Singapour la ville État et Israël l’État Nation

Singapour.jpgDe votre envoyée spéciale à Singapour,

Liliane Messika

Lorsqu’un(e) sioniste obsessionnel(le) débarque à Singapour, la première chose qui le/la frappe, après la chaleur tropicale humide, mais avant le jetlag paralysant, c’est qu’il existe donc un pays plus petit, beaucoup plus petit qu’Israël : Singapour = 719 km2, Israël = 20.000 km2.

Puis le touriste est happé par la luxuriance botanique et architecturale, aussi se met-il vite en mode « oh » et « ah » et range-t-il son esprit analytique dans son sac à dos, avec la carte de la ville, le K-way (indispensable : mousson), la bouteille d’eau (planquée : il est interdit de manger ou boire dans le métro sous peine d’une amende de 500$) et le mini sac plastique-poubelle (perdre son mouchoir dans la rue peut vous valoir une amende de 1000$).

Économiquement comparables mais politiquement très éloignés

Une blague cyclique refait de temps en temps son apparition chez les anciens des mouvements de jeunesse socialistes-sionistes (oui, les deux : à l’époque nul ne trouvait à redire dans l’association du socialisme et du sionisme !) : « Comment faire une petite fortune en Israël ? » Réponse : « En arrivant avec une grande ».

A Singapour, c’est l’inverse : petit dragon est devenu grand, à l’instar, voire plus vite que ses frères et sœurs, Taiwan, Hong Kong et la Corée du sud. Singapour, comme Israël, se caractérise par une croissance dynamique, l’absence de corruption, des prix stables, des incitations à l’entrepreneuriat, l’absence de matières premières compensée par l’abondance de matière grise, une industrie du High Tech et de l’armement de pointe…

En 2017, le Forum Mondial de l’Économie a classé Singapour 3ème mondiale (sur 137 pays notés) en termes de compétitivité. Israël est 16ème. Et la France, alouette ? La France est 22ème.

Singapour est une démocratie (très) imparfaite : 69ème sur 167 pays étudiés, ex-æquo avec la Tunisie, au score de 6,32/10. Israël est dans la même catégorie, mais beaucoup mieux noté (30ème avec 7,79/10), pratiquement à égalité avec la France (29ème avec 7,8/10). Les USA font mieux : 21èmes mondiaux avec 7,98/10.

Le saviez-vous ? Il n’y a que 19 vraies démocraties dans le monde : 1ère, la Norvège, 9,87/10, 2ème l’Islande (9,58), 3ème la Suède (9,39) (source : The Economist).

Le peuple et la nation d’un côté, le multiculturalisme de l’autre

Une ville-état n’est pas un État-nation et la loi mosaïque[1] n’est pas une mosaïque de lois.

Singapour a une population issue de différentes vagues d’immigration : 75% de Chinois, 13% de Malais, 10% d’Indiens et 3% d’Européens amalgamés (oups !) sous le terme : « autres ». Les cartes d’identité singapouriennes comportent une ligne indiquant la « race », critère fondamental de l’organisation sociale. Personne ne trouve à y redire, ni les dirigeants, ni les dirigés. Pourquoi, alors, la bronca mondiale contre Israël qui, dans sa loi État-nation, se contente de reprendre les termes de sa propre définition par l’ONU ? C’est une bonne question, vous avez bien fait de la poser.

Le premier Premier ministre et fondateur de la République singapourienne, Lee Kuan Yew, a dès l’origine, pris les devants pour faire du multiculturalisme une opportunité et non le handicap qu’il est devenu dans nombre de pays occidentaux.

Afin de mener son pays « du tiers monde au premier monde en l’espace d’une génération », comme l’apprennent les écoliers, il a mis en place des quotas représentatifs de la population globale par quartiers et même par immeubles, mais aussi en termes de représentation dans les espaces publics et au Parlement. Le tout est pondéré avec la religion selon un algorithme à la recette aussi secrète que celle du Coca Cola : les Chinois sont censés être confucianistes, les Malais musulmans et les Indiens, hindouistes ou bouddhistes. Dans les faits, d’après le plus récent recensement (2017[2]), 33,1 % des Singapouriens sont bouddhistes, 18,8 % musulmans, 14,9 % chrétiens (dont 6,5% de catholiques), 11 % sont taoïstes, 5 % hindouistes, 0,6 % juifs et 18,4 % sont athées. Les jours fériés sont fixés au prorata des principales fêtes des différentes religions (les athées sont frustrés, évidemment !)

Si en Israël, l’hébreu est la seule langue officielle, l’arabe a toujours eu une place privilégiée, à laquelle la nouvelle loi État-nation n’apporte aucune modification. Mais pour que ses opposants s’en rendent compte, encore eût-il fallu qu’ils la lisent !

Les langues officielles de Singapour sont l’anglais, le mandarin et le malais, le premier ayant été choisi par Lee Kuan Yew pour ne pas faire de jaloux : tous les citoyens étaient égaux devant l’apprentissage, dès la maternelle, d’une langue qui s’ajoutait, sans s’y substituer, à celle de sa « race ». Il s’agissait à l’origine d’éviter de favoriser une ethnie par rapport à une autre, tout en créant, à l’inverse, une union nationale.

Pour entrer en CP, les petits Singapouriens doivent savoir parler, lire et compter dans les trois langues.

Face à l’Europe calcifiée dans le politiquement correct et le déni de la réalité, Singapour et Tel Aviv brillent du feu d’artifice des potentialités qu’elles offrent à ceux qui se lèvent tôt.

