Lendemains de cuite

Gueule de bois cuite.jpegAprès les manifestations monstre qui ont paralysé Paris et les grandes agglomérations françaises pendant quatre weekends d’affilée, personne n’est d’accord, ni sur les causes du malaise qui a jeté des milliers de citoyens pacifiques sur le pavé, ni sur le bilan des dégâts causés par les « casseurs » infiltrés dans les cortèges, encore moins sur les conséquences, pour notre société, de cette éruption révolutionnaire. Quant aux mesures à prendre d’urgence… le seul point commun entre tous ceux qui en proposent est leur certitude d’avoir raison.

Premier constat, il n’y a pas deux France mais trois

Élevons-nous contre toutes les idéologies du « celui qui n’est pas avec nous est contre nous » : il n’y a pas, dans notre pays, un clivage entre les gentils qui votent à gauche et les méchants qui votent à droite. Pas plus qu’il n’y avait aux-heures-les-plus-sombres dont tous les prophètes du multiculturalisme nous annoncent le retour si on ne fait pas comme ils disent, qu’une France de la collaboration et une France de la Résistance.

Il y a 80 ans, lorsque la guerre a été déclarée, la masse des Français qui refusait d’y croire s’est sentie confortée dans son illusion pendant toute la « drôle de guerre ». Lorsque l’occupation a invité dans tous les foyers les pénuries et les tickets de rationnement, l’aveuglement n’a plus été possible. Alors une minorité a choisi la Résistance, une autre minorité, la collaboration et l’immense majorité intermédiaire a juste cherché à survivre. Une courbe de Gauss classique…

Aujourd’hui, les chiffres ne sont pas établis avec précision, mais la courbe reste la même : à une extrémité, la France des bobos des centres-villes, à l’autre les zones de non droit, dont la première catégorie nie l’existence en usant et abusant d’une novlangue déjà éculée : « cités », « quartiers », « jeunes » … Entre les deux, la France périphérique, la majorité que l’on désigne fort pertinemment sous le nom de « classe moyenne », sauf qu’elle n’a plus les moyens de survivre avec ce que l’État lui prélève.

L’immigration est la pointe de l’iceberg

En période de transition énergétique, la métaphore climatique est bienvenue et elle s’impose pour décrire le premier abcès de fixation des mécontentements. Mais si les migrants représentent le danger le plus visible et le plus urgent à résoudre, les « jeunes des quartiers » qui confisquent des territoires entiers à la république sont Français, issus d’immigrés qui ont fait souche chez nous. Ils préfèrent leur religion à leur citoyenneté et fantasment un ailleurs imaginaire dont leurs grands-parents ont fui la réalité miséreuse.

Nous sommes responsables, mais pas de ce qu’ils nous reprochent. Pas non plus de leur indigence spirituelle et politique. En revanche, nous n’avons rien fait pour empêcher cet incroyable décalage entre leur situation privilégiée par rapport à cet « ailleurs » dont les citoyens ne rêvent que d’immigrer en France, et l’image d’indigènes victimes du système qu’ils voient lorsqu’ils se regardent par les yeux des bobos et des médias.

D’apaisements en renoncements, de lâchetés en calculs politiciens, nous avons favorisé cette autohypnose qui a transformé tout un pan de la jeunesse en réservoir de voix pour les partis extrêmes.

Les symboles ne comptent pas que pour du Beur

Puisque l’iceberg s’appelle immigration, suffira-t-il que le Président l’admette et promette de s’atteler à en résoudre l’équation pour que les Français se rassurent et que les Gilets jaunes rentrent à la maison ? Il y a peu de chance si le dire n’est pas suivi du faire.

En l’espèce, il y a eu un sacré brouillage. Les Français parlent aux Français, scrouitch… scrouitch… « Je veux aussi que nous mettions d’accord la Nation avec elle-même sur ce qu’est son identité profonde, que nous abordions la question de l’immigration. Il nous faut l’affronter. » scrouitch… scrouitch… Sans avoir demandé l’avis de mes compatriotes, j’ai discrètement envoyé un secrétaire d’État signer le pacte de Marrakech, qui encouragera l’immigration plutôt que de la contrôler, qui fera d’elle un droit opposable aux États et qui criminalisera sa critique. Scrouitch… scrouitch… Et deux jours plus tard, devant les froncements de sourcils des bienpensants dont je recherche l’approbation morale, j’abandonne ce sujet de discussion en loucedé… oh pardon, maintenant on dit « en scred ».

Le degré zéro de la pensée creuse le sous-sol

Notre pays a une tradition de déni de la réalité que nous avons poussé jusqu’au chef d’œuvre. Quand les électeurs votaient massivement à droite, la gauche en concluait qu’elle n’avait pas fait une politique suffisamment de gauche et fuyait en avant dans cette direction.

