Un nouvel Opus pour la partition des Balkans

partition.jpgPar Liliane Messika

Les Balkans, ou la Yougoslavie pour les nuls
Jusqu’à la première guerre mondiale, la Slovénie, la Croatie, la Serbie, la Dalmatie, la Hongrie, la Bosnie, appartenaient soit à l’empire ottoman et soit à l’empire austro-hongrois. La défaite du premier et la chute du second ont entraîné, à la fin de la première guerre mondiale, la création du ‘Royaume des Serbes, Croates et Slovènes’ dirigé par Pierre 1er de Serbie et devenu, en 1929, le Royaume de Yougoslavie.

À la fin de la deuxième guerre mondiale, les cartes géographiques ont été redistribuées entre les vainqueurs. La monarchie yougoslave est passée sous influence soviétique, devenant République fédérative socialiste de Yougoslavie. Le Parti était son dieu, le maréchal Tito son prophète et le communisme sa seule religion.

Sauf que majoritairement, les Serbes (82%), les Monténégrins (75%) et les Macédoniens (65%) étaient orthodoxes, les Croates et les Slovènes catholiques (à plus de 90%) et les Bosniaques et les Albanais musulmans.

La balkanisation, ou fragmentation, de la Yougoslavie peut se lire comme une conséquence de l’impossibilité de faire cohabiter deux cultures, en l’espèce celle du nord, issue de l’empire austro-hongrois chrétien et celle du sud provenant de l’empire ottoman musulman.

Balkanisation post-communiste
Après la chute du mur de Berlin (1989), la Slovénie, la Croatie, la Bosnie-Herzégovine et la Macédoine attendirent encore trois ans avant de faire sécession et de proclamer leur indépendance : quand l’idéologie meurt, la religion reprend du poil de la tête !

En 2006, le Monténégro se sépara de la Bosnie et, en 2008, ce fut le tour du Kosovo, peuplé en majorité d’Albanais, donc de musulmans, mais dont la minorité orthodoxe avait mené, en 1389, un combat légendaire contre l’empire ottoman, faisant du petit Kosovo le berceau de cette version du christianisme dans les Balkans.

Le Kosovo n’est toujours pas reconnu par la Russie ni par la Serbie. Ce statut incertain les empêche, la Serbie et lui, d’adhérer à l’Union européenne, qui elle, les a reconnus. On peut donc considérer comme pragmatiques et raisonnables les présidents des deux entités, le Serbe Aleksandar Vučić et le Kosovar Hashim Thaçi, qui ont entamé des discussions visant à un échange de territoires et de populations pour aboutir à un tracé définitif de la frontière et à une reconnaissance mutuelle : le Kosovo échangerait des territoires du nord de son État, où vit la majorité des 120.000 Serbes, contre d’autres situés dans la vallée de Preševo, au sud de la Serbie, où vit une majorité d’Albanais musulmans.

Dans la famille DE-KOI-J’ME-MÊLE…
Évidemment, l’initiative bilatérale rencontre une forte opposition chez les partisans de la grande Serbie et de l’Église orthodoxe serbe, qui les a toujours appuyés. Cela se comprend.

Ce qui se comprend aussi, mais ne se justifie pas du tout, c’est la réaction de certains étrangers.

Le ministre des Affaires étrangères allemand, par exemple, estime que « discuter d’un échange de terres entre le Kosovo et la Serbie ne nous permettra pas d’atteindre l’objectif. Nous pensons plutôt que cela rouvrira beaucoup de vieilles blessures dans la population, c’est pourquoi nous sommes très sceptiques. » C’est qui, ce « nous » qui se mêle des affaires des autres ?

Aleksandar Vučić a demandé que tout le monde leur fiche la paix, à son homologue kosovar et à lui-même : « laissez les Serbes et les Kosovars régler seuls le problème du Kosovo. » Poutine a tout de suite accepté à l’avance « toute solution convenant aux Serbes ». Bon, c’est un mauvais exemple. On préfère l’attitude américaine, pas parce qu’on est anticommuniste primaire, mais parce qu’elle est nettement plus équilibrée : le conseiller de Trump en matière de sécurité nationale, approuve « les corrections territoriales » entre la Serbie et le Kosovo si elles confortent la paix.

israel_and_palestine_peaceEt si on faisait un parallèle avec un autre conflit à peu près du même âge ?
Les Européens sont tous d’accord pour séparer les peuples dont les modes de vie ou les croyances sont incompatibles, même si ces peuples ont auparavant constitué une seule entité politique.

Pourquoi alors, y a-t-il en Europe autant de partisans d’un État binational pour les 6 millions d’Israéliens juifs et les 6 millions de musulmans arabes israéliens et Palestiniens ? On ne peut quand même pas imaginer qu’il y a derrière cette position un calcul démographique sordide qui augure, en une génération, d’une supériorité numérique musulmane et de la régression des Juifs réduits au statut de dhimmis[1] ?

Le commissaire européen à l’Élargissement et à la Politique européenne de voisinage estime que l’échange de territoires et de populations sur la base de la religion offrira « la possibilité de redessiner les frontières du Kosovo » et il le qualifie de « nécessité géopolitique ».