Israel Drapeau OmarLa première a mis en place un processus d’immigration sélective qui privilégie la qualité des candidats, dont la valeur ajoutée intellectuelle doit correspondre aux critères définis par Lee Kuan Yew, pendant ses 31 ans au pouvoir (1959-1990) : « l’entreprenariat, l’innovation, la compétitivité et le travail d’équipe. » Tout est fait pour attirer les meilleurs. Et ça marche : il y a plus de demandes de jeunes gens brillants issus des meilleures universités du monde que d’offres de la ville-état. Singapour a longtemps compté la plus forte concentration de millionnaires au prorata de sa population, avant Hong Kong, la Suisse et deux monarchies pétrolières. Combien d’entre eux étaient des « riches cons » à qui l’on avait dit « casse-toi » ?

Il y en a aussi un grand nombre en Israël, qui ont compris qu’il valait mieux « se casser » avant que la casse soit physique et définitive dans la patrie des droits de l’homme, où l’on pleure les victimes de l’antisémitisme que l’on n’a pas protégées avec des nounours et des bougies. Israël accueille les Bac+10 avec autant d’enthousiasme que nous accueillons les Bac-10 et il leur offre toutes les facilités pour développer des projets audacieux. C’est une des choses qui expliquent un dynamisme et une croissance dont l’Europe en général et la France en particulier ont perdu jusqu’au souvenir.

A l’inverse de Singapour, Israël est par définition la patrie du peuple juif, donc mono-culturel, d’une culture et d’une histoire faites, depuis l’an 70 de notre ère, de persécutions qui ont culminé en un génocide. De ce fait, « le droit au retour » s’applique automatiquement à tous les Juifs qui le demandent, d’où qu’ils viennent, le critère pour les accepter étant celui qu’Hitler avait choisi pour les exterminer : avoir un grand-parent juif.

Cela n’empêche pas de nombreux non-juifs de vouloir immigrer dans l’État hébreu, mais ils doivent alors passer par les fourches caudines d’une immigration ordinaire.

Le pays a dû absorber 800.000 Juifs chassés de pays arabo-musulmans l’année même de sa création, puis un million de Juifs russes au moment de la perestroïka et sa réputation de start-up nation attire chaque jour les jeunes entrepreneurs du monde entier.

Libéralisme à double face, mais identité de profils

Les analystes s’accordent à dire que la ville-état pratique le libéralisme économique sans le libéralisme politique, alors que l’État juif, additionne les deux dans des excès souvent autodestructeurs.

Singapour, « démocratie imparfaite » selon des critères définis pour tous les pays, n’a cependant aucun complexe à se voir taxée de « dictature soft », alors que l’ostracisme systématique auquel l’État juif est en butte depuis sa naissance le blesse, à juste titre, puisqu’il a des conséquences dramatiques en interne comme en externe, notamment pour les Juifs de la diaspora.

Singapour et Israël partagent deux autres faiblesses que l’une et l’autre ont transformées en opportunités : le manque d’eau et l’environnement hostile.

Singapour ne possède aucune source naturelle et son accès à l’eau a toujours été contesté par son voisin malaisien. Bien que la ville-état ait, depuis 1962, signé un accord lui permettant de puiser dans un fleuve malais en échange de la fourniture d’eau traitée en retour, Singapour a accéléré la R&D, qui lui a permis d’accéder à trois « robinets nationaux » : l’eau de pluie, l’eau recyclée et l’eau de mer désalinisée.

Israël dépend essentiellement pour son eau potable du lac de Tibériade et d’une nappe aquifère peu abondante, toutes deux contestées par tous ses voisins… et par « l’opinion internationale » qui trouve là une énième occasion de se mobiliser pour compliquer la vie de l’État juif. C’est ainsi que, nécessité faisant loi, il est devenu le leader mondial des techniques de gestion, recyclage, irrigation et désalinisation de l’eau au point que, malgré son climat aride, il exporte d’importantes quantités du précieux liquide.

L’environnement hostile, lui aussi, a contribué à une course à l’excellence et à l’autosuffisance.

Israël a aidé Singapour, coincée entre deux pays musulmans prosélytes et agressifs, la Malaisie et l’Indonésie, à se fournir en armes et à en former les troupes.

La Tour Eiffel de Singapour s’appelle Marina Bay Sands

Son image est aussi emblématique de la ville-état que la vieille dame de fer l’est de la ville-lumière et elles représentent toutes deux un ensemble de prouesses technologiques et architecturales.

Le Marina Bay Sands est un hôtel constitué de trois tours de 57 étages surmontées d’une plateforme de 140 mètres de long en forme de bateau, dont la proue est un jardin et le pont est occupé par la plus longue piscine à  débordement du monde, longée par plusieurs restaurants panoramiques (voir ici).

L’architecte à l’imagination intergalactique et à la technologie supersonique qui l’a conçu et réalisé s’appelle Moshe Safdie, il est né à Haïfa en Israël. Est-ce une autre preuve de la proximité entre Singapour et Israël ? Ou bien tout simplement entre la « Israeli touch » et l’avenir : Safdie est en train de construire en Chine une ville verticale constituées de huit tours futuristes qui symbolisent une flotte d’anciens navires chinois, avec leurs énormes voiles blanches gonflées au vent (voir ici). A tomber par terre en se rattrapant aux mâts ! LM♦

Logo Liliane Messika[1] Loi mosaïque, comme « loi de Moïse », pas comme la céramique en petits morceaux
[2] https://www.singstat.gov.sg/find-data/search-by-theme/population/religion/visualising-data

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2 commentaires

  1. Et voilà un article qui nous fait voyager ou revivre ces images que nous avons vues en arrivant dans cette cité état qu est Singapour. Un sujet bien différent de ceux auxquels vous nous avez habitués, mais toujours là même acuité visuelle, d une regard qui sait se placer sous un angle original, complètement libre…

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