Gillette et le pot aux laids

lame-de-rasoir-.jpgMarlène dans sa tête ayant un pistolet,
Posé sur préjugés formant un coussinet,
Prétendait arriver sans encombre
À effacer hommes en grands nombres.
Légère et court vêtue, elle allait à grands pas
Mettre cette sale engeance rapidement au pas.

Collusion ou coïncidence ? Une société lointaine lui prêta son concours

Qu’est-ce qui a bien pu convaincre l’Américain Gillette, filiale du géant Procter & Gamble, que le dogme néo-féministe anti-masculin était majoritaire au sein de l’espèce humaine ? Car ce présupposé pourrait expliquer la raison d’une campagne de publicité présentant les hommes comme des prédateurs cruels et amoraux, mais le scénario le plus vraisemblable se lit comme une histoire pour endormir les petits :

  1. On dirait que je serais un industriel qui vend aux hommes des produits pour le système pileux du visage, ce qui constitue, qu’on le veuille ou non, un signe sexuel secondaire ;
  2. On dirait que je serais harcelé par des « néo-féministes » pour qui un sifflet dans la rue ou un homme qui leur coupe la parole en réunion de travail est aussi grave qu’un viol ;
  3. On dirait même, peut-être, qu’elles me menaceraient de détruire la réputation de mon entreprise sur les réseaux sociaux.
  4. Qu’est-ce que je ferais ? Ma dircom (directrice de la communication) confirmerait qu’une rumeur dans les réseaux sociaux peut détruire mon image et mon chiffre d’affaire avec elle. Même une fois la preuve faite que la rumeur était infondée, il est long et douloureux de reconstruire une réputation abattue. Son conseil ? « Essayez de les séduire sans vous détruire ».

Gillette tente de séduire ses ennemies sans détruire sa clientèle

Gillette commercialise des rasoirs. Il a aussi une petite gamme destinée aux femmes : une goutte d’eau dans un océan de 6,6 milliards de dollars alimentés en poils masculins. Ce n’est pas pour séduire cette part de marché minoritaire qu’il a fait réaliser un clip gai comme un journal télévisé de l’ORTF et rythmé comme un faire-part de décès, non.

Dans l’objectif de satisfaire les néo-féministes, il en a confié la réalisation à Kim Gehrig, un choix à la fois audacieux et pertinent. Étiquetée féministe radicale, Gehrig est l’auteur d’un sublime clip poétique, musical et drôle, intitulé Viva la vulva, réalisé en 2018 pour Libresse, un fabricant suédois de produits d’hygiène féminine (Viva la Vulva, Youtube).

Que n’a-t-elle pas continué dans la même veine pour parler du nouvel homme Gillette, au lieu de sombrer dans un moralisme de sous-MeToo ? Là où Vive la vulve était léger, subtil et joyeux, le nouveau clip Gillette est lourdingue, manichéen et lugubre (Youtube) et il aligne les clichés en enfilant les perles (yes !) de la nouvelle morale à la mode : à part les exceptions données comme modèles, tous les hommes sont primitifs ou lâches, grossiers ou condescendants, brutaux ou indifférents. Tous les hommes blancs. Parce que les rôles modèles, les gentils, les conscients, les vertueux, eux sont noirs, oups, Africains-Américains, même ceux dont les ancêtres ne venaient pas d’Afrique.

Sauver le chiffre d’affaire en vendant son âme, une bonne affaire ?

On n’en finit pas de s’étonner quand on voit les combats choisis par les révolutionnaires des pays riches pour se donner bonne conscience. Un bon milliard de femmes sur la planète vivent dans une situation dramatique de dépendance, de soumission, voire d’esclavage, mais justement, ce sont celles auxquelles les belles âmes néo-féministes ne s’intéressent pas. Leurs exploiteurs, leurs esclavagistes, leurs bourreaux ne sont pas des mâles blancs occidentaux, c’est aussi bête que cela.

Et c’est pour ça que votre fille est muette (et surtout parce qu’elle vit sous la sharia ou dans un régime de castes) et c’est pour ça que Gillette paie une créatrice talentueuse pour délégitimer platement ce qui est la « vache à lait » de son marché.

Pour les internautes qui vivent dans un milieu où le dieu marketing ne règne pas sur la bible publicitaire (en gros, les moines trappistes, l’APHP et l’Éducation nationale), précisons que la vie d’un produit, quel qu’il soit, se déroule en cinq phases : la grossesse, alias R&D (recherche & développement), la naissance (le lancement, en marketing dans le texte), l’adolescence (la croissance), la maturité et le déclin. Les vaches à lait, ce sont les produits matures, dont on n’espère plus un fort taux de croissance, mais qui ne demandent pas beaucoup d’investissements pour générer des bénéfices confortables. Chez Gillette, le nominé est… le rasoir pour hommes. L’eussiez-vous cru ? C’est à leurs clients que s’adresse le clip.

