L’ONU ne représente pas le droit international, elle EST le droit international

ONU Syrie cartoon.jpgPar Liliane Messika

Il n’est pas une semaine sans qu’un droitdelhommiste, drapé dans sa conscience immaculée, n’exige qu’un pays coupable soit contraint de respecter « le droit international ». La formulation pouvant prêter à confusion, précisons que la phrase ne signifiait pas « que tout pays coupable », mais que LE SEUL ET UNIQUE PAYS COUPABLE AU MONDE, qui est toujours le même, année après année et résolution après résolution, doit être contraint de respecter ce qu’édicte le Droit International, alias l’ONU.

La Syrie préside la Conférence de l’ONU pour le désarmement
L’ONU, c’est {1 pays = 1 vote} et d’innombrables commissions et conférences. Justement, le 1er juin 2018, la présidence tournante de la ‘Conférence de l’ONU pour le désarmement’ échoit à la Syrie. Oui, ÉCHOIT À, pas ÉCHOUE SUR.

Cette présidence change chaque mois et, afin qu’aucune discrimination ni aucun favoritisme ne puissent être reprochés au Droit International incarné, l’ordre alphabétique prévaut. Aussi est-il conforme au droit qu’après la Suisse, ce soit le tour de la Syrie.

Naturellement, les premiers qui ont bruyamment manifesté leur désaccord avec cette nomination légale, mais incongrument immorale, sont les USA et Israël, les habituels mauvais coucheurs, suivis, beaucoup plus discrètement, par le Royaume-Uni, l’Australie et la France. Cela confortera certainement Antisémix© et ses nombreux amis, qui fustigent le premier pour opposer régulièrement son veto aux résolutions incriminant le second.

Les perles de l’ONU valent celles du Bac
« Nous ne pouvons pas rester aveugles devant la présidence d’un régime qui soutient tout ce que cet organe a été conçu pour empêcher », a déclaré l’ambassadeur des États-Unis.

A quoi son collègue syrien a répliqué que l’Américain pratiquait la « propagande à sensation » et il l’a accusé de « double langage ».

Pour mémoire, depuis le début de la guerre civile en Syrie en 2011, plus de 350000 personnes ont été tuées, dont 106390 civils parmi lesquels 20000 enfants. Par ailleurs, sur les 23 millions d’habitants que comptait le pays avant le conflit, environ la moitié a été contrainte de fuir son foyer en raison des combats.

Les 350000 victimes n’ont pas été tuées à mains nues mais avec des armes, dont les armes chimiques, celles que la Conférence de l’ONU est chargée, entre autres, d’interdire, puis de veiller à l’application stricte de cette interdiction.

Ce que nonobstant, le représentant de la Chine a déclaré sobrement : « Félicitations pour cette présidence » et celui de la Russie a critiqué ceux qui critiquaient, car ils « empoisonnaient l’atmosphère » de la Conférence. Cela a conduit l’ambassadeur US à remarquer qu’il était, quant à lui, « plus préoccupé par l’empoisonnement du peuple syrien ».

Les nominations à l’ONU se suivent et se ressemblent
En février 2018, c’était le Conseil des droits de l’homme des Nations unies qui avait invité le ministre iranien de la Justice à s’exprimer à l’occasion de son sommet annuel, qui se déroulait à Genève.

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Quelle coïncidence : le ministre en question, Alireza Avaie, était visé par des sanctions de la part de la Suisse et de l’Union européenne pour « violations des droits de l’homme, arrestations arbitraires, déni du droit des prisonniers et pour sa responsabilité dans des exécutions ».

L’ambassadrice américaine à l’ONU avait protesté, mais cela n’avait pas empêché le ministre de participer à une réunion du Conseil en compagnie d’une centaine d’autres ministres et officiels du monde entier.

Le bilan iranien n’est pas aussi brillant que celui de la Syrie, mais Amnesty International et le Conseil National de la Résistance Iranienne en exil (CNRI), parlent de 30000 morts, dans leur grande majorité des membres de l’Organisation des Moudjahidine du Peuple Iranien (OMPI).

L’ONU a célébré sa solidarité avec ceux qui ont refusé sa résolution
Le 30 novembre 2017 marquait le centenaire du vote de l’ONU sur la partition de la Palestine mandataire entre un État juif et un État arabe. C’est aussi le jour que la même ONU a choisi comme « Journée internationale de la solidarité avec le peuple palestinien. »

On rappelle aux étourdis que les Juifs ont accepté cette résolution et ont, en conséquence, déclaré leur indépendance un an plus tard, le 14 mai 1948, alors que la Ligue Arabe, au nom des Arabes palestiniens, l’a refusée et a constitué une armée de cinq pays pour attaquer Israël le 14 mai 1948 même, demandant à ses coreligionnaires d’évacuer le terrain des opérations afin qu’ils aient le champ libre pour exterminer les Juifs.

