Affaire Al-Dura : conclusions officielles israéliennes(Mai 2013)

Par Edouard Gris

Al Dura.jpgL’affaire Mohamed Al-Dura, qui, en septembre 2000, émut profondément la communauté juive de France, et qui, en miroir, n’intéressa que peu ou pas, les médias « mainstream » nationaux, fut le point de départ -bientôt deux décennies- d’une ère d’antisémitisme et de délégitimation de l’État d’Israël, laquelle perdure encore aujourd’hui. Elle eut aussi des conséquences sanglantes, car elle constitua le point de départ de la deuxième Intifada qui causa la mort de 1010 Israéliens et de 3179 Arabes palestiniens. Après plus d’une décennie d’indifférence, et à la suite des actions de lanceurs d’alerte français et israéliens, ainsi que de quelques associations et journalistes des deux pays, le gouvernement d’Israël se décida à constituer une commission d’enquête gouvernementale. Voici ses conclusions officielles rendues publiques au mois de mai 2013.

Dans ces conclusions, la commission pointe la légèreté de « France 2 », qui, à ce jour, ne reconnaît toujours pas sa responsabilité dans l’histoire sanglante du début du vingt et unième siècle en Israël et en Judée-Samarie. (EG)

Rapport original (hébreu)

Conclusions du rapport

Le reportage a été diffusé pour la première fois à la télévision française, sur la chaîne publique « France 2 » le 30 septembre 2000. Ce fut le point de départ de l’affaire Al-Dura. Dans cette émission, « France 2 » prétendait qu’un enfant palestinien du nom Mohamed Al-Dura et son père avaient été pris pour cible et tués par les balles provenant d’un avant-poste israélien.

Les médias internationaux se sont empressés de diffuser ce reportage dans le monde, en adoptant la thèse du journaliste de « France 2 », Charles Enderlin. Le commentaire du journaliste pointait clairement la responsabilité israélienne. Le reportage a eu un impact immédiat sur la réputation internationale d’Israël et a attisé les flammes de la terreur et de la haine[1]. Depuis ce jour, ce reportage a été utilisé pour justifier le terrorisme, l’antisémitisme et la délégitimation de l’État d’Israël.

Les échos du reportage Al-Dura, et les accusations portées contre Israël, ainsi que le comportement des médias occidentaux et de leurs journalistes sur place, ont jeté un éclairage fallacieux sur les actions israéliennes contre des organisations terroristes.

Dans le même temps, un examen critique et une enquête sur le reportage Al-Dura ont montré qu’un certain nombre d’éléments-clés de l’histoire sont faux, tandis que d’autres détails sont hautement discutables. Certains espéraient que l’affaire Al-Dura s’éteindrait d’elle-même et que les dégâts causés par cette affaire diminueraient, mais aujourd’hui, on peut affirmer que cet espoir ne s’est pas concrétisé.

À la lumière des conséquences néfastes persistantes de cette affaire, le Premier Ministre Benjamin Netanyahu, le Vice-Premier Ministre et ministre des Affaires stratégiques, Moshe Ya’alon, ainsi que des conseillers indépendants ont mis en place une commission d’enquête gouvernementale en septembre 2012.

Cette commission avait pour mission d’examiner l’évènement à la lumière des dommages causés actuellement à Israël et de formuler la position du gouvernement israélien à ce sujet. La commission d’enquête était composée de représentants du bureau du Premier Ministre, du ministère des Affaires étrangères, du ministère des Affaires stratégiques, du ministère de l’Information et des Affaires de la diaspora. Elle a reçu le concours du porte-parole de Tsahal et de la Police israélienne.

Après un examen minutieux des documents liés à l’affaire, la commission a constaté que les allégations et les accusations principales du reportage de « France 2 », n’ont aucune justification, si on se base sur les informations dont disposait la station. Contrairement à l’affirmation selon laquelle l’enfant aurait été tué, l’examen des rushes montre qu’à la fin du film, dans la partie qui n’a pas été diffusée, l’enfant semble être en vie. D’une part, de nombreux signes indiquent que le père et fils n’ont pas été touchés. D’autre part, il n’y a aucune preuve que Jamal (le père) ou l’enfant aient été blessés, comme le prétend le reportage.