Pourquoi alors l’Europe considère-t-elle la même opération comme un péché mortel inenvisageable quand il s’agit du Moyen-Orient ?

Ce qui est un droit pour l’un, la gauche l’interdit à l’autre
Le Kosovo musulman héberge des monastères orthodoxes importants au plan religieux. Même si l’échange les laisse aux mains des musulmans, on suppose que la visite des pèlerins chrétiens sera garantie par l’accord, ce que la communauté internationale jugera certainement équitable.

À Hébron, en Judée-Samarie (qu’on appelle en France ‘Cisjordanie’ depuis 1967), se trouve le Tombeau des patriarches, un « monument construit sur un ensemble de grottes, (…) au-dessus de tombes attribuées aux patriarches bibliques Abraham, Isaac et Jacob et à leurs épouses Sarah, Rebecca et Léa. (…) Le lieu est identifié au site biblique de Machpela acheté par Abraham pour y enterrer sa femme Sarah puis les autres membres de sa famille. Il est appelé dans la tradition juive ‘grotte de Machpela ». Les pèlerins juifs ne peuvent s’y rendre que lors de fêtes spécifiques, sous la protection de l’armée et sous les huées de l’opinion internationale. Les Juifs ne demandent pas d’intégrer Hébron au territoire israélien, juste de pouvoir s’y rendre et prier. Quel sacrilège !

Et pourtant… Après la guerre des six jours, Israël a aboli les lois discriminatoires promulguées par la Jordanie et a adopté un modèle respectueux des lieux et des croyances : « Quiconque commet quoi que ce soit de nature à violer la liberté d’accès des croyants des diverses religions aux lieux qui leur sont sacrés », stipule la loi israélienne, « est passible d’un emprisonnement de cinq ans ».

Israël a aussi confié l’administration des lieux saints à leurs autorités religieuses respectives.

Ainsi le Waqf musulman a-t-il la responsabilité des mosquées du Mont du Temple (alias ‘l’esplanade des mosquées’). De 1948 à 1967, les lieux saints juifs, le Mur des lamentations et les principaux tombeaux des Patriarches étaient interdits aux Juifs.

Idéologique sémantik, tik, tik
L’échange de populations est toujours le corollaire des traités de paix après un conflit : à la fin de la deuxième guerre mondiale, plus de 3 millions d’Allemands ont été expulsées des Sudètes. Dix autres millions ont été chassés des territoires acquis par la Pologne. À l’est de celle-ci, suite aux annexions par l’URSS, 2,5 millions de Polonais ont été échangés contre 500.000 Ukrainiens.

La création du Pakistan sur des bases purement religieuses a vu s’échanger environ 6 millions d’Indouistes quittant le Pakistan pour l’Inde contre un peu moins de musulmans accomplissant le trajet inverse.

750.000 Juifs chassés des pays arabes à la création de l’État d’Israël ont été remplacés par… personne : les États arabes ont gardé les propriétés et se sont débarrassés des propriétaires.

Des 700.000 Arabes de Palestine qui, obéissant à leurs leaders, se sont déplacés pour laisser le champ libre à la guerre d’annihilation contre les Juifs, seulement 100.000 sont revenus, le reste étant soigneusement parqué dans des camps (de réfugiés gérés par l’ONU, pas de concentration gérés par la SS), afin de servir d’abcès urticant dans la guerre psychologique contre l’État juif.

Imagine-t-on aujourd’hui, des Allemands agitant la clef de leur maison des Sudètes, ou des Ukrainiens utilisant celle de leur logis polonais comme symbole lors de manifestations ? Quid des pieds-noirs qui ont quitté leurs plantations au soleil de l’Algérie pour la grisaille parisienne « une main devant, une main derrière » ? Les uns et les autres réclament-ils le droit au retour ?

Conjugaison du verbe « échanger des populations »
Dans toutes les langues du monde : je me déplace pour te remplacer, tu te déplaces pour me remplacer, nous nous déplaçons pour nous remplacer mutuellement…

En hébreu parlé avec l’accent de la « communauté européenne : je juge les Juifs, tu juges les Juifs, nous condamnons les Juifs, ils commettent des crimes contre l’humanité, on va leur faire payer pendant des générations et des générations…LM♦

8 septembre 2018

[1] Non musulman vivant en terre d’islam, à qui l’islam accorde la vie et même une pratique discrète de sa religion, moyennant le paiement d’un impôt vexatoire et de nombreuses mesures discriminatoires démontrant son infériorité par rapport aux musulmans.
« Elle est inapplicable entre un Musulman et un dhimmi, en raison de la qualité humaine inférieure de ce dernier. La sanction frappant un Musulman coupable s’atténuait considérablement si la victime était un dhimmi. » — (Bat Ye’or, Le dhimmi: profil de l’opprimé en Orient et en Afrique du nord depuis la conquête arabe, éd. Anthropos, 1980)
Logo Liliane Messika[…], « Tritton poursuit : « Même si les dhimmi pouvaient jouir d’une grande prospérité, ils n’étaient toujours que tolérés, exposés aux caprices des gouvernants et aux passions de la foule. » — (Panayiotis Jerasimof Vatikiotis, L’Islam et l’État, 1987, traduction d’Odette Guitard, 1992)

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