Des européens poignardés ? Là n’est pas le danger !

Kichka Allah Akbar.jpgPar Liliane Messika

En ce jour anniversaire de l’attentat charnière entre le bisounoursisme béat et la prise en compte du principe de réalité, plusieurs événements mettent en lumière le fait que cette bascule entre deux époques n’a pas encore été actée par tout le monde.

La veille du 11 septembre, l’ONU a pris la parole
Nul doute que c’était pour commémorer le drame et dire « plus jamais ça » au terrorisme ?

Filippo Grandi, Haut-commissaire pour les réfugiés (UNHCR), a mis en garde contre un danger. Celui qui menace tout l’Occident ? Qu’on en juge : « Les demandeurs d’asile et les réfugiés, dans leur écrasante majorité, ne commettent pas de crimes. Ainsi, les stigmatiser parce que l’un d’entre eux a commis un crime est très dangereux. (…) J’invite instamment les gouvernements des pays où ces choses peuvent se produire ou sont rendues publiques à gérer ces questions avec une grande prudence, car ils pourraient exposer des communautés vulnérables à des représailles conséquentes », a-t-il expliqué à la presse.

On ne peut qu’admirer la grandeur d’âme chrétienne du Haut-commissaire, qui préfère tendre la joue gauche pour se prendre une autre claque, plutôt que prendre des mesures pour éviter d’avoir à tendre et la première et la deuxième. Plus exactement, on l’admirerait venant d’un ecclésiastique. De la part d’un dirigeant politique, cela semble à la fois déplacé et incohérent.

Chemnitz, ou la stigmatisation du peuple allemand
Fin août 2018, un Allemand de 35 ans a été poignardé par des migrants de « plusieurs nationalités » selon la presse allemande. La police, elle, a arrêté un Irakien et un Syrien. Une manifestation a été organisée à Chemnitz, ville où le parti AfD, (Alternative für Deutschland) est bien implanté.

AfD, que les Allemands surnomment « le parti des professeurs », parce que des profs d’économie, de finances publiques et de droit constituent la majorité de ses fondateurs, veut dissoudre la zone euro « pour aboutir à de petits blocs d’unions monétaires plus homogènes, afin de soutenir les économies moins compétitives, de réduire les risques d’une nouvelle crise de la dette et d’éviter d’autres plans de sauvetage contreproductifs[1] ».

AfD se déclare « ni de droite ni de gauche », comme le faisait l’actuel président français pendant sa campagne électorale, mais aussi « anti-establishment », ce qui est très éloigné de notre Jupiter national. Six mois après sa création, en 2013, AfD obtenait aux élections législatives deux millions de voix, soit 4,7%, un score qu’il a triplé (12,6%) en septembre 2017. Pourquoi alors le présente-t-on unanimement comme « parti d’extrême-droite » en France ?

D’abord parce que l’économique a débordé sur le social et le politique, ou l’inverse, et que le jeune parti a tiré les conséquences de la politique de « portes ouvertes » de Merkel. La nouvelle dirigeante du parti depuis 2015 est plus axée sur le patriotisme et plus conservatrice que son prédécesseur, aussi est-elle plus appréciée en Allemagne de l’est, qui sait ce que « communisme » veut dire, que dans les couches plus bobos de l’ex-RFA. En Saxe (où se trouve la ville de Chemnitz) AfD est le premier parti, devant celui de Merkel, avec 27%. Cela veut-il dire qu’il est maintenant peuplé de nazis ?

« En 2016, Ralf Melzer, journaliste et historien, relève que les anciens abstentionnistes représentent près de la moitié de l’électorat de l’AfD et que le parti ‘’est arrivé en tête dans l’électorat ouvrier lors des dernières élections régionales (en dehors de celles du Rhénanie-Palatinat). Aujourd’hui, l’AfD est également le premier parti parmi les chômeurs’’ »[2].

