Cadre pour la résolution du conflit israélo – palestinien

INSS.jpgInstitut d’Études pour la Sécurité Nationale, Tel-Aviv, 2 octobre 2018

Traduit et adapté pour Mabatim par Edouard Gris

Je suis toujours atterré de constater à quel point la critique d’Israël, dans quelque domaine que ce soit, est injuste, arbitraire et partiale. Afin d’essayer, à mon humble niveau, d’éclairer mes compatriotes sur la situation réelle d’Israël dans son environnement unique sur la planète Terre (un minuscule État juif dans un océan islamique), le bon moyen, à mon sens, est de permettre au public français d’accéder aux médias – ici, à la presse écrite – afin qu’il puisse, grâce à quelques exemples d’articles, traduits en français, appréhender la diversité, la pluralité, en un mot la liberté d’expression de la presse, dans cet État démocratique qui s’appelle Israël.

L’Institut d’Études pour la Sécurité Nationale (INSS, sigle de son nom en anglais), dont le siège se trouve à l’université Bar Ilan de Tel-Aviv, œuvre dans tous les domaines concernant la situation sécuritaire et stratégique d’Israël. Il livre des études approfondies et sérieuses, qui sont souvent prises en compte par les responsables politiques israéliens.

Une dernière remarque. Lorsque nous verrons, en face, chez les Palestiniens, des gens qui pourront exposer aussi librement leur avis, sans risquer la prison ou la mort, alors peut-être, la paix, la vraie, pourra être envisagé au Moyen-Orient.

Sans être pessimiste – quoi que… – je n’ai aucune chance, de mon vivant, de voir des Palestiniens épris de paix, au même titre que la majorité des Israéliens.

Il n’y a toujours personne pour faire la PAIX. EG

Rendre caduque l’option d’un État binational

Sachant qu’Israël se trouve actuellement dans une impasse politique dangereuse, l’Institut d’Études pour la Sécurité Nationale a élaboré une feuille de route ayant pour objectif d’améliorer la position stratégique d’Israël et de rendre obsolète la dérive vers un État binational.

L’objectif principal de cette feuille de route est la création d’une nouvelle réalité, qui permettra l’ouverture de futures options mettant fin au contrôle d’Israël sur les Palestiniens en Judée-Samarie et garantissant une solide majorité juive dans un Israël démocratique. En d’autres termes, l’objectif du projet est de préparer les conditions de la réalité à deux États, afin de préserver un Israël sûr, démocratique et moral.

Par ailleurs, une sérieuse étude stratégique, menée par l’INSS auprès de l’opinion publique et des professionnels (NDT : personnel politique, armée, organes de sécurité et du renseignement), a mis en évidence l’alternative réaliste qui permettrait à Israël de relever au mieux les défis de l’avenir ainsi que de préserver son caractère démocratique et ses intérêts fondamentaux en matière de sécurité. Cette alternative devra permettre la réalisation de la séparation politique et territoriale d’avec les Palestiniens, dans l’option de « deux États pour deux peuples ».

À la lumière des difficultés auxquelles Israël fait actuellement face pour parvenir à un règlement complet avec les Palestiniens, l’INSS a esquissé un plan, ou feuille de route, ouvrant des possibilités aux futurs compromis et assurant les intérêts essentiels d’Israël. Ce plan, même dans le cas d’une éventuelle disparition du partenaire palestinien pour un accord final, créera une stabilité stratégique pérenne. À partir de là, Israël pourra, à sa guise, mettre en œuvre, de manière progressive et prudente, des solutions politiques supplémentaires.

La feuille de route proposée est élaborée dans le but de parvenir à l’approbation du public israélien, à l’acceptation de la communauté internationale, à l’assentiment des États arabes pragmatiques, et à l’accord des Palestiniens eux-mêmes. Elle reflète la détermination d’Israël à façonner son avenir. Cette esquisse n’offre pas une solution politique finale, mais plutôt un moyen de créer une réalité stratégique améliorée pour Israël, ce qui lui permettra de préserver la plupart de ses intérêts.

Le principal avantage de la présente feuille de route est le principe modulaire qui crée une grande flexibilité. Il permet à Israël de choisir en permanence d’autres modes d’action, en fonction de l’évolution des conditions dans son environnement stratégique.

