Farces et satrapes

18 Décembre 2018 3.jpg« Nous, Collectifs de Sans-papiers et MigrantEs, Syndicats, Associations et Marche des Solidarités appelons à des manifestations et rassemblements dans tout le pays le 18 décembre à l’occasion de la Journée Internationale des MigrantEs. »

Cet appel, rédigé exclusivement en écriture inclusive, est, depuis le 9 décembre 2018, publié en tête de gondole sur le site de la Ligue des droits de l’homme.

Le 18 décembre à Paris, place de la République, il y aura donc des marcheurs… Démarcheurs.

Marcheurs démarcheurs, catalogue…

Démarcheurs progressistes : « Nous marcherons toutes et tous ensemble, contre la montée des nationalismes, des racismes et des fascismes qui s’étendent sur l’Europe et le monde. »

Démarcheurs humanistes : « Nous marcherons aux flambeaux en mémoire des dizaines de milliers de femmes, hommes et enfants mortEs sur les routes de la migration victimes des frontières et des politiques anti-migratoires des gouvernements des pays les plus riches de la planète et de leurs complices. »

Démarcheurs droitsdel’hommistes : « Nous marcherons contre l’idée que l’immigration crée du dumping social, pour la régularisation des sans-papiers et pour l’égalité des droits. »

Parmi la kyrielle des associations, collectifs, syndicats, partis politiques et autres signataires de ce manifeste, certains aident par leurs actions quotidiennes lesdits migrants en leur apportant soutien alimentaire, affectif, juridique, administratif, scolaire. Ils sont sur le terrain.

Les migrants ont besoin d’eux, et ils sont les couillons de la farce, mais des couillons estimables.

…Et leur rencontre des troisièmes types

Il y a aussi les farceurs de la couillonnade qui, eux, ont besoin des migrants pour plaquer sur cet évènement leur grille de lecture politique, comme le PIR, l’UJFP, CAPJIPO Europalestine, le NPA et consorts. Ils profitent de toutes les occasions, dont celle-ci, pour poursuivre leur combat antimondialiste, anticapitaliste « décolonialiste », antisioniste (surtout pas antisémite, hein, c’est pas porteur ça, camarade). Comme le résume Nidra Poller, cela s’appelle l’intersectionnalité : « Cette méga-convergence de luttes impose une allégeance en bloc à une macédoine de causes vertueuses : la défense des victimes, des exclus, des laissés-pour-compte et, comme par hasard, la défense de la cause palestinienne est l’alpha et l’oméga de La Lutte. Pas question de défendre les femmes contre la violence sans défendre les Palestiniens contre Israël (Causeur). »

Pour appliquer l’intersectionnalité, la manœuvre est universelle : embrigader les gens dans des visions manichéennes culpabilisantes. Nous sommes les gentils, ils sont les méchants. Ajoutez l’utilisation consentante ou complice des médias comme vecteur de propagation et le tour est joué.

Pour convaincre les masses, la massue

Les intersectionnels ne font pas dans la nuance : pas de débat d’idées, c’est du toc. Il faut du lourd, du violent, du mastoc, mieux, de l’anti-amerloque, de la propagande quoi !

La propagande, Anna Morelli, professeur à l’Université Libre de Bruxelles, en a décrit les mécanismes essentiels, utilisés aussi bien durant la Première Guerre mondiale qu’au cours de conflits plus récents[1].

Elle illustre ainsi, par des exemples, dix principes pédagogiques qui vont de : « Nous ne voulons pas la guerre dont le camp adverse est le seul responsable » à « Notre noble cause, soutenue par les artistes et les intellectuels, a un caractère sacré. Ceux qui en doutent sont des traîtres » en passant par : « L’ennemi utilise des armes non autorisées et provoque sciemment des atrocités. »

Nul doute que le Syndicat de la Magistrature, signataire de l’appel (oui, oui celui du « mur des cons », celui qui épinglait les victimes et parents de victimes sur son pilori) se reconnaîtra.

Allo Mélenchon, bobo !

Résumons : au milieu des groupes « de terrain » (les idiots utiles), défileront les démarcheurs idéologues de l’ultragauche, car (et c’est la conclusion de cet appel) : « C’est la précarisation générale, la remise en cause des acquis sociaux par les politiques d’austérité menées par nos gouvernants qui nourrissent les sentiments de mal-être et de repli sur soi dans la population. C’est en luttant ensemble que nous pourrons nous battre efficacement pour une société meilleure et égalitaire. »

On a compris, c’est la nature même du libéralisme que de créer les guerres, qui provoquent la souffrance des civils et l’exode des masses populaires. Mais où se précipitent-elles, ces masses ? Elles viennent trouver refuge dans nos sociétés inégalitaires pour y grossir les rangs du lumpenproletariat honteusement exploité par le grand kapitââl, comme disait un autre farceur défunt, premier secrétaire du PC.

« Prolétaires de tous les pays, unissez-vous » ce slogan, qui figure dans l’épitaphe inscrite sur la tombe de Karl Marx (Wikipedia), demeure pour la gauchosphère menée par Mélenchon, admirateur inconditionnel de Maduro, une des pierres angulaires de la construction d’une société meilleure et égalitaire. Par exemple le Venezuela, pour lequel l’ONU a indiqué, le 14 décembre 2018, s’attendre à 5,3 millions de migrants et réfugiés (sur une population de 30,6 millions) d’ici fin 2019. Le pays se sera alors vidé de plus de 17% de sa population.