Ceux à qui cette évolution ne rappelle pas celle, parallèle et pour des raisons identiques, du Front National et de la France Insoumise ont, soit la mémoire courte, soit des fèces dans les yeux et du persil dans les oreilles.

Compter les manifestants est un sport de compétition
Les forces en présence sont toujours les mêmes : les organisateurs d’un côté, la police de l’autre. C’est la règle qui change : si les manifestants sont anti-pouvoir en place, les premiers exagèrent et les seconds minimisent. Si, en revanche, il s’agit de faire peur à l’électorat, ce sera l’inverse.

A Chemnitz, huit mille personnes avaient manifesté contre l’immigration et en face, trois mille pro-migrants s’étaient rassemblés contre les premiers. Cela a permis de gonfler les chiffres à 11.000, toutes tendances confondues. Les lecteurs qui ont retenu ce chiffre comme représentant le-retour-de-la-bête-immonde n’ont pas forcément la vue basse et les oreilles bouchées, ils sont juste inattentifs.

La preuve, le fil info de l’AFP titrait le 31 août : « Allemagne : tensions et incidents racistes à Chemnitz après le meurtre d’un Allemand ». La dépêche cite les interviewes d’une majorité de pro-migrants et celle d’un seul pékin (allemand !) qui trouve la peur justifiée, mais dont les propos sont habilement déconsidérés : « ‘’Les gens ont peur et ils ont raison. Je ne laisse pas ma fille de 13 ans aller seule en ville« , s’échauffe ce quarantenaire, le cheveux ras.[3] » Décodage : le type dit n’importe quoi, il est énervé (il s’échauffe) et en plus il est d’extrême droite (le[sic] cheveux[re-sic] ras).

On ne sait pas pourquoi, mais cela nous rappelle la déconvenue de Nicolas Chapuis, journaliste au Nouvel Obs. qui, apprenant que l’assassin des petits enfants juifs de Toulouse était Mohammed Merah, twittait : « Putain ça dégoûte. Qu’est-ce que c’est stupide que ce soit un français arabe musulman djihadiste qui ait tué les enfants juifs ! Pourquoi n’était-ce pas un nazi ? Ça aurait été moins dégoûtant, plus normal, plus simple. Plus politiquement correct. Putain ça dégoûte.[4] »

Tous les manifestants anti-pensée médiatique unique sont-ils des nazis ?
La réponse est rare, donc précieuse, et elle vient d’Autriche : « toute personne de Saxe qui se joint à ces manifestations n’est pas forcément nazie. (…) Et (que) ceux que l’on a aidés il y a 3 ans au motif qu’ils ‘’fuyaient la guerre’’ ne sont pas tous innocents comme des agneaux. Si l’on pouvait s’entendre là-dessus, et que l’on cessait de diaboliser le mécontentement, et que l’on se confrontait aux problèmes, plutôt que de souhaiter qu’ils s’évaporent dans des articles ou des discours politiquement corrects, on pourrait alors être en mesure d’empêcher la foule d’occuper un endroit où elle n’a rien à faire.[5] »

Curieusement, aucune classe politique ne prend conscience du fait que le déni mène à ces extrémités les citoyens qui aiment leur pays et qui ont envie que les nouveaux arrivants l’aiment aussi, au lieu de vouloir le transformer en ce qu’ils ont fui.

On se rappelle le tollé qui a suivi la proposition de Nicolas Sarkozy de mener un débat sur l’identité nationale. « Identité » est un gros mot, « nationale » également, quant à patriotisme, il est l’arme létale du ridicule. Pour ne pas tenter le chaland d’acquérir les « idées nauséabondes », il vaut mieux lui cacher ce qui pourrait aller dans son sens.

C’est bien ce que dit le Haut-commissaire de l’ONU pour les réfugiés : « J’invite les gouvernements des pays où ces choses (…) sont rendues publiques à gérer ces questions avec une grande prudence ». Difficile de ne pas comprendre que Monsieur Grandi regrette qu’il y ait des pays même pas fichus d’empêcher leur presse d’en parler.