Principaux points de notre feuille de route :

  1. Réorganisation (NDT : discrétion, furtivité, professionnalisation, …) des moyens de sécurité afin de réduire les frictions avec la population palestinienne. Cette réorganisation maintiendra la liberté opérationnelle d’Israël dans toute la Judée-Samarie. Elle rendra possible une coopération accrue avec les services de sécurité de l’Autorité Palestinienne
  2. Concentrer les intérêts politiques, sécuritaires et territoriaux d’Israël en Judée-Samarie en prévision d’accords futurs. En l’absence de progrès diplomatiques, promouvoir la séparation politique et territoriale d’avec les Palestiniens, en créant les conditions propices à la réalité de deux États. Ces actions amélioreront la situation stratégique d’Israël.
  3. Renforcer la légitimité internationale et régionale d’Israël par le biais d’une coopération sécuritaire, politique et économique avec ses voisins (NDT : États arabes pragmatiques).
  4. Renforcement de la gouvernance palestinienne. À cette fin, avec l’aide de la communauté internationale, des mesures seront progressivement prises afin d’améliorer le fonctionnement de l’Autorité Palestinienne. Outre ces actions politiques, on (NDT : partenariat Israël -Autorité Palestinienne) affectera des terrains au développement économique (NDT : zones d’activités mixtes) et à la mise en place d’infrastructures énergétiques et routières. De manière générale, on aidera à l’édification des fondements d’un État palestinien moderne et pérenne.
  5. Adoption d’une politique de construction différenciée en Judée-Samarie. En raison d’un large consensus en Israël, la construction dans les blocs de peuplement se poursuivra, tandis que la construction dans les implantations isolées sera gelée et le soutien du gouvernement pour leur expansion sera annulé. La question de l’évacuation de ces implantations ne se posera que dans le cadre d’un accord de statut définitif avec les Palestiniens.

Étapes de mise en œuvre de la feuille de route.

Israël déclarera son engagement fondamental en faveur d’une solution à deux États et sera prêt à tout moment à engager des négociations directes en vue d’un accord global. Dans le même temps, Israël commencera à appliquer les principes de la feuille de route sur le terrain afin de promouvoir la séparation d’avec l’Autorité Palestinienne et de mettre fin à son contrôle sur la majorité de la population palestinienne en Judée-Samarie. Afin d’obtenir un soutien international, y compris le soutien arabe, Israël ne se contentera pas d’exprimer sa volonté de négocier, mais sera tenu de présenter un projet d’accord réaliste.

Si les négociations se soldent par une impasse ou échouent, Israël sera en mesure de continuer à faire avancer les grandes lignes du projet et à définir une réalité politique, sécuritaire et civile qui soit stable et pérenne.

La clôture de sécurité marquera également la séparation des futurs intérêts territoriaux d’Israël. La construction dans les implantations isolées situées en profondeur du territoire palestinien, à l’est de la clôture, sera gelée. En outre, Israël déterminera que jusqu’à 20% de la superficie de la Judée-Samarie sont une zone d’intérêt sécuritaire prioritaire (NDT :la majeure partie de celle-ci se trouvant dans la vallée du Jourdain, sites et routes stratégiques compris). Ces 20% resteront sous le contrôle israélien, jusqu’à ce qu’un accord satisfaisant au plan sécuritaire soit trouvé.

Renforcement par Israël de l’Autorité palestinienne

Israël a intérêt à l’existence d’une Autorité Palestinienne opérationnelle, qui soit stable et avec laquelle elle coopère, pour progresser vers une solution politique. Par conséquent, Israël prendra les mesures suivantes pour renforcer l’Autorité Palestinienne :

  1. Israël transférera à l’Autorité Palestinienne les responsabilités sécuritaires de la zone B, à l’instar de celles qu’elle assure actuellement dans la zone A, créant ainsi une continuité territoriale palestinienne (zone A + zone B). Ce territoire unifié servira éventuellement d’infrastructure pour le futur État palestinien avec des frontières provisoires. Cette région couvre près de 40% de la Judée-Samarie et plus de 98% de la population palestinienne.
  2. Israël affectera jusqu’à 25% de la superficie de la zone C de Judée-Samarie au développement d’infrastructures et de projets économiques destinés à encourager l’économie palestinienne. Cette politique économique encouragera le mouvement des populations de la zone B vers la zone C, sous contrôle palestinien. Un effort conjoint avec la communauté internationale sera consacré à la mise en place de projets d’énergie verte et renouvelable, de projets de tourisme, de haute technologie et de construction résidentielle, etc.

Dans un premier temps, Israël ne transférera pas aux Palestiniens la responsabilité sécuritaire de ces zones de développement. Toutefois, ce transfert sera réalisé progressivement, au fur et à mesure des progrès des négociations avec l’Autorité Palestinienne.