700000 d’entre eux ont suivi les consignes. On connaît la suite : aujourd’hui, au terme d’un « lent génocide », selon la formule consacrée à la tribune de l’ONU, les 700 mille sont devenus 5,4 millions.

L’ONU avait déjà élu l’Arabie Saoudite à la Commission des droits des femmes
Cela se passait le 25 janvier 2017, les Saoudiens étaient accueillis en fanfare au sein des 45 États membres de UN Women, la commission « exclusivement consacrée à la promotion de l’égalité des sexes et à l’autonomisation des femmes ».

A l’époque, Mohammed Ben Salmane n’avait pas encore autorisé les femmes de son pays (pas « les citoyennes » : elles n’ont pas le droit de vote) à sortir de chez elle sans un tuteur masculin, lequel exerce sur elles sa tutelle de la naissance à la mort.

Depuis, leur droit de conduire une voiture a été voté. Il doit entrer en application aujourd’hui, le 1er juin 2018.

Le Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU s’active à limiter ces droits
Ce conseil est censé veiller à la mise en œuvre scrupuleuse des droits définis par la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme votée le 10 décembre 1948 par les 58 pays qui constituaient l’ONU à cette date.

Depuis, bien d’autres y ont adhéré et le Droit international compte aujourd’hui 193 membres.

Parmi ceux-là, 56 sont également adhérents de l’OCI, l’Organisation de la Conférence Islamique, dont un Conseil des Sages a rédigé la Déclaration islamique des Droits de l’Homme, sur la base de « la conviction que Dieu, et Dieu seul, est l’auteur de la Loi et la source des droits de l’homme. »
Les droits mentionnés dans cette déclaration sont très différents de ceux de la Déclaration Universelle, dont l’universalité est de facto rendue obsolète : « Toute personne a le droit d’exprimer ses pensées et ses convictions dans la mesure où elle reste dans les limites de la Sharia. (…) Tout musulman a le droit et le devoir de refuser d’obéir à tout ordre contraire à la Sharia, quelle que soit l’origine de cet ordre. (…) Tout musulman a le droit et le devoir de se protéger et de combattre (dans les limites fixées par la Sharia) même si cela le conduit à contester la plus haute autorité de l’État. »

Sharia.jpgLes limites de la Sharia sont relativement simples à énoncer : l’homme est supérieur à la femme, le musulman est supérieur au non musulman. Tout ce qui est autorisé par la Sharia est un droit de l’homme, tout ce qui n’y figure pas n’en est pas un.

On comprend donc pourquoi la plus haute autorité spirituelle (et de facto politique) iranienne, Ali Khamenei, a trouvé légitime de déclarer : « Pour nous, la Déclaration universelle des droits humains n’est rien d’autre qu’un ramassis de charabia élaboré par les disciples de Satan. »
« La thèse sous-jacente à tous les systèmes islamiques de droits de l’homme est que les droits accordés par le droit international sont trop généreux et ne deviennent acceptables que lorsqu’ils sont soumis à des restrictions islamiques », résume Ann Elizabeth Mayer, professeur de droit à l’Université du Michigan, dans Islam and Human Rights: Tradition and Politics.

Cadeau de Noël à Israël de la part des colonisateurs membres de l’ONU
La résolution 2334 du Conseil de Sécurité de l’ONU avait choisi la Noël 2016 pour condamner les « colonies de peuplement dans le Territoire palestinien occupé depuis 1967, y compris Jérusalem » par l’État juif, auquel un autre paragraphe se réfère comme « la Puissance occupante » de Jérusalem.