Le mur des lamentations français est passé de la rue Béranger à la rue de Châteaudun
Pour se remonter le moral, Filippo Grandi devrait lire Libé : quand le quotidien évoque le sujet, c’est pour regretter : « En Allemagne, l’AfD fait même déraper la gauche » et d’expliquer que si les Allemands ne sont pas satisfaits de l’augmentation du nombre de viols et de meurtre depuis l’immigration massive, c’est à cause des « vociférations répétées de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD). Fondé en 2013, le parti d’extrême droite a fait de cette thématique une obsession politique. Après chacune de ses sorties xénophobes, le même cycle se répète.[6] » Et de faire décrypter la situation allemande par un spécialiste qu’il est allé chercher jusqu’en Suisse, vraisemblablement à cause de son CV, ou plutôt de l’intitulé d’icelui, son patronyme : Tarik Abou-Chadi, du département de sciences politiques de l’université de Zurich. Ouf, on n’accusera plus la rédaction de Libé d’être blanche !

La Grande-Bretagne doit faire partie des pays stigmatisés par le Haut-commissaire, si l’on en juge par The Times qui, sous la plume de Melanie Philips, considère que « patriotisme a été un gros mot pendant trop longtemps » et qu’il vaudrait mieux trouver des solutions au problème plutôt que d’empêcher les gens de le regarder en face : « Des millions de gens veulent défendre l’identité nationale occidentale basée sur la tolérance, la liberté et un droit unique pour tous. Ces valeurs sont menacées par l’immigration de masse et le multiculturalisme[7] ».

Comment ne pas être d’accord avec elle ? Fastoche ! Il suffit de ne pas lire ce qu’elle écrit et de la traiter de fasciste islamophobe. L’immigration de masse et le multiculturalisme, cela signifie, en novlangue dans le texte, « islamisme », voire « islam » tout court. Utiliser dans la même phrase « islam » et « menace » vous vaut en France un procès devant la 17ème chambre.

Pourtant les valeurs de « tolérance, de liberté et (d’) un droit unique pour tous » vont rigoureusement à l’encontre de la sharia, qui stipule le musulman supérieur au non musulman et la femme inférieure à l’homme. Les Iraniennes qui, au moment même où vous lisez ces lignes, risquent leur peau pour avoir montré leurs cheveux, auraient long à en dire sur la chance que nous avons de vivre dans un pays où le droit est le même pour tous.

Le 8 septembre, un réfugié afghan a poignardé 7 personnes à Paris
Le jeune homme de 21 ans, réfugié en situation irrégulière, a gravement blessé 7 personnes à l’aide d’une barre de fer et d’un long poignard, avant d’être maîtrisé par des passants. Le pronostic vital de deux des victimes est réservé. Pas celui du terroriste, car on a immédiatement été informés que « Le caractère ‘’terroriste’’ n’est pas retenu, à ce stade de l’enquête. » Le poignardeur échappera certainement à la justice au profit d’un établissement hospitalier.

Les Français ont-ils accusé tous les migrants de ce crime ? Non. Tous les Afghans ? Non plus. Ce que tous les journaux mentionnent, c’est que le malheureux a failli être lynché par les passants qui l’ont arrêté.

Dans un autre quartier du XIXe arrondissement de Paris, des édiles ont proposé qu’on élargisse les trottoirs afin que les femmes seules n’y soient plus molestées. Dans celui-ci, quai de la Loire, les passants ont réussi à maîtriser l’agresseur. Mais ils n’ont pas fait cela avec toute la douceur requise par le Haut-commissaire. D’ici à ce qu’ils soient tous jugés pour voies de fait… En attendant, c’est le jeune afghan (porteur de faux papiers, mais réellement afghan puisque s’exprimant dans cette langue) qui a été présenté à un juge en vue de sa mise en examen. On redit qu’il n’est pas terroriste car, s’il a répété quinze fois « Allahou Akhbar » en se réveillant à l’hôpital, une « source proche du dossier », comme on dit, a expliqué que : « Allah Akbar, ce n’est pas une expression automatiquement liée au terrorisme. Il aurait pu déclarer cela aussi comme se réjouir d’être vivant.[8] » C’est sûrement la raison pour laquelle « À ce stade, le parquet de Paris ne retient pas la piste terroriste et appelle à la prudence sur ces déclarations. Rien pour l’instant n’indique les motivations de l’assaillant. »

