Les États-Unis continuent de ne pas comprendre la culture arabe

mosquée.jpgTraduction et adaptation par Edouard Gris

Chronique d’un échec annoncé

Les informations faisant état de l’intention américaine de tenter de rattacher Gaza à Ramallah (Autorité Palestinienne) indiquent qu’ils n’ont pas encore compris qu’au Moyen-Orient, on peut déclarer une chose et avoir des arrière-pensées complètement différentes.

Le Yediot Aharonoth nous a informés, cette semaine, que Jason Greenblatt, envoyé spécial du Président Trump au Moyen-Orient, avait déclaré que les Américains ont l’intention de rattacher la bande de Gaza à l’Autorité Palestinienne. S’ils y parvenaient, ce serait un élément important du plan de paix américain, que l’administration prépare depuis plus d’un an.

Ceux qui incluent l’unification de Gaza à la Judée-Samarie dans le plan de paix ont apparemment été très influencés par les déclarations des porte-paroles palestiniens, qui, du Hamas à l’Autorité Palestinienne, parlent jour et nuit de la nécessité de réunir les « deux parties de la patrie ». Les sondages d’opinion menés par l’Autorité Palestinienne montrent également que la rue arabe, à Gaza comme en Judée-Samarie, est favorable à une réunification, qui a été stoppée lorsque le Hamas a pris le contrôle de Gaza en juin 2007.

Compte tenu du consensus palestinien concernant la réunification, les Américains ont cru comprendre que c’était la volonté du Palestinien de la rue comme des dirigeants. Par conséquent, cette idée a été introduite dans le plan, afin de la faire accepter les Palestiniens. Or, l’O.L.P., le Hamas et les organisations palestiniennes ont annoncé, d’emblée et à l’unanimité, qu’ils rejetaient le plan de Greenblatt. De plus, celui-ci a également déclaré que « Netanyahu devra prendre des décisions difficiles », et qu’Israël accepte la réunification de Gaza et la Judée-Samarie.

Source : le site « MIDA » (la mesure) est un site israélien alternatif, qui diffuse des informations ou tribunes critiques à l’égard aussi bien du discours dans les médias que de l’opinion publique israélienne.
Article original

Professeur Mordekhaï KEDAR
18 octobre 2018

Quelle est la valeur des déclarations palestiniennes ?

Par conséquent, si les Palestiniens et les Américains sont d’accord pour la réunification, où est le problème ? Pour quelle raison les Palestiniens rejettent-ils ce plan dans sa globalité, alors qu’il inclut leur vœu commun, à savoir la réunification de la Judée-Samarie avec Gaza ? La réponse est liée à un « petit détail » de la culture moyen-orientale, à savoir la valeur de la parole en Orient par rapport à sa valeur en Occident.

Dans la culture occidentale, la parole d’un individu a une valeur morale, engageant les deux interlocuteurs : celui qui délivre la parole et celui qui la reçoit. Par exemple, si je dis que je suis d’accord avec mon interlocuteur, cela signifie que j’ai écouté, entendu, compris et accepté ses propos. L’Occident fait confiance à l’orateur, car il a la liberté de dire sans crainte ce qu’il a sur le cœur.

Au Moyen-Orient, en revanche, toute déclaration comporte trois niveaux : le niveau supérieur apparent qui est « paroles verbales » ; le niveau intermédiaire : ce que l’orateur tente de faire comprendre à l’autre ; et le niveau inférieur : ce que l’orateur occulte dans ses propos. L’auditeur averti écoute les déclarations et, pour réellement comprendre, il doit décoder à travers les trois niveaux les réelles intentions de son interlocuteur.

Par conséquent, quand un politicien palestinien de l’O.L.P. ou du Hamas déclare qu’il faut « unifier Gaza et la Cisjordanie », en réalité il dit : « Je sais que la rue palestinienne le veut, et je dis ce que la rue veut entendre. » En disant cela, il dissimule son intention d’empêcher cette unification. Ses paroles masquent également sa détermination à faire endosser par l’autre partie la responsabilité de la poursuite de la scission.

Ni oubli ni pardon

L’union entre la Judée-Samarie et Gaza ne peut pas se faire car il s’agit de deux entités complètement différentes par leur culture, leur langue et leur mode de pensée. La langue arabe de Gaza est un dialecte bédouin dérivé de l’arabe parlé en Arabie saoudite. Tandis que l’arabe de la Judée-Samarie est un dialecte lié à la langue parlée en Syrie. La langue n’est pas uniquement un moyen de communication, elle exprime également la culture : Gaza baigne dans la culture bédouine, c’est-à-dire des nomades, tandis que la culture de la Judée-Samarie s’apparente une culture de fellahs et de citadins, c’est-à-dire des sédentaires.

Le pouvoir en place à Gaza, le Hamas, est une organisation religieuse qui reflète la nature de la population. En revanche, l’O.L.P., qui contrôle l’Autorité Palestinienne, est une organisation politique avec un agenda laïc qui exprime le caractère de la population arabe de Judée-Samarie – excepté la région du mont Hébron dont les habitants sont plus religieux.

Par conséquent, la division entre Gaza et la Judée-Samarie n’est pas seulement politique, mais découle de vastes différences culturelles entre deux populations qui n’ont jamais vécu ensemble, à l’exception de la courte période entre la création de l’Autorité Palestinienne en 1994 et la prise de pouvoir sanglante par le Hamas en 2007, soit seulement 13 ans dans l’histoire de la région.

