Journalistes militants réclament mesures anti-israéliennes

LogoSNJ-Site.jpegPar Liliane Messika

Il existe des écoles de journalisme en France, ce qui laisse supposer que les journalistes reçoivent effectivement une formation professionnelle. Mais que leur enseigne-t-on ?

Le journaliste donne les faits, le chroniqueur les commente
Cette formule fait l’objet du premier paragraphe de la première leçon sur l’éthique des journalistes. C’est aussi le postulat de base dans les démocraties véritables.

Selon l’indice de démocratie mis au point par le centre d’étude rattaché au britannique The Economist, qui prend en compte 60 critères regroupés en 5 catégories[1], la France est une « démocratie imparfaite ». En 2018, elle est classée 29ème sur 167 pays analysés.

La liberté de la presse, son indépendance et son impartialité comptent pour beaucoup dans les catégories « libertés civiles » et « culture politique » et par conséquent dans la note finale. Dans aucun des 19 États classés « démocraties véritables », les journalistes ne donnent leur avis personnel sur les sujets qu’ils portent à la connaissance du public.

En France, la presse est d’opinion. Au singulier
Il ne faudrait pas croire que cette exception française, qui explique en partie notre classement loin derrière les véritables démocraties, fait honte à nos médias.

Les journalistes français ignorent que leur devoir est d’informer leurs lecteurs, auditeurs, téléspectateurs. D’ailleurs « devoir » est un mot en voie de disparition, avantageusement remplacé par « droits (je connais mes–) » dans la langue de Molière, devenue celle de Tartuffe.

A défaut d’être contraints par un devoir, les journalistes français se croient investis d’une mission : celle de guider le troupeau des veaux[2] vers le bien et de le détourner du mal.

Le bien et le mal étant un sous-produit des réflexes conditionnés de la bien-pensance molle, ils ne résisteraient pas à une analyse – même superficielle –, aussi ne les confronte-t-on jamais à la moindre réflexion.

Idées reçues ou trouvées dans le caniveau ?
Tous supports et titres confondus, une large majorité de journalistes partage une croyance quasi religieuse en quelques idées reçues :

  1. Le bien et le mal sont faciles à distinguer l’un de l’autre. Il n’existe pas de zone grise.
  2. Tout ce que fait la gauche est bien, tout ce que fait la droite est mal.
  3. Tout ce que dit Jean-Luc Mélenchon est vrai, tout ce que dit Marine Le Pen est faux.
  4. Tout ce que font les Israéliens est sournois et criminel, tout ce que font les Palestiniens est pacifique et généreux.

DEONTOLOGIE rire.jpgObjectivité et déontologie : entre gag et gros mots
Aujourd’hui, on ne mange plus, on foode et on ne pense plus, on dépense des lieux communs au kilomètre. Le journalisme consiste à délivrer des homélies plus ou moins longues sur les sujets canoniques listés ci-dessus, selon une méthode parfaitement rodée :

  • si cela va dans mon sens unique, j’en parle en utilisant les éléments de langage accrédités ;
  • si cela va dans le sens d’une pensée originale, je dégaine mes gousses d’ail, je détourne les yeux, les oreilles et surtout la caméra et le micro.
  • Si ce que font mes Gentils ne va pas dans le sens de mon bien, je regarde ailleurs
  • et s’il n’existe aucun fait pour accabler mes Méchants, j’en invente, quitte à faire moi-même l’événement.

Happening pour happy few
La visite du Premier ministre israélien à Paris à l’occasion de l’inauguration de « la saison croisée France-Israël », qui déroulera des événements culturels dans les deux capitales, a déclenché tous les réflexes conditionnés habituels.

Avec cependant une nouveauté : trois syndicats français de journalistes (le SNJ, Syndicat national des journalistes, le SNJ-CGT et la CFDT Journalistes) ont utilisé la méthode « faire l’événement » en protestant ès qualité contre la venue de l’ennemi public numéro 1 et en exigeant du Président de la république qu’il lui « demande des comptes ».

Les journalistes sont aussi des citoyens et nul ne leur nie le droit d’avoir des opinions. Dans une démocratie véritable, ils sont tenus de la garder pour eux, comme leur religion et leurs choix sexuels. Pas en France. Chez nous, ils publient un communiqué commun pour influencer la politique étrangère en donnant leur interprétation personnelle des faits, même quand les faits eux-mêmes la contredisent.

