, 2007) ; il a travaillé comme producteur à France Culture et tient actuellement la chronique Trans/poésie dans Le Monde des Livres. DC♦

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