Rien n’indique l’intention terroriste. Sauf l’acte lui-même !
Rien ? Euh… Quid des consignes données par le « ministre des attentats » de l’État islamique (Daesh pour ses intimes), Abou Mohammed Al-Adnani, en septembre 2014 : « Si vous ne pouvez pas faire sauter une bombe ou tirer une balle, débrouillez-vous pour vous retrouver seul avec un infidèle français ou américain et fracassez-lui le crâne avec une pierre, tuez-le à coups de couteau, renversez-le avec votre voiture, jetez-le d’une falaise, étranglez-le, empoisonnez-le. (…) Que l’infidèle soit combattant ou civil est sans importance. Leur sentence est la même : ce sont tous deux des ennemis. Leur sang est permis. »

Un fou qui tue est fou. Un terroriste qui tue aussi. Personne n’est terroriste ?
Dimanche 9 septembre 2018, deux Afghans avaient tué un jeune Allemand à Köthen, dans la Saxe-Anhalt, là où l’AfD (Pouah ! C’est eux le danger !) a de plus en plus de succès, on se demande vraiment pourquoi. D’autant que les autorités avaient tout de suite vigoureusement réagi : « La mort tragique du jeune homme me touche beaucoup et je regrette profondément ce qui s’est produit », a déclaré le ministre de l’Intérieur de l’État régional, demandant surtout à la population de rester « pondérée ». Si c’est pas de nature à vous rasséréner, qu’est-ce qu’il vous faut !

Le lendemain, 10 septembre, un passager d’un vol Barcelone-Séville de Ryan Air avait terrifié les passagers en les traitant d’infidèles et en les haranguant en espagnol et en arabe au motif que « la charia est la plus juste des lois » et que « l’islam est la solution à tous les problèmes de la vie ». À l’arrivée, il avait été interrogé et fouillé par la police, mais laissé libre : d’une part, il ne transportait rien de dangereux et vouloir convaincre les gens de se convertir à l’islam n’est pas un crime, et d’autre part son frère, qui l’attendait à l’aéroport, avait témoigné qu’il souffrait de troubles psychologiques.

Il est sûr qu’entre crier Allahou Akhbar et passer à l’acte de poignarder des passants inconnus, il y a toute la distance qui sépare l’équilibre psychologique de quelqu’un qui est au clair avec son identité, du malaise d’un autre qui se cherche et qu’un recruteur de l’État Islamique a enrôlé.

Pour autant, meurt-on moins, ou meurt-on sans regret quand c’est un fou qui a tenu le poignard plutôt que quand ce fou a été initié au terrorisme et convaincu d’agir par des idéologues islamistes ? LM♦

11 septembre 2018

[1] Wahlprogramm Parteitagsbeschluss in Alternative für Deutschland, 14 avril 2013
[2] Wikipedia
[3] AFP Publié le vendredi 31 août 2018 à 09h40 https://www.rtbf.be/info/flux
[4] On peut voir la copie d’écran ici
[5] https://kurier.at/meinung/der-rechte-poebel-und-die-verunsicherte-mitte/400108043 en français sur https://fr.express.live/2018/09/04/tous-les-manifestants-de-chemnitz-ne-sont-pas-des-nazis-et-tous-les-refugies-ne-sont-pas
Logo Liliane Messika[6] Libération, 9/9/2018
[7] The Times, 28 Août 2018
[8] Le Parisien, 12 Septembre 2018

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