Les Juifs, ils cherchent à se faire remarquer
Khadafi et Bachar el-Assad avaient rendu visite à Sarkozy, Ali Bongo (Gabon), Ilham Aliev (Azerbaïdjan), le roi Hamad Ben Issa al-Khalifa de Bahreïn à Hollande et Poutine à Macron, sans jamais susciter de protestation de la part du corps des journalistes.

En revanche, pour la première fois de l’histoire du journalisme, des syndicats de journalistes français sont montés au créneau pour se battre contre un ennemi de l’humanité, stigmatisant la visite « inconcevable » du Premier ministre israélien et demandant qu’il ne soit pas reçu par le Président français, car ce serait « insupportable à plus d’un titre ».

Arguments halal estampillés Hamas
Les arguments des journalistes français pour leur action politique sont intéressants : « La répression à Gaza contre la population civile a fait plus de cent morts et quelque 8000 blessés par des tirs à balles réelles (…) Parmi les victimes figurent des enfants, des jeunes et des secouristes (…) Lors de ces manifestations, les tireurs d’élite de l’armée visent délibérément les journalistes palestiniens pourtant reconnaissables à leur gilet PRESSE ».

Oui, UN journaliste a été tué, ou plus précisément, un homme de 30 ans, Yasser Murtaja, porteur d’un gilet pare-balles labellisé « presse », a été tué.

Le ministre israélien de la Défense a déclaré que ce journaliste était aussi « un terroriste lié à la branche militaire du Hamas », dont il recevait un salaire comme capitaine depuis 2011. On peut douter de la parole du ministre, mais pourquoi n’en trouve-t-on même pas mention dans la plupart de nos médias ?

Syrie Assad250 mille morts en Syrie, 0 communiqué des syndicats de journalistes
Mais 100 morts cherchant à pénétrer en Israël pour y perpétrer des attentats, 100 morts prévenus que l’État juif ne se laisserait pas faire et répliquerait à balles réelles, 100 morts dont le Hamas lui-même reconnaît que plus des deux tiers sont des terroristes… Là, ce sont trois syndicats français de journalistes qui s’insurgent et réclament justice au nom de « la population civile » et « DES journalistes palestiniens ».

Justement, la cerise sur le gâteau c’est l’exigence « que cesse la répression contre les civils désarmés, contre nos confrères palestiniens et que tous les journalistes arrêtés et incarcérés soient libérés ».

Les civils désarmés sont armés par le Hamas qui s’en vante. Détournons le regard.

Les confrères palestiniens au pluriel sont un seul « journaliste » que le Hamas salarie aussi comme un combattant, regardons ailleurs.

Quant aux journalistes arrêtés et incarcérés, ils sont dans les prisons du Hamas à Gaza et de l’Autorité palestinienne en Cisjordanie. Ah non, ceux-là, ils peuvent y rester. On ne veut libérer que ceux qui sont en prison en Israël ! Zut, il n’y en a pas ? Inventons-en.

Plus on lit de victimes plus on rit de voir Israël si cruel en ce miroir
« Parmi les victimes figurent des enfants, des jeunes et des secouristes », explique le communiqué des trois syndicats de journalistes, dont les membres ont dû tous faire l’impasse sur les maths (addition ≠ multiplication), sur le français (singulier ≠ pluriel) et sur le cours consacré à la vérification des sources (communiqué d’un des belligérants  ≠  vérité révélée et incontestable).

En effet, les médias français ont répercuté in extenso toutes les informations en provenance du Hamas, qui censure les journalistes gazaouis et les emprisonne quand ils écrivent un mot de travers.

Parmi celles-ci, figurait la mort d’un bébé à cause de l’inhalation de gaz lacrymogènes. Il s’est finalement avéré que la petite souffrait d’une malformation cardiaque dont elle est décédée, témoignage de son médecin traitant à l’appui.

Curieusement, aucun des vertueux propagandistes pro-Hamas à carte de presse n’a manifesté le moindre étonnement à la présence d’un bébé sur un champ de bataille. Peut-être les correspondants de guerre viennent-ils travailler avec leurs enfants ?