On a déjà donné plusieurs fois la définition d’une colonie, dont aucun des éléments ne correspond à la situation d’Israël vis-à-vis de parties de sa terre ancestrale :

« territoire occupé et administré par une nation en dehors de ses frontières, et demeurant attaché à la métropole par des liens politiques et économiques étroits. »

Infoequitable avait, à cette occasion recensé les actions colonisatrices de certains signataires de cette résolution qui censurait la colonisation : la Chine (puissance occupant le Tibet), la France, disposant de la plus grande Zone économique exclusive (ZEE – espace maritime sur lequel un État côtier exerce des droits souverains en matière d’exploration et d’usage des ressources) au monde et possédant un empire maritime (Guyane, Guadeloupe, Martinique, Réunion, Polynésie française, Mayotte, Nouvelle-Calédonie), le Japon qui, pendant la deuxième guerre mondiale, a occupé nombre de pays du Sud Est asiatique (Birmanie, Thaïlande, Malaisie, Indochine, Indonésie, Philippines), la Russie dont il serait trop long de citer toutes les colonies passées, présentes et futures, l’Angleterre, qui avait un « empire où le soleil ne se couchait jamais », dont de beaux restes sont encore regroupés dans le Commonwealth… Bref, des connaisseurs !

Syrie Assad.jpgLe « machin[1] » est une machine à condamner Israël
Plus de 55000 personnes dont 12000 civils et de 2500 enfants ont été tués en Syrie en 2015, sans compter les « disparus » qui se sont évaporés dans les prisons du régime. Cette année-là, l’ONU a voté 22 résolutions contre Israël et zéro contre le régime de Bachar el-Assad. La palme du ridicule revenait incontestablement à celle qui condamnait l’État juif au motif qu’il était la cause de la violence conjugale dont étaient victimes les Palestiniennes.

La commission des droits de l’homme de l’ONU a suivi le mouvement en condamnant Israël plus que tous les autres pays réunis.

Et, cerise sur le gâteau, c’est aussi l’année où l’OMS (Organisation mondiale de la Santé) a adopté pour la première (et dernière à ce jour) fois une résolution stigmatisant un pays en particulier : Israël. Il était condamné à apporter une « assistance technique sanitaire » à la population du Golan, qui bénéficiait déjà de la totalité de ses services de santé.

Quant à la population syrienne et à ses hôpitaux régulièrement bombardés, l’OMS ne trouvait pas leur situation préoccupante.

2016 et 2017 ont suivi la même tendance : pourquoi changer un arbitre qui se disqualifie à ne donner de penalties qu’à une seule équipe au monde, même quand celle-ci ne joue pas ?

Y en a des qui suivent pas les règles du jeu !
Le 22 septembre 2014, un prêtre orthodoxe grec exerçant son ministère en Israël, le Père Gabriel Naddaf a fait un vigoureux éloge de l’État juif devant les 47 pays membres du Conseil des droits de l’homme des Nations unies. Ce vendu a affirmé qu’Israël est le seul pays du Moyen-Orient où les chrétiens ne sont pas persécutés. Il a souhaité que fût mis un terme à « la chasse aux sorcières contre le seul pays libre de la région. »

« Au Moyen-Orient aujourd’hui », a-t-il déclaré, « il y a un pays où non seulement le christianisme n’est pas persécuté, mais on lui accorde liberté d’expression et de culte et sécurité ».

Il a rappelé qu’au cours des dix années précédentes dans la région, 1,2 millions de chrétiens avaient été tués juste à cause de leur religion. 1,2 million, soit 120000 par an, soit un toutes les cinq minutes. Tous ceux qui ont pu le faire ont fui et les autres, a-t-il expliqué, « survivent comme citoyens de deuxième, voire troisième zone. (…) Il est temps que le monde s’éveille au fait que ceux qui veulent détruite l’État juif signent aussi l’arrêt de mort des derniers chrétiens libres en Terre Sainte. »

Bien entendu, son appel n’a pas été entendu : la seule mention de la destruction de l’État juif ayant provoqué un orgasme chez certains délégués présents. C’est pourquoi le nombre des chrétiens du Moyen-Orient continue-t-il de diminuer.

En 2012, la Syrie était consultante en droits de l’homme à l’Unesco
Il n’est pas surprenant que le pays qui bombarde ses propres citoyens préside aujourd’hui la conférence sur le désarmement du « machin » : il y a une demi-douzaine d’années, précisément le 11 novembre 2012, la Syrie avait été cooptée à l’unanimité des 58 membres (dont la France) dans deux comités de l’UNESCO. Un pays qui tue sa propre population (la guerre civile était en cours depuis près de deux ans) est parfaitement habilité à décider des droits de l’homme à l’échelon international et à peser, lorsqu’il passe à l’échelle industrielle, sur le désarmement de ceux qui pourraient vouloir l’en empêcher !

Logo Liliane MessikaLa preuve en est faite aujourd’hui. LM♦

1er juin 2018

[1] « Le machin qu’on appelle l’ONU », avait déclaré dédaigneusement Charles de Gaulle en 1960.

 

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