Attentat à Melbourne : c’est l’islamisme, pas un fou solitaire

Sunday times AU 1x1.jpgDe votre envoyée spéciale à Melbourne,
Liliane Messika

Melbourne a été, en 2016, classée la ville la plus agréable à vivre au monde. Aujourd’hui, elle est toujours dans les dix premières, notamment parce qu’elle est un carrefour où se croisent, s’acceptent et se complètent de nombreuses cultures.

Dans la rubrique « art de vivre », le centre-ville offre pléthore de restaurants. Il y en a pour tous les goûts, pour toutes les bourses et pour tous les publics, ce qui ravit non seulement les deux millions d’habitants, mais aussi les touristes venus de tous les coins de la planète.

Jeudi soir (8 novembre), nous avons dîné, sur Bourke Street, dans un délicieux italien. Nous y avons été servis par un jeune Français qui nous a raconté sa joie de vivre dans une ville aussi chaleureuse et tolérante. Dans la plupart des restaurants, nous avons rencontré des serveurs heureux, gagnant largement leur vie dans le Queensland, la Nouvelle Galle du Sud et Victoria, alors qu’ils galéraient comme décorateur à Bordeaux ou spécialiste marketing à Paris. Mais le bien-être des Français en Australie est un tout autre sujet.

Art de vivre australien et frénésie de meurtre islamiste

Vendredi 9 novembre 2018, vers 16 heures, un homme a arrêté son camion plein de bonbonnes de gaz sur Bourke Street, très fréquentée à l’entrée du weekend. Il a mis le feu au véhicule et, armé d’un poignard, il s’est précipité sur des promeneurs. Il en a tué un et blessé trois autres avant d’être maîtrisé par des passants et des policiers, qu’il a violemment agressés. L’un d’entre eux a fini par l’immobiliser en lui tirant une balle dans la poitrine. Le terroriste, un immigré somalien nommé Hassan Khali Shire Ali, est décédé à l’hôpital.

En France, où ces « incidents » (pas « attentats ») sont malheureusement devenus monnaie courante, on aurait tu le plus longtemps possible le patronyme de l’assassin et le préfet aurait aussitôt déclaré que « l’individu avait des antécédents psychiatriques » et que, de surcroît, « rien ne permet de conclure à un motif terroriste. »

Les Australiens ont un immense avantage par rapport aux citoyens du vieux monde : ils croient ce qu’ils voient. Ils ont vu un homme d’une trentaine d’années, portant la longue barbe caractéristique de l’islam intégriste, connu des services de l’ASIO (le service de renseignements australien). Ils l’ont vu faire exploser un camion et tenter de poignarder des passants au hasard. Ils ont appris que Hassan Khali Shire Ali se trouve avoir un frère jihadiste de 21ans, qui attend en prison d’être jugé pour avoir planifié un attentat sur une place melbournienne très fréquentée lors du réveillon du Nouvel An 2018.

Gros titres pleins de gros mots absents de la presse française

Le lendemain de l’attentat, les principaux quotidiens australiens en faisaient leur Une. Le Herald Sun titrait « Terrorisme sur Bourke Street » [Terror on Bourke Street], The Australian : « Un violent attentat terroriste frappe Bourke Street à Melbourne » [Violent Islam terror attack strikes Melbourne’s Bourke Street] et le Weekend Australian : « L’islam guerrier frappe Bourke Street » [Violent Islam strikes Bourke Street].

Tous les médias, ici, appellent un chat un chat et un terroriste un islamiste. Tous les hommes politiques, de quelque bord qu’ils soient, diagnostiquent le jihad et félicitent « les héroïques passants » (l’un armé d’un caddie de supermarché, l’autre d’un cône de stationnement interdit) et « les courageux policiers » qui sont venus à bout de l’agresseur.

Malgré sa politique extrêmement rigoureuse d’immigration sélective, l’Australie constate qu’elle n’est pas épargnée par la vindicte de ceux qui haïssent la vie, la musique et le bonheur, toutes choses que l’on trouve en abondance « Down Under », là-bas tout en bas de la planète.