Donc pas DES enfants, UN enfant mort. D’une maladie congénitale. Et les autres pluriels ?
Tous les terroristes tués sont âgés de 18 à 35 ans, donc jeunes en effet. Cela dit, dans toutes les armées du monde, les soldats s’inscrivent dans ce créneau d’âges et on n’a pas souvenir que, quand il s’agit de soldats français ou américains tués au champ de bataille, le substantif « jeunes » soit utilisé dans nos médias…

Quid DES secouristes ? Même faute grammaticale que pour les enfants : UNE ambulancière palestinienne, Razan Najjar, a été tuée le 1er juin. La machine à diffamer Israël a aussitôt rempli les colonnes médiatiques d’un « tir délibéré de sniper », qui a conduit Tsahal à diligenter une enquête.

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Les couleurs rappellent quelque chose, mais quoi ?

Oui, car si à Gaza, le Hamas tue volontiers une femme qui donne la main à un homme dont on ignorait qu’il était son mari, ou pour adultère si elle a été violée, en revanche en Israël, une telle accusation est toujours prise au sérieux.

Certes, certains médias savent qu’elle est morte d’une balle dans la poitrine et d’autres sont tout aussi péremptoires pour dire qu’elle a été abattue d’une balle dans le dos.

Certes, les « martyres » sont toujours enterrés dans un cercueil ouvert, surtout quand il s’agit d’une jeune femme photogénique, alors que le sien était fermé, mais bon, il y a accusation, donc Tsahal enquête.

Les premiers résultats de l’enquête sont disponibles : ce jour-là un incident a bien eu lieu, peu de balles ont été tirées et aucun sniper n’a visé Razan Najjar. Dans une vidéo, on voit la jeune femme lancer une grenade de gaz et admettre servir volontairement de bouclier humain pour le Hamas. « Y a-t-il de par le monde des ambulanciers ailleurs qu’à Gaza qui lancent des grenades, participent à des émeutes et se revendiquent comme boucliers humains ? » a commenté le porte-parole de l’armée israélienne.

Les antisionistes forcenés ne croient pas à la parole de ceux qu’ils diffament
Malgré les images, les célèbres duettistes Antisémix et Antisionix s’obstineront à imaginer Razan Najjar en Mère Teresa, trop heureux qu’ils sont d’avoir une raison autre que viscérale de haïr leur ennemi.

Exiger de notre pays qu’il « fasse rendre des comptes » à un pays subissant une attaque en arguant de la mort d’UN bébé de maladie congénitale, de celle d’UN journaliste également capitaine de la branche armée du Hamas et de celle d’UNE ambulancière qui reconnait elle-même participer aux agressions et servir de bouclier humain aux autres combattants paraissait vraiment une réaction disproportionnée.

La méthode choisie a donc été de clamer haut et fort, sans aucune base factuelle, que les Israéliens choisissent de tirer exprès sur LES secouristes, LES journalistes et LES bébés dans les bras de leurs parents au champ de bataille.

La preuve : l’information sur la cause réelle de la mort du bébé, une fois médiatisée par la presse étrangère, si elle a été mentionnée sur quelques sites, n’a fait la Une nulle part, surtout pas là où c’était l’assassinat délibéré du bébé par les brutes israéliennes qui en avait eu les honneurs.

Médisez, médisez, il en restera toujours quelque chose !

Les journalistes s’estiment fondés à décider de la politique
Un journaliste français, interviewé sur la chaine d’information continue israélienne, a répété in extenso tous les éléments de langage issus du petit manuel du Hamas.

Croyant dur comme fer en l’intégralité de la communication du parti d’Allah, il a donc parlé de « terrible massacre » pour qualifier la mort d’une centaine d’activistes au cours de la « marche du retour », centaine dont les deux tiers ont été revendiqués par le Hamas comme faisant partie de ses troupes.

Et ce « terrible massacre » rend inopportune et « tout à fait déplacée » la visite du Premier ministre israélien aux yeux de Jean-Michel Cadiot, journaliste et membre du SNJ CGT, qui a généreusement concédé : « Nous ne sommes pas contre cette saison croisée France-Israël, mais il faut la reporter ».

La casquette du journaliste militant ressemble drôlement à un casque à pointe
Nul doute que les journalistes adhérents aux syndicats signataires de l’appel anti-israélien mettent leurs préjugés de côté quand ils revêtent leur casquette de reporter.

info-equitable.pngJustement, le site InfoEquitable a épinglé le Figaro pour titrer régulièrement sur des « Palestiniens tués par Israël » en oubliant de mentionner que les pseudo-victimes venaient de se livrer à l’assassinat d’un ou plusieurs Israéliens et qu’il s’agissait en réalité de terroristes arrêtés dans leur élan meurtrier.

