Le franglais, la seule langue que l’ensemble des Français maîtrise !

Franglais.jpgPar Michel Bruley*

D’après une étude récente, 90% des Français parlent « franglais » et multiplient au quotidien l’utilisation d’anglicismes, mais la grande majorité est totalement insensible à ce problème, la plupart le minimisent en rappelant que l’emprunt de mots étrangers existe depuis toujours et que de nombreux mots français sont d’origine étrangère comme : nickel, baffle, litchi, poncho, gourou, cassate, fart, paréo, lama …. Bien sûr, il y a des emprunts à des langues étrangères qui viennent compléter le vocabulaire français qui n’a pas d’équivalents, par exemple en provenance de l’anglais : week-end, kitsch, camping, football, burn-out, squatter, selfie, geek, spam …

Le vocabulaire franglais se multiplie

Cependant, ce qui est agaçant, c’est la multiplication des « dé-nominations », c’est-à-dire la substitution pure et simple de mots, généralement anglo-saxons, à des mots français disponibles de longue date : checker / vérifier, overbooké / débordé, challenge / défi, flyer / prospectus, remake / réadaptation, business / affaires, pitch / résumé, process / processus, casting / distribution, team / équipe, sponsor / commanditaire, workshop / atelier, look / présentation, deal / échange …. Si depuis des années, le phénomène a gagné le monde de l’entreprise, notamment du fait de la place importante de l’informatique aujourd’hui, depuis peu il prend de l’ampleur dans les médias : news, fakes news, facts checking, buzz, crash, live, biopic, coach ….

Ce qui est amusant par contre, c’est la création en France d’un vocabulaire pseudo anglais, qui sonne comme de la langue de Shakespeare, alors que les Anglais utilisent un autre mot, par exemple : baskets pour trainers, caddie pour trolley, flipper pour pinball machine, faire un footing pour to go for a run, jogging pour tracksuit, parking pour car park, planning pour schedule, pressing pour cleaner, speaker pour announcer

Depuis longtemps certains cherchent à défendre le français, mais …

En 1952, Georges Duhamel, Jules Romains et Jean Cocteau ont fondé le « Cercle de presse Richelieu » en vue de déjà enrayer la dégradation de la langue dans la presse. En 1964, René Etiemble publie « Parlez-vous franglais ? » pour dénoncer le développement du laisser-faire linguistique de certains qui voient l’emprunt de termes anglais comme un enrichissement de la langue française. Alors qu’il y a un siècle, la France développait un certain impérialisme linguistique, cherchant une forme de domination culturelle au moyen de la langue, aujourd’hui dans les jeunes générations, l’anglais tend à acquérir le statut de langue de prestige au détriment de la langue maternelle.

La langue française est une composante majeure de l’identité française pour neuf Français sur dix, la première pour trois Français sur quatre. Mais plus d’un Français sur dix, après douze années passées sur les bancs de l’école de la République, se trouve dans une situation d’insécurité linguistique globale qui pénalise leur avenir. Au-delà du problème de l’enseignement, la langue française est effectivement attaquée de toutes parts (anglicismes, barbarismes, pléonasmes, impropriétés, liaisons aléatoires, dégradation de l’orthographe, de la syntaxe, appauvrissement de son vocabulaire …), et si elle se diversifie, elle ne s’enrichit pas pour autant, mais elle se communautarise.

Les Français en général qui sont prompts à défendre leurs valeurs, et manifestent facilement pour cela, ne sont pas mobilisés pour leur langue et la laissent se dégrader sans réagir dans la vie de tous les jours, dans la presse, surtout télévisuelle, seule la littérature échappant pour le moment à ce déclin significatif. Il la laisse par exemple être attaquée par les partisans de l’écriture « inclusive », qui la jugent trop « réactionnaire » et « sexiste », et tentent de modifier la grammaire et la syntaxe en fonction de leurs lubies égalitaristes. À l’arrivée, avec l’écriture inclusive, on obtient quelque chose d’illisible, d’imprononçable, j’attends avec impatience d’aller voir ma première pièce de théâtre en langue inclusive.

Que va devenir le français ?

Dans ce contexte les pessimistes envisagent à long terme la disparition de la langue française et les optimistes voient à court terme le Brexit comme une occasion inespérée de faire du français la langue commune de l’Union européenne.

Michel BruleyQuand on ne sait plus bien où l’on va, le proverbe recommande de regarder d’où l’on vient ! Alors que reste-t-il du gaulois dans le français d’aujourd’hui ? MB♦

* cadre supérieur du privé

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3 commentaires

  1. La question de la décadence linguistique n’est nullement affaire de perte de rayonnement intellectuel international: depuis une trentaine d’années, le phénomène affecte TOUTES les langues que je parle ou « fréquente » de près, soit l’anglais qu’en parle aussi bien au Royaume-Uni qu’aux États-Unis d’Amérique (eh oui!), l’allemand, le néerlandais, l’italien ou l’espagnol. Pour ce qui est du chinois et du japonais, le recul généralisé de la connaissance des idéogrammes est patent.

    Nous sommes donc face à un problème de société, ce terme ressortissant désormais à la mondialisation des modes de vie et des idées.

    Quant à l’invasion proprement dite de l' »anglais », elle est en marche depuis longtemps; mais, là aussi, ça tient à des facteurs historiques qu’on ne saurait résumer au rock’n roll ou à l’omniprésence des media modernes sous peine de confondre les effets avec leurs causes. Dans ce sens, comme dit plus haut, l’anglais lui-même est en plein effondrement et ce qui finira par s’en imposer sera sans doute du pidgin English.

    Enfin, se braquer sur la décadence linguistique, bien réelle, expose à isoler cette question du contexte de civilisation en général — l’arbre cachant alors la forêt.

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  2. de plus lGMail et autre toutes leurs indications sont en anglais et pour nous qui sommes nés dans les années 1930 et dans les années de de 1940 à 1960 l’anglais n’était pas enseigné dans les écoles, donc notre vocabulaire en français était plus riche.

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  3. Le rayonnement d’une langue va de pair avec celui du pays ds le monde.
    Ce declin existe depuis la fin de la 1ere Guerre Mondiale , par la baisse de notre industrie et donc de notre richesse. Baisse qui ne fait qu’accellerer ces temps derniers.
    USA et Royaume uni ont pris la place qu’occupait la France au 19eme siecle. Grace a la puissance militaire, grace au redressement financier plus stable , grace aux industries de pointe informatique espace et progres en tous genres , et enfiin ne pas oublier la culture rock qui s’ est imposee partout.

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