Dimanche 11 novembre, sous le titre « Notre mode de vie est en danger », le Sunday Times rapportait les paroles du Premier ministre Scott Morrison : « Ici en Australie, nous nous manquerions à nous-mêmes si nous ne disions pas clairement que la plus grande menace de l’extrémisme religieux dans ce pays est l’idéologie radicale et dangereuse de l’islam extrémiste. (…) Les chefs religieux ont la responsabilité particulière de protéger leurs communautés et de veiller à ce que des idéologies et des enseignements dangereux ne prennent pas racine ici.[1]»

Par rapport aux mises en plis bien laquées de nos politiciens français, qui nient le fait terroriste et son substrat islamiste, ça décoiffe !

Qu’est-ce qui fait la différence ?

Les Français ont toujours eu l’habitude de considérer avec condescendance les Américains : ils n’avaient ni notre culture ni notre subtilité. Depuis que leur 45e Président a prêté serment, nous sommes soulagés : l’élection de Trump prouve que nous avions raison. Les Français étaient Obamaniaques, mais ils réussissaient à dissocier le Président noir (donc parfait) des Américains qui l’avaient élu (qu’ils continuaient d’accuser de racisme ontologique).

Way of life 2 AU.jpgNous avons ré-initié avec soulagement notre logiciel Intello.Droitsdelhommiste.2 et voyons en eux des rustiques dotés d’un logiciel de calculette.

Eh bien les Australiens, c’est pire ! Nul doute qu’à la terrasse des Deux Magots ou du Flore, leur simplicité, leur bon sens et leurs pieds sur terre leur vaudraient un mépris écrasant. Mais quel repos pour l’âme de côtoyer des citoyens aimant leur pays d’amour, pour qui « valeurs » est un mot qui désigne réellement ce qu’il signifie : honnêteté, patriotisme, courage, bienveillance, travail, mérite…

Un chat est un chat et un assassin au nom d’Allah un terroriste islamiste

Down Under, quand un salaud viole une femme, on ne lui cherche pas d’excuse, il est coupable, pas « victime du système », de la pauvreté ou du manque de perspectives. Et quand un islamiste se rue sur des passants pour les poignarder, nul ne propose de le priver de sa haine. À l’inverse, sur Bourke Street, pendant que le policier menacé répétait les sommations trois fois, comme le préconise son manuel, les civils lui criaient « Shoot him ! » (Tirez !)

Un observateur objectif[2] en conclurait que les Australiens ont trouvé le bon sens que les Européens avaient perdu… ou seulement égaré ? Il n’est peut-être donc pas impossible qu’ils reprennent leurs esprits et retrouvent le reste ?

On a du mal à l’espérer quand on observe une autre opposition : à Cannes, ce qu’on a appelé « courage » et célébré comme tel était une starlette s’exhibant au Festival vêtue d’une robe noire et levant une pancarte[3], alors qu’à Melbourne, le courage correspond à la définition du dictionnaire, c’est celui de citoyens, civils et policiers unis, qui se sont opposés physiquement à un terroriste armé.

La presse australienne habite la même planète que ses lecteurs

En France, les journalistes, tous médias confondus, vivent en autarcie incestueuse avec les politiques : ils parlent la même langue (la novlangue décrite par George Orwell dans 1984), ils fréquentent les mêmes lieux, se marient entre eux, mettent leurs enfants dans les mêmes écoles (privées), partagent les mêmes opinions. Cela fait d’eux une caste à part, qui n’a aucun contact avec le commun des mortels. Les citoyens, ils les méprisent au point de les appeler : « les anonymes ». Car pour cette élite autoproclamée, les noms qui ne sont pas célèbres ne sont pas tout simplement pas des noms !

En Australie, le hiatus entre politiques, journalistes et le public n’apparaît pas aux yeux des étrangers. S’il existe, il n’est certainement pas aussi criant qu’au pays des Droits de l’homme. Les journalistes sont conscients de la réalité de leurs lecteurs, auditeurs et téléspectateurs, car ils vivent la même. Quant aux politiques, ils savent qu’ils devront respecter les lois qu’ils édictent et qu’ils sont au service de leurs électeurs, plutôt que membres d’un club de privilégiés à qui le droit commun ne s’applique pas (suivez mon regard).

