Conte de Noël : Jérusalem, lieu saint musulman

Noël.jpegJérusalem est considérée en Occident en général et particulièrement dans l’inconscient collectif des médias français comme « le troisième lieu saint de l’islam ». Un réflexe conditionné par la politique arabe de la France et par la mauvaise conscience occidentale a transformé un slogan politique de 1967 en une répétition machinale devenue vérité révélée.

Les médias plus royalistes que les rois d’Israël

Les musulmans eux-mêmes ne partagent pas l’unanimité médiatique. Les sunnites ont été les premiers à contredire les vestiges historiques et les historiens, fussent-ils musulmans, qui admettaient l’évidence. On rappellera pourtant Aref al-Aref, né en 1891 dans la ville sainte des Juifs, qui était alors une bourgade miséreuse oubliée au fin fond de l’Empire ottoman. Il a édité, en 1919, le premier journal nationaliste arabe de Palestine : Suriyya al Janubiyya (la Syrie du Sud). Fonctionnaire pour les Britanniques de 1933 à 1948, il a été, après le départ des Anglais, maire de Jérusalem-est sous l’administration jordanienne, de 1950 à 1953. Il est l’auteur d’une Histoire de Jérusalem, dans laquelle il écrit que le Mont du Temple (al-Haram al-Sharif en arabe) est le Mont Moriah, acheté par le roi David pour y construire le Temple, ultérieurement bâti par son fils Salomon en 1007 av. J-C.

Pour les chiites, Jérusalem n’a jamais figuré dans le Top 5 des lieux saints, qui sont La Mecque et Médine, en Arabie saoudite, Najaf et Karbala aujourd’hui en Irak, et enfin Mashhad, actuellement en Iran.

Le pèlerinage à La Mecque fait partie des cinq piliers de l’islam, sunnite comme chiite. C’est lui qui fait du musulman qui l’accomplit un « Hadj ».

Les autres villes saintes sont également des destinations de pèlerinage pour les musulmans dévots. Mais Jérusalem n’a acquis ce statut qu’après la Guerre de Six-jours, en 1967.

Exégèses pour une mosquée nomade

Comment s’est opérée cette béatification d’une ville qui, pendant les 400 ans d’occupation musulmane par les Turcs (1517-1917) n’a jamais été qu’un lieu-dit provincial ?

Le Coran raconte que Mahomet fit un rêve : il enfourchait al-Buraq, le coursier chimérique dévolu aux prophètes, corps de cheval à tête de femme et à queue de paon, qui l’emmena de La Mecque à « la plus lointaine » {mosquée} d’où il monta au ciel avant d’en redescendre et de retourner à son point de départ sur sa monture.

La détermination de l’endroit géographique où se trouve cette mosquée « la plus lointaine » a donné lieu à de nombreuses exégèses.

Les uns y voient une allégorie pour une mosquée divine située dans les cieux (Mohammed al-Ghazali au XIe siècle), d’autres la placent dans le Sinaï. Ils sont plus nombreux à la situer entre La Mecque et Ta’if, une ville située à 65 km à l’est de la capitale d’Arabie saoudite. C’est le cas d’Abdullah Muhammad Ibn Omar Ibn Waqid al Sahmi al Aslami (747-823) : « il y avait deux lieux de prière à al-Gi’ranah, village situé entre La Mecque et Ta’if : l’un était la Mosquée la plus proche (al-adana), et l’autre, la Mosquée la plus éloignée (al-aqsa), où Mahomet priait lorsqu’il n’était pas à La Mecque ».

Une interprétation plus récente (celle d’Ahmed Mohammed Arafa, en 2003) voit dans ce « voyage nocturne » (c’est le nom de la sourate) l’émigration de Mahomet vers Médine lorsque La Mecque s’est retournée contre son enseignement.

Les contes ne tombent pas juste : Pourquoi pas Saint-Denis ?

Historiquement la mosquée la plus lointaine ne peut pas être celle d’Al Aqsa à Jérusalem puisqu’elle a été construite après la mort de Mahomet en 632. « Dans le lieu fameux où fut magnifiquement construit le Temple, les Sarrasins ont élevé une maison de prière ; elle est quadrangulaire, couverte en bois, à l’aide de grandes poutres qui reposent sur quelques restes de ruines. Ils se réunissent dans cet édifice de structure misérable et qui peut contenir environ trois mille hommes », écrivait à la fin du VIIe siècle l’évêque gaulois Arculfe, dans son traité De Locti sanctis.

Bon, alors si pas Jérusalem, pourquoi pas Saint-Denis comme troisième lieu saint musulman ?

Saint-Denis possède plus d’atouts pour cette qualification que Jérusalem : la basilique, bâtie de 1135 à 1138 sur le tombeau de Saint Denis, premier évêque de Paris, est aussi la dernière demeure des rois de France depuis les mérovingiens, au Ve siècle, jusqu’à Napoléon III, en 1873. C’est donc le bâtiment idéal à transformer en mosquée afin d’acter la supériorité de l’islam sur les mécréants.

L’évolution démographique du département y tend vers l’endogamie religieuse, indice de pureté marqué par la superposition entre l’Église et l’État et la séparation entre les filles et les gars. D’aucuns ajouteraient que, dans cette optique, le zéro Juif est un avantage non négligeable, mais en réalité, c’est à la fois un plus et un moins. Le point positif est écologique : l’air n’y est pas pollué par les fils de chiens et de porcs. Mais une étude plus poussée met à jour un souci : l’absence d’ennemi visible et vulnérable nuit à une cohésion sociale d’essence théocratique.

Quoiqu’il en soit, la ville de Saint-Denis et la majorité du 9-3 sont devenus Dar al-Islam, la maison de l’islam qui, en tant que telle, ne peut plus être revendiquée par les forces haram (mécréantes), même si, provisoirement, les institutions républicaines continuent d’y faire une pâle figuration.

Hélas, les chancelleries ont déjà tant fait pour promouvoir Jérusalem comme troisième lieu saint musulman qu’il est difficile de faire machine arrière. Qu’à cela ne tienne : Saint-Denis peut être gratifiée du numéro 4 : abondance de biens ne nuit pas !

Retour à la case départ (des Juifs)

Jérusalem, dont le nom apparaît 669 fois dans la Bible juive et 154 fois dans le Nouveau Testament, est ignorée du Coran, où on ne la trouve ni sous son nom hébraïque, Yerushalaïm, ni sous son nom arabe, Al Quds.

Son élévation au statut de troisième lieu saint de l’islam est donc récente pour la majorité des courants de l’islam sunnite et encore plus tardive pour les chiites.

L’unanimité avec laquelle c’est devenu une vérité révélée pour les deux autres religions majoritaires en France, l’athéisme et le christianisme, est donc surprenante.

Logo Liliane MessikaSurprenante, vraiment ? Uniquement pour ceux qui croient au Père Noël…LM♦

Liliane Messika, mabatim.info

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