Quand 80% des citoyens[1] demandent l’arrêt de l’immigration, nos dirigeants imaginent qu’en réalité, ils en veulent davantage. Et hop ! On signe le pacte mondial sur les migrations.

Les manifestations paralysent le pays tous les samedis et endommagent notre économie déjà chancelante. Et hop, une tripotée d’associations qui s’auto-intitule « collectifs de sans-papiers et migrant-e-s, syndicats, associations et Marche des solidarités » appelle à manifester le 18 décembre prochain, pour réclamer plus d’immigration. Ben quoi, c’est un mardi, il n’y a pas concurrence déloyale avec les Gilets jaunes !

« Nous marcherons toutes et tous ensemble, contre la montée des nationalismes, des racismes et des fascismes qui s’étendent sur l’Europe et le monde », proclament-ils. Autrement dit, quiconque n’accueille pas à bras ouvert des millions de malheureux dans un pays où les travailleurs n’arrivent plus à boucler les fins de mois, est nationaliste (gros mot, comme ‘patriotisme’), raciste et fasciste. C’est donc ainsi que doivent être stigmatisés les Etats-Unis, l’Autriche, l’Australie, le Brésil, le Chili, la République tchèque, la République dominicaine, la Hongrie, la Lettonie, la Pologne et la Slovaquie, qui ont estimé que ce pacte constituait une entrave à leur souveraineté. Amis de la nuance, bon-jou-our !

« Nous marcherons contre l’idée que l’immigration crée du dumping social, pour la régularisation des sans-papiers et pour l’égalité des droits. » L’immigration crée du dumping social, c’est un fait, pas une idée. Pour le prouver, demandons à ces jolis-cœurs des assoces s’ils veulent bien ramasser nos poubelles et travailler sur nos chantiers pour le Smic…

Nous commençons notre descente vers la réalité, veuillez attacher vos ceintures !

La France est un pays merveilleux, avec des paysages sublimes, des sols fertiles, des créateurs féconds et une intelligence qu’on s’est évertué depuis des lustres à entraver sous des normes, des freins administratifs, des contraintes juridiques et un arsenal de taxes et impôts qui nous valent l’admiration de tous les fans de Kafka et du père Ubu.

Pourtant, personne ne regarde cette majorité. C’est la minorité agissante des pseudo-indigènes qui nous fait peur et c’est à la minorité de bienpensants hors sol que nous cherchons à plaire.

Parmi les Français-issus-des-minorités-visibles, nombreux sont ceux qui ont fait des études, qui pratiquent le métier de leur choix et qui gagnent confortablement leur vie. On ne parle pas là seulement des joueurs de foot, des rappeurs et des créateurs de mode Hip Hop, mais de gens normaux (au sens de ‘dans la norme’, donc ‘moyens’), qui se lèvent le matin pour aller travailler et qui ont envie que leurs enfants soient heureux.

Pourquoi ne leur donnons-nous jamais la parole et ne tendons-nous le micro qu’à ceux qui veulent nous détruire et instaurer en France la société qui a fait fuir leurs parents ou leurs grands-parents ?

Pourquoi ne respectons-nous pas notre Constitution et n’exigeons-nous pas de TOUS les citoyens qu’ils soient traités en égaux devant la loi ? Nous préférons tout excuser chez ceux à qui nous attribuons le handicap de leur naissance (ou de leur religion ?) et refusons de les punir quand ils commettent méfaits et délits. N’est-ce pas du racisme que de considérer les gens en fonction de leur origine et non de leurs actions ?

Commençons par respecter nos lois, ce sera d’une grande portée, aussi bien symbolique que sociétale. Il est temps de montrer aux jeunes des quartiers qu’ils sont des Français comme les autres et qu’ils sont, à ce titre, responsables de leurs actes. La plus merveilleuse avancée sociale de tous les temps a été le libre arbitre accordé aux humains. Qui sommes-nous pour exempter de sa responsabilité une partie de notre peuple ?

La solution est peut-être dans la communication qui consiste à

  • Écouter les désirs des citoyens et leur donner plus d’occasions de les exprimer.
  • Se souvenir que les élus sont au service des électeurs et non l’inverse.
  • Se rappeler que tous les citoyens sont égaux devant la loi, même les élus. Quand les citoyens votent contre la Constitution européenne, la leur imposer quand même est faire montre d’un mépris aussi bien pour les Français que pour leurs lois.
  • S’appliquer à soi-même les lois que l’on vote : si les économies sont à l’ordre du jour, l’État doit montrer l’exemple.

YoupiAlors, qu’est-ce qu’on attend pour être heureux ?

Cécile Attal, mabatim.info

[1] Sondage réalisé par l’Ifop en partenariat avec la Fondation Jean-Jaurès et l’American Jewish Committee (JDD).

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