Est-ce dû à l’insularité ou au fait que 20% d’entre les Australiens descendent de bagnards ? Les sociologues sont beaucoup moins nombreux qu’en France (surtout au prorata de la population globale), aussi nul n’a encore dépensé un budget à étudier cette intéressante question.

Le courage se démontre, il ne se décrète pas

Le supplément du weekend de The Australian daté du samedi 10 novembre 2018 célèbre le centenaire de la fin de la Première Guerre mondiale avec une « Histoire du courage », qui retrace la vie de cent soldats qui ont mérité la Victoria Cross (la plus haute distinction militaire), pendant tous les conflits qui sont advenus au cours de ces cent ans, Afghanistan inclus.

Imagine-t-on le cahier central d’un quotidien français titrant sur des soldats héroïques, a fortiori des militaires ayant participé à ce que nos professeurs de savoir-dire considèrent comme des guerres coloniales ? La question n’est pas rhétorique et la réponse est franchement négative.

Le problème réside dans le diagnostic, pas dans le médicament

Aucun média australien n’a titré sur l’attentat islamiste du 9 novembre sans nommer l’acte lui-même et sa motivation. Les hommes politiques de tous les bords ont agi dans le même sens avec un unanimisme que les Germanopratins ne manqueraient pas de disqualifier en « premier degré ».

Mais parions que les Australiens viendront à bout du mal longtemps avant la vieille Europe, si celle-ci réussit à y survivre, ce qui est peu probable. Leur arme la plus efficace aura été le bon sens, qui leur fait voir le coupable dans celui qui tue et la victime dans celui qui est tué : ils n’ont ni Syndicat de la magistrature ni « mur des cons », cela les aide à voir les choses telles qu’elles sont et non telles que l’élite les rêverait.

Si nous voulons gagner la guerre contre le terrorisme islamiste, il nous faudra nous faire violence en nous débarrassant du terrorisme intellectuel qui veut nous obliger à craindre « l’amalgame » contre ceux qui ne sont pas menacés et à « refuser notre haine » à ceux qui la méritent.

C’est là que le hiatus entre « l’élite » politico-médiatique et le peuple est le plus profond. C’est aussi ce qui expliquera probablement le succès croissant d’une « extrême droite » (tout ce qui n’est pas à la gauche du défunt PS), un succès dont seront responsables ceux qui le redoutent le plus.

Oups ! « Responsable », quel mot grossier ! La France s’enorgueillit de l’héritage du Cardinal de Retz : « On ne sort de l’ambiguïté qu’à ses dépens », maxime qui a inspiré l’historique « responsables mais pas coupables. »

Continuons donc à honorer nos assassins de notre chaude compassion et leurs victimes de notre mépris glacial. Nous n’y survirons pas, mais quelle belle leçon d’humanité nous espérons donner au reste du monde ! Sauf que la pièce a déjà été jouée au théâtre du Petit-Bourbon, il y a 359 ans presque jour pour jour (le 18 novembre 1659). Les Précieuses ridicules ont obtenu un succès considérable. Elles sont toujours d’une troublante actualité. LM♦

[1] Here in Australia, we would be kidding ourselves if we didn’t call out the fact that the greatest threat of religious extremism in this country is the radical and dangerous ideology of extremist Islam. (…) There is a special responsibility on religious leaders to protect their communities and ensure dangerous teachings and ideologies do not root here.
Logo Liliane Messika[2] Vérifiez le sens de ce mot dans un dictionnaire, car il n’est jamais employé à bon escient dans la presse.
[3] « L’actrice a courageusement brandi une pancarte où il y a écrit : “Stop the attack on Gaza !!” » s’est extasié Le Huffington Post à l’époque (Mai 2018).

Publicités

Un commentaire

  1. Depuis hier, une pluie de roquettes s’est abattue dans le sud, faisant morts et blessés graves parmi les civils.
    La starlette à la pancarte doit être tout retournée à l’idée que l’État hébreu riposte de façon disproportionnée.
    Comme dit un de mes amis, le problème n’est pas que Tsahal est l’armée la plus morale au monde, mais que c’est la seule armée qui participe à ce concours.

    J'aime

Laisser un commentaire. Il sera visible dès sa validation.

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s