C’était une omission si grosse et si répétée qu’InfoEquitable a obtenu du Figaro qu’il publie un correctif.

Pourtant, on n’a pas rêvé, on a lu partout que les médias sont aux mains des Juifs et qu’ils sont donc tous outrageusement pro-israéliens.

Vous aviez l’impression du contraire ? C’est que vous êtes vendu au puissant lobby juif.

Ou alors, c’est que, abonné au Monde, à Libé ou au Figaro, vous savez quand même lire… LM♦

6 juin 2018

Logo Liliane Messika[1] Processus électoral et pluralisme, libertés civiles, fonctionnement du gouvernement, participation politique et culture politique.
[2] Le général de Gaulle a dit des Français, après la signature de l’armistice avec l’Allemagne en 1940 : « Ce sont des veaux. Ils sont bons pour le massacre. Ils n’ont que ce qu’ils méritent. »

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6 commentaires

  1. Très bonne analyse mais qui nous laisse sur notre faim : a savoir , le moyen de rétablir la balance.
    On peut etre pessimiste quant a une éventuelle évolution. Des facteurs trop importants contribuent a cette tendance negative et en premier lieu la politique arabe des gvts français , tous confondus, qui à défaut d’amener un rayonnement culturel et surtout financier ds les pays arabes , a réussi au fil des ans a s’imposer comme un must de la politique étrangère française.
    L’influence de l’extrême gauche des 70’s , partisane de tous les mouvements dits révolutionnaires, qui a fini par contaminer l’ensemble de la gauche est un 2eme facteur, au moins en ce qui concerne le conflit israélo-arabe.
    De là, médias contaminés, et si ce n’est pas ds le fond , au moins ds la forme ( ex. du Figaro )
    Et de la encore , toute une jeunesse contaminée par son vécu quotidien avec la population arabe du pays et sa haine ignorante.
    Peut on détourner un peuple entier de la voie qu’il a choisie ?

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  2. S’il fallait une preuve, une seule, à caractère général du parti pris partisan des médias français, c’est celle de l’ordre dans lequel les informations, même non commentées, sont toujours présentées :
    1. L’aviation israélienne a bombardé des positions à Gaza faisant des blessés dans la population civile.
    2. Plus tôt dans la matinée des roquettes ont été tirées de Gaza sans faire de victimes israéliennes, que des dégâts mineurs.
    L’ordre est une chose, l’information passée sous silence en est une autre : aucune mention des courses vers les abris, notamment des enfants qui étaient alors dans les écoles…
    Les médias se retrancheront derriere le communiqué de l’AFP qu’ils ont repris, c’est commode et ils le font avec délice…
    Il serait intéressant de savoir comment Reuters, Associated, etc. délivrent la même information : si ces agences respectent l’ordre chronologique, ce pourrait faire l’objet d’un bon pamflet avant une plainte en bonne et due forme.

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  3. @SNJ_national @snj_rf @SnjCgt @snj_afp @SNJ_FTV @InfoEquitable vous avez dit déontologie ? … mélanger faits et commentaires ce qui est contraire à leur charte. Même pas honte.. A quand un gouvernement de la presse? https://t.co/vMcYL5TiLv

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  4. Magistral, bravo.
    Nous autres, sionistes vendus au lobby qui tisse sa toile diabolique pour régner sur le monde, savons tout cela et bien plus encore. La malignité des laquais du Quai d’Orsay est tellement habituelle et convenue que plus rien ne nous étonne en ce domaine.
    Votre recension des derniers méfaits des folliculaires est exhaustive et convaincante. Mais qui la lira ?
    Il faudrait publier un livre noir de la presse stipendiée…

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  5. je crois que les medias français et occidentaux, n’ont toujours pas évolué depuis l’arrivée de Staline au pouvoir. La symbolique du bien et du mal est de plus en plus floue.Je crains pour les générations à venir et sauf une révolution mondiale sur le vocabulaire et les comportements, rien ne changera.
    j »apprecie beaucoup les articles de Liliane Messika qui en general,sont ecrits au scalpel.
    bonne continuation
    FDeray

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