Pour mieux comprendre l’antagonisme entre l’O.L.P. et le Hamas, il suffit d’examiner le langage utilisé par les uns contre les autres. Ce sont les pires injures de la langue arabe : « traîtres », « collabos d’Israël », « vendu, corrompu », « suceurs de sang », et de nombreuses autres expressions du même genre.

Réconciliation de dupes

La colère, et la colère mutuelle, joue un rôle prépondérant : les membres du Hamas se souviennent bien des terribles tortures qu’ils ont subies dans les geôles de l’Autorité Palestinienne. Les membres de l’OLP, pour leur part, n’oublient pas la façon dont le Hamas a exécuté en 2007 les forces de sécurité palestiniennes à Gaza, sous les yeux de leurs familles. Au Moyen-Orient, où la loi de la tribu prime, on n’oublie pas et on ne pardonne pas, et ce de génération en génération. On attend, patiemment, le bon moment pour accomplir une vengeance par le sang, qui rendra à la victime sa dignité.

Les dirigeants d’Israël, à l’époque, Pérès, Beilin et Rabin, avançaient naïvement l’idée que l’O.L.P., toute problématique qu’elle soit, deviendrait un mouvement de paix et qu’elle constituait une réponse politique face au Hamas. Et que, le temps venu, l’OLP « s’occuperait à sa manière » du Hamas, sans la Haute Cour de justice et sans l’ONG B’Tselem ».

L’opinion mondiale a reçu avec satisfaction la position conciliante d’Israël face à l’Autorité Palestinienne. Le Hamas, en revanche, est violemment opposé aux accords d’Oslo. Il considère que l’O.L.P. s’est complètement fourvoyée en signant ces accords et que, par là- même, elle a fourni à Israël une « police d’assurance » sur l’avenir. Selon l’idéologie du Hamas, l’État d’Israël doit être rayé de la terre sacrée de Palestine, promise aux seuls musulmans.

Mahmoud Abbas a été victime d’une tentative d’assassinat, lorsqu’il s’est rendu pour la première fois à Gaza après son accession à la Présidence de l’Autorité Palestinienne. La balle mortelle l’a manqué de peu et a tué l’un de ses gardes du corps. Il y a quelques mois, il a envoyé son Premier Ministre et le chef des services de sécurité de l’Autorité Palestinienne à Gaza. Quelques centaines de mètres après le poste de contrôle d’Erez, une bombe placée au bord de la route en territoire gazaoui a explosé, ratant d’un cheveu le convoi des dignitaires de l’Autorité.

À cause des désaccords, divergences et conflits, depuis que le Hamas a pris le contrôle de Gaza, le divorce entre Gaza et la Judée-Samarie est consommé. Malgré des centaines de réunions et conférences entre les deux protagonistes, malgré la signature de dizaines de protocoles d’accord, jamais les deux frères ennemis n’ont pu arriver à un traité de réconciliation. Il est possible qu’à l’avenir, il y ait un autre « accord de réconciliation », mais il n’y aura pas de véritable alliance, car les parties ont, depuis longtemps, dépassé le point de non-retour.

La raison de l’échec annoncé

Il reste à déterminer pour quelle raison Jason Greenblatt a décidé d’inclure dans le « deal du siècle » (plan de paix américain) l’unification de Gaza et de la Judée-Samarie. Il semble penser, comme la plupart des Américains, que les déclarations des Palestiniens reflètent leurs réelles intentions.

Les Américains n’imaginent pas qu’au Moyen-Orient, on puisse dire une chose et penser son contraire. Ils sont, malheureusement, incapables d’appréhender la duplicité des interlocuteurs palestiniens, et de décoder leurs intentions cachées. C’est probablement la cause fondamentale des échecs de tous les projets américains et israéliens de résolution du conflit israélo-palestinien : Américains et Israéliens se conduisent en Occidentaux, alors que les Palestiniens et leurs frères arabes agissent conformément aux coutumes moyen-orientales.

Edouard GrisTant qu’Israël n’intégrera pas la culture des Arabes et les méandres de leur pensée, jamais il ne signera une paix véritable avec ses voisins. MK&EG♦

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2 commentaires


  1. https://polldaddy.com/js/rating/rating.jsAvis interessant mais fort peu exact.
    En premier, il est faux de pretendre que l’Olp ne veut pas d’unification avec Gaza, en raison des differences ethniques. L’Olp et Abbas veulent eliminer le hamas, et le hamas reve d’occire l’olp. Guerre de gangs, et c’est tout.
    Deux, je ne crois pas que les dirigeants americains et occidentaux n’aient pas appris avec le temps la mentalite de chouk moyen oriental et savoir composer avec. Alors meme si l’unification des 2 parties Gaza et Autonomie parait bien lointainne , le fait est que l’une sans l’autre n’est viable sans aides massives de l’etranger. Aides qui ne peuvent etre eternelles. D’ou le refrain habituel sur l’unification.

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  2. Belle analyse ! Pour ma part et de manière plus basique je pense que la géographie de Gaza empêche de fait son inclusion à un “état palestinien”…Quant aux Égyptiens de qui ils seraient les plus proches culturellement et géographiquement et qui offre sans doute la solution la plus évidente ils n’en veulent pas plus que les Israéliens….Reste la solution d’en faire un territoire autonome mais je ne vois pas les Israéliens pas plus d’ailleurs que l’Olp l’accepter…Bref au final un problème quasi insoluble à régler d’autant que la surpopulation du territoire est une menace permanente pour ses voisins.

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