Quelles causes à cette maladie de l’exil, Dr Folamour ?

Les citoyens vénézuéliens fuient-ils la guerre, les bombardements de civils, les attaques chimiques, la torture, la décapitation, la lapidation ?

Non, ils fuient leur pays parce qu’ils ont faim, soif et peur.

Ils ont faim, celle qui tiraille les entrailles :

D’après les conclusions d’une l’enquête[2], 82,8 % de la population du pays est considérée comme pauvre. Cette étude sur les conditions de vie des Vénézuéliens révèle aussi les conséquences sur l’alimentation de la population et sur sa santé. 75 % des habitants ont perdu en moyenne 8,6 kg en 2016 (CNews) et la situation a empiré en 2017 (Europe 1).

Fuient-ils un pays pauvre du tiers monde ou règne une misère endémique ?

Non. Ils fuient un pays qui possède les réserves prouvées de pétrole les plus importantes du monde (Wikipedia). Ils sont devenus pauvres dans un pays qui a été riche et qui a largement les moyens de l’être encore. L’hyperinflation dépassera le million de pour cent cette année.

Ils fuient leur pays car ils ont soif et peur. Soif de liberté loin du bolivarisme et peur de leur présent et du futur pour leurs enfants (Contrepoints). Voilà le résultat réel de la société fantasmée de ces dogmatiques soutenus par les « collectivos » (France TV Info).

Quels remèdes propose le docteur Maduro ?

Nicolas Maduro n’apprécie visiblement pas l’exode massif de Vénézuéliens à cause de la crise économique qui plombe le pays. Mardi 28 août dernier (2018), il n’a donc pas hésité à demander à ceux qui ont émigré d’« arrêter de laver les toilettes » à l’étranger et de rentrer au Venezuela. « Je dis aux Vénézuéliens (…) qui souhaitent échapper à l’esclavage économique : arrêtez de laver les toilettes à l’étranger et venez vivre dans votre patrie », a-t-il déclaré en signant des accords pétroliers, lors d’un événement retransmis à la radio et à la télévision.

Il a aussi dénoncé la situation des Vénézuéliens qui ont émigré au Pérou, attirés par le « chant des sirènes », et qui y ont rencontré, selon lui, « le racisme, le mépris, la persécution économique et l’esclavagisme ».

Pour y remédier, il a rappelé que le 28 août 2018, 89 Vénézuéliens avaient pu rentrer chez eux grâce à un avion envoyé par le gouvernement. « Ils désiraient ardemment retourner dans leur pays natal pour serrer leurs amis, voisins, compagnons, parents dans leurs bras et retrouver la chaleur humaine que nous savons transmettre en tant que Vénézuéliens », a-t-il ajouté (Huffington Post).

Pour récupérer les pauvres, tapons les riches !

Et pour financer ces vols (sans mauvais jeu de mot), les caisses étant vides, le président vénézuélien à l’imposante moustache marxiste (pas Karl, l’autre, l’acteur) n’hésite pas à porter l’humour à des firmaments que Marx (toujours pas Karl, toujours l’autre) n’a jamais atteints : Groucho Maximo a donc demandé à l’Onu 500 millions de dollars.

Je doute cependant que dans l’esprit de tous les marcheurs du 18 décembre, un seul songe aux Vénézuéliens quand il pense migrants.

Pour mémoire le chapitre 62 du programme du candidat Mélenchon aux dernières élections présidentielles propose de faire coopérer la France et ses territoires d’outre-mer dans les Caraïbes avec l’Alliance bolivarienne (Wikipedia), qui regroupe des pays d’Amérique latine dont entre autres Cuba et le Venezuela.

Les farceurs de la couillonnade n’ont pas fini de nous faire rire. SK♦

Serge Skrobacki, mabatim.info

Skrobacki[1] Principes élémentaires de propagande de guerre, éditions Aden, Bruxelles 2001, réédition en 2010.
[2] Enquête menée par l’université centrale du Venezuela, l’université catholique Andrès Bello, l’université Simon Bolivar, la fondation Bengoa et des ONG.

Publicités

2 commentaires

  1. Tu as raison, Serge, de dénoncer cette grand-guignolade. Il n’empêche que, sous-jacente, cette précarité pose problème à nos sociétés. Et il vaudrait mieux que ce soit les capitalistes qui y remédient plutôt que cette internationale bolivaro-marxiste. Il faudrait que les « riches » arrêtent de voir le court terme et se méfient de ce mur qui se dresse devant eux et contre lequel ils ne vont pas tarder à se fracasser. Voilà de quoi alimenter nos « discutations » d’hiver ;o)

    J'aime

  2. Nous avons bien compris que vous étiez POUR la guerre, le racisme, l’islamophobie et l’exploitation des masses laborieuses.
    Vous aurez des comptes à rendre, nous y veillerons. El pueblo unido jamás será vencido, foi de dhimmi d’insoumis.

    J'aime

Laisser un commentaire. Il sera visible dès sa validation.

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s