  1. La continuité territoriale palestinienne sera renforcée par la mise en place d’une infrastructure de transport public, depuis le nord jusqu’au sud du territoire palestinien. Ceci contribuera à la réduction des frictions entre l’armée israélienne, les habitants juifs et la population palestinienne. Tous ces facteurs aideront au développement économique palestinien.
  2. Afin d’améliorer le niveau de vie des Palestiniens à court terme, un programme économique sera lancé. À long terme, ce programme encouragera l’indépendance économique de la Palestine et permettra la séparation économique d’Israël et de l’Autorité Palestinienne. Pour promouvoir cet objectif, il est recommandé de mettre en place un mécanisme international dédié.

Ces mesures permettront la création d’une entité palestinienne indépendante sur 65% de la rive occidentale du Jourdain. Le restant des zones A et B, soit 10% de la Judée-Samarie, comprenant les blocs d’implantation, sera défini, dans un futur accord avec les Palestiniens, comme stratégiquement vital pour Israël.

Concernant les actions énumérées plus haut, la diplomatie israélienne œuvrera en vue d’une reconnaissance internationale. Israël recherchera, auprès de ces mêmes instances, l’engagement à soutenir son projet d’accord avec les Palestiniens, même en cas d’échec des négociations bilatérales. En outre, Israël exigera le renouvellement des engagements américains, énoncés dans la lettre du président Bush à Ariel Sharon (en 2004). Cette lettre préconisait la mise en place d’un mécanisme international dédié au développement de l’économie palestinienne, ainsi qu’à la lutte contre la corruption, et reconnaissait les arrangements de sécurité vitaux pour Israël.

La problématique de Gaza ne fait pas partie du projet d’accord et, en aucun cas, Gaza ne conditionnera sa mise en œuvre. Quoi qu’il en soit, il est important de concentrer les efforts internationaux afin d’améliorer la situation humanitaire dans la bande de Gaza et de réhabiliter ses infrastructures. En contrepartie, un mécanisme international mettra un terme à l’armement du Hamas et d’autres mouvements terroristes.

Les Palestiniens devront abandonner le dogme du « tout ou rien »

La future réalité créera pour Israël de nouvelles opportunités politiques, recevables par la communauté internationale. Ceci permettra à Israël de promouvoir les arrangements bilatéraux conformes à ses intérêts sécuritaires. Les négociations avec les Palestiniens devront aboutir au principe que « tout point d’accord sera obligatoirement réalisé sur le terrain », ainsi qu’à l’abandon, par eux, du dogme « tout ou rien ».

L’Autorité Palestinienne devra accepter un État aux frontières temporaires. Elle changera son credo politique de « conflit pour la libération de la Palestine » en « conflit territorial entre deux pays », ce qui impliquera un bouleversement des buts de la négociation directe. Dans le cas éventuel de disparition ou d’absence de coopération du partenaire palestinien, Israël, avec l’appui des instances internationales, sera autorisé, de façon unilatérale, à mettre en œuvre les mesures de séparation, compatibles avec ses exigences sécuritaires.

Faisabilité de cette approche

Une étude approfondie, réalisée par l’INSS, a permis de conclure que la situation géostratégique d’Israël permet, à l’heure actuelle, la mise en œuvre de la feuille de route présentée dans cet article. Cette feuille de route rend possible le maintien d’exigences sécuritaires, tout en rendant possible un soutien international et régional. Elle n’inclut pas, dans l’immédiat, l’évacuation des implantations, tout en donnant à Israël une flexibilité politique et tactique (sur le terrain). À tout le moins, le schéma proposé améliore considérablement la réalité présente. Il supprime le dangereux immobilisme actuel, appelé à tort « statu quo ». Cet immobilisme constitue en fait un glissement, sans marche arrière possible, vers un État binational, qui sonnera le glas de la séparation d’avec les Palestiniens. INSS & EG♦

Edouard GrisSource

INSS (Anglais)
INSS (Hébreu)

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Un commentaire

  1. Tres joli. Et fantasmatique comme d’habitude. Depuis Oslo, les idees , feuilles et plans se succedent et toubillonent comme feuilles mortes en automne.
    Pessimiste ?
    Ben , il y a de quoi depuis Oslo et son echec.
    Pour la simple raison qu’Israel n’a pas a faire a des asiatiques ou des amerindiens ou des africains. Avec n’importe qui d’autre au monde , un terrain d’entente depuis longtemps aurait ete trouve.
    Avec nos chers voisins , tout ce qu’on pourra proposer sera rejete parce que non exige par eux memes et donc non presentable comme une victoire.

    Et puis , quoi avec Jerusalem ? quoi avec  » le droit au retour » ?

    Le monde, occidental en particulier, ne sait pas de quoi il parle quand il exige un accord de paix.

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