Les images ne montrent même pas que le père aurait été gravement blessé (aucune tache de sang). En poursuivant le visionnage des rushes, la commission a indiqué qu’il existe un doute majeur sur le fait que les impacts de balles, proches du père et du fils, aient pu résulter des tirs provenant du poste de l’armée israélienne, comme suggéré dans le commentaire de Charles Enderlin.

« France 2 » était évidemment consciente de l’absence de preuves pour appuyer ses allégations, ou du moins elle aurait dû l’être, et ce avant la diffusion du reportage. Cependant, le reportage a été diffusé et commenté de manière à donner l’impression trompeuse que des faits prouvant les allégations de la chaîne française existaient bel et bien.

Depuis le début, de nombreuses contradictions et incohérences ont été découvertes dans le reportage de l’affaire Al-Dura, telles que rapportées par « France 2 ». De nombreuses interrogations concernant la majorité des aspects de ce reportage ainsi que les déclarations de Talal Abu Rahme, le cameraman d’Antenne 2 à Gaza, ont surgi. De nombreuses contradictions et erreurs ont été découvertes. Malgré cela, France 2 et Charles Enderlin ont persisté dans leur refus d’accepter l’évidence des faits constatés.

Il est important de noter que, depuis novembre 2000, des officiels israéliens doutaient très sérieusement, de l’exactitude du reportage de France 2. Compte tenu du « feu de la bataille », quelques responsables israéliens avaient cru, en effet, que les balles des Israéliens avaient atteint le père et le fils (sans qu’à aucun moment, ces responsables aient supposé que ces tirs fussent délibérés). De nombreuses déclarations officielles, publiées à la suite d’une enquête plus approfondie, ont clairement affirmé, et sans aucun doute possible, qu’Israël rejetait les conclusions du reportage ou que, à tout le moins, ces conclusions lui paraissaient fort improbables.

L’affaire Al-Dura illustre la nécessité pour les médias de mettre en œuvre les normes professionnelles et éthiques les plus rigoureuses. Surtout quand ils traitent des conflits asymétriques. Il est primordial que les médias internationaux évaluent, de manière critique, les informations fournies par les reporters locaux. En particulier dans les zones où ces journalistes déforment, de façon systématique, la réalité des faits.

Les médias devraient également reconnaître la réalité d’erreurs ou d’inexactitudes et ouvrir un dialogue avec le public, concernant leurs reportages.

Au vu des témoignages découverts, « France 2 » aurait dû se rétracter ou retirer les affirmations péremptoires selon lesquelles l’enfant aurait été la cible de tirs prémédités israéliens et que le film montrerait réellement la mort de l’enfant.

Elle aurait dû aussi présenter ses excuses pour les images trompeuses et préciser que la chaîne s’appuyait, exclusivement et sans réserve, sur des allégations venant de sources gazaouies.

Un autre enseignement aurait dû être tiré de l’affaire Al-Dura, à savoir que les pays qui agissent conformément au droit des conflits armés doivent rester neutres face à une fausse couverture médiatique. Les conséquences d’une telle couverture peuvent être fatales, et ces pays ne peuvent donc pas espérer que les histoires malveillantes se résolvent toutes seules et que la vérité soit révélée. Ils devraient, au contraire, enquêter sur les faits contestés, de manière aussi approfondie et aussi rapide que possible, et présenter leurs conclusions au public. EG♦

Edouard Gris[1] Il est important de noter que le terroriste franco-algérien, qui a assassiné trois enfants juifs, un rabbin et trois soldats français à Toulouse [NdT : et Montauban] en mars 2012, n’a pas mentionné Al-Dura directement mais a dit à la police qu’il avait agi pour venger la mort d’enfants palestiniens tués par Israël L’affaire Al-Dura a souvent été citée comme preuve qu’Israël tue délibérément des enfants palestiniens.

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