La foi des uns donne, des fois, les foies aux autres

Bien et mal.jpgPar Liliane Messika avec Serge Skrobacki

Les mêmes bouches peuvent prononcer des encouragements ou des menaces, les mêmes paroles peuvent mener à l’injustice ou à la protection, les mêmes familles peuvent produire des personnes qui basculent des deux côtés de la frontière entre le bien et le mal.

Les attentats se succèdent et rassemblent
Le 28 mars 2018, deux manifestations commémoreront deux événements douloureux survenus cinq jours plus tôt : l’assassinat d’une octogénaire, Mireille Knoll, islamiquement poignardée puis brûlée à Paris et l’attentat islamiste contre un Super U de Trèbes, dans l’Aude.

Un colonel de la gendarmerie, Arnaud Beltrame, a sauvé la vie d’une otage du supermarché en se proposant de prendre sa place. L’autopsie a révélé que la cause de la mort avait été des coups de poignards à la gorge. Euh, on dit « égorgé », non ?

Qu’est-ce qui fait la différence ?
Le prêtre qui devait marier le gendarme dans quelques mois pense que seule, la foi chrétienne a pu inspirer l’héroïsme du militaire.

Les jeunes tarés qui se réjouissent de sa mort considèrent que son meurtrier a gagné le paradis d’Allah par son action et que sa foi a fait de lui un héros.

La différence ? C’est basique : cela s’appelle le bien et le mal.

Le même mot, « sacrifice », décrit, dans un cas, le don volontaire de sa vie par Arnaud Beltrame pour sauver une caissière innocente et dans l’autre, la mission suicide d’un salaud pour tuer un maximum d’innocents.

Arnaud Beltrame
Arnaud Beltrame

Le bien et le mal ? C’est pas un truc tout relatif ?
Depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, le sentiment qui prévaut chez les baby-boomers est : « qui suis-je pour juger les autres ? »

« Si j’étais né en 17 à Leidenstadt », se demandait Jean-Jacques Goldman en 1991, « aurais-je été de ces improbables consciences ? »

La question mérite d’autant plus d’être posée, à tous et à toutes, qu’en effet, les consciences ont été rares, aussi bien de ce côté-ci du Rhin qu’en face.

Mais poser la question signifie qu’on a conscience de la différence entre les réponses.

On peut être fier d’un père qui a choisi la résistance.

Mais il existe aussi des consciences nées après 1945, qui se rendent régulièrement en Israël pour réparer la honte d’être issus de parents nazis.

« Les terroristes des uns sont les résistants des autres »
C’est ce qu’aiment à répéter ceux qui prétendent refuser de choisir. Mais en réalité ils ONT choisi. Ils ont choisi le terrorisme d’aujourd’hui en essayant d’oublier qu’ils n’auraient pas été des héros hier.

Le pire crime, ce n’est pas de faire le mal, c’est de prétendre qu’il n’y a pas de différence entre le bien et le mal.

Non, les résistants ne peuvent pas être confondus avec des terroristes parce qu’ils ne se sont jamais attaqués à des civils, c’est aussi simple que cela.

Le refus du choix est un confort intellectuel
Quand on n’a jamais connu la guerre que lointaine et par idéologie interposée, on n’est pas confronté à la nécessité du choix entre héros et bourreau.

C’est ce qui a conduit toute une génération à un relativisme poussé jusqu’au symétrologisme : si je m’interdis de juger, parce que tout se vaut, je dois avoir la même empathie pour le bourreau que pour la victime. Et si je suis journaliste, je dois donner le même temps de parole à Hitler qu’aux Juifs.

Mireille Knoll
Mireille Knoll

Conscience immaculée des idiots utiles
Pour me faciliter les choses, je lave ma conscience encore plus blanc et j’inverse les rôles : si les Israéliens sont des SS, cela m’absout d’avoir collaboré avec les vrais nazis hier, ou de collaborer avec les islamo-fascistes aujourd’hui.

Si je soutiens les Palestiniens quoi qu’ils fassent, cela m’absout de mon passé colonialiste en Algérie et de mes compromissions présentes vis-à-vis des mouvements terroristes qui les représentent. Même si c’est ce qui alimente l’antisémitisme sur le sol français.

Il faut être adolescent pour s’interdire d’interdire…
Ceux qui avaient l’âge de faire la « révolution » en 1968 ont passé un moment délicieux à se prendre pour des adultes et à menacer l’ordre établi. Sauf que les adultes ont oublié de sonner la fin de la récré.

Nous avons gagné, nous avons renversé l’ordre et voulu ériger une société plus juste, plus indulgente, plus fraternelle…

… Mais ensuite, il faut grandir
Malheureusement, les plus talentueux d’entre les « révolutionnaires » sont devenus vieux sans être adultes. Ils ont élevé leurs enfants en leur interdisant les barrières, les cadres sécurisants et l’autorité qui permet d’enseigner la différence entre le bien et le mal.

Aujourd’hui, ils célèbrent le cinquantenaire du joli mois de Mai, quand d’autres vont commémorer la vie d’une énième victime juive parce que juive et dénoncer l’antisémitisme dont les Autorités se décident enfin à prononcer le nom.

« On peut rire de tout mais pas avec tout le monde » disait Pierre Desproges
Il avait peut-être raison. Ce qui est sûr c’est qu’on ne peut pas pleurer avec n’importe qui.

Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon ont été déclarés personæ non gratae à la marche blanche parisienne par le président du Crif qui en est à l’origine.

Le fils de Mireille Knoll, qui estime que tous les participants sont les bienvenus, ignore probablement, ou bien il a oublié, que Mélenchon parlait, en juillet 2014, de ceux qui attaquaient les synagogues pour « protester contre la guerre à Gaza » comme d’une « jeunesse ayant su se mobiliser dans la discipline et incarner dignement les valeurs de la République […]. La République, c’est le contraire des communautés agressives qui font la leçon au reste du pays ».

Foi de Dieudonné : « Mélenchon et Le Pen, combattent pour la paix »
Juste avant les dernières élections présidentielles, Dieudonné a publié une vidéo pour donner ses consignes de vote. Ne riez pas, elle a été regardée par près de 170 000 sympathisants de l’ex-« humoriste ».

Parlant de la patronne du Front national et du leader de la France Insoumise, il a refusé de trancher : « Certains disent que c’est une confrontation entre la vraie droite et la vraie gauche (…) Je dis que c’est la vraie France qui combattra la France de Rothschild et du Qatar qui finance le terrorisme et la guerre dans le monde (…) Le Pen et Mélenchon, sont les candidats à la paix ».

Plus question de « vivre-ensemble » quand, en vrai, on meurt ensemble
A l’heure où ces lignes sont écrites, on a l’impression que pour la première fois en France, une manifestation contre le meurtre de Juifs parce qu’ils sont juifs sera suivie par une foule et non par les seuls 200 Juifs habitués de ces « solitudes à quelques-uns ».

On verra ce soir si cela se vérifie.

Les citoyens français ont pris la mesure du danger qui les menace, dont les Juifs ne sont que la première ligne, les « canaris dans la mine », comme le disait déjà en 2006 un livre écrit par les membres de feu Primo-Europe.

Logo Liliane MessikaCombien de morts supplémentaires faudra-t-il pour que nos dirigeants aussi comprennent qu’on ne lutte pas avec des bougies et des belles paroles contre des assassins déterminés à mourir pour nous tuer ? LM&SS

Publicités

Un commentaire

Laisser un commentaire. Il sera visible dès sa validation.

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s