Cela tombe mal. La preuve, certains d’entre eux n’ont pas supporté qu’on leur donne des leçons de morale ailleurs qu’à l’école ou à l’église : « J’ai acheté mon dernier Gillette hier. J’en ai marre qu’on me fasse la morale. Les politiciens, les mecs à la télé et maintenant mon put*** de fabricant de rasoirs. Arrêtez ça et fabriquez des rasoirs ![1] » a twitté l’un d’entre eux.

Une vidéo accusatrice pour pervers masochistes

Partant du principe que tout, dans les hommes (au sens de « porteurs des chromosomes XY », pas au sens de « appartenant à l’humanité ») est mauvais par essence, le clip dénonce leurs comportements criminels, qu’il s’agisse de crimes réels, comme le viol, ou qu’ils relèvent d’une catégorie plus vénielle, comme le fait de couper la parole à une femme en réunion.

Questions du public : si un homme coupe la parole à un autre homme, cela signifie-t-il qu’il est homo (celui qui coupe, pas celui qui est coupé, sauf s’il est juif) ? Et si une femme coupe la parole, est-ce que la prochaine étape lui fera violer son patron ? Et si elle a une patronne, deviendra-t-elle homosexuelle pour pouvoir le faire ? Mais être homo est connoté positivement, c’est même un signe de progressisme. Alors quelle attitude progressiste adopter devant une femme violant une autre femme ?

On voit que la guerre des sexes, déclarée pour des motifs également marketing par des associations avides de membres cotisants et de subventions publiques, génère ses propres contradictions, ce qui est un signe de la bonne santé des résistant.e.s à la désintégration de notre société.

Le progressisme dans la régression

Les Américains, qui sont souvent en avance sur nous, ne sont jamais non plus en retard d’une invention ridicule. Certaines de leurs universités ont instauré des « safe rooms », des « cocons de sécurité », où peuvent se réfugier les âmes sensibles qu’ont choqué un mot, une image, une pensée, voire la possibilité infinitésimale qu’une pensée choquante traverse l’esprit d’un de leurs condisciples, ou pire, d’un de leurs professeurs.

Vous croyiez naïvement que l’université avait pour objectif d’apprendre aux étudiants à réfléchir ? Mais ça, c’était au siècle dernier, quand l’école enseignait et les élèves apprenaient. Aujourd’hui, c’est l’inverse, les élèves créent leur propre savoir et l’école vise à former, de notre côté de l’Atlantique, des révolutionnaires antisystèmes et, de l’autre, des créatures évanescentes que la société doit protéger des mots trop gros et des pensées trop légères.

Les Français sont plus combatifs. En tout cas les Françaises. Ou, plus précisément, elles ont besoin d’un combat pour « s’accomplir ».

Si l’ennemi est criminel et misogyne, mais idéologiquement intouchable, elles en choisissent un autre qui ne présente pas cet inconvénient… quitte à ce qu’on n’ait pas grand’ chose à lui reprocher. C’est là que cette recherche du combat salutaire exige de la créativité, afin de déterminer un ennemi à la fois pas trop dangereux et facile à stigmatiser. Les Américaines ont réussi la quadrature du cercle en défilant pour les droits des femmes derrière une Linda Sarsour qui se revendique antisémite et pro-sharia. Mais qu’elles ne pavoisent pas trop vite : nous sommes sur le point de les rattraper avec nos Houria Bouteldja et nos Marlène Schiappa !

Pour les ONG comme pour les produits, le marketing est roi

Alexis Carré, doctorant en philosophie politique à l’École normale supérieure, remarque que « L’importance de ces types d’organisations dépend (…) de l’étendue des souffrances auxquelles elles sont censées mettre un terme, il est donc dans leur nature d’en exagérer continuellement l’ampleur, et de les trouver même là où elles n’existent pas, sous peine de voir diminuer leur exposition médiatique et l’intérêt pour leur mission (Figarovox). »

Heureusement la société française est lâche et culpabilisée par un passé datant d’avant la naissance des combattant.e.s contemporain.e.s de la bravitude et de la parité.

C’est ce qui explique le succès des micro-lobbies qui veulent empêcher que lundi soit ravioli ou qui exigent qu’on offre des licornes aux petits garçons fans de dinosaures et vice versa pour les petites filles. On en fera des frustré.e.s ? Tant mieux ! La relève pour les assoces sera ainsi assurée !

La croisade de Gillette contre la « masculinité toxique » pue l’OGM à plein nez

Si les néo-féministes voulaient réellement promouvoir l’égalité des sexes, elles s’attaqueraient aux deux chantier mondiaux du machisme criminel : les pays gouvernés par la sharia, qui statue que les femmes sont inférieures aux hommes, et le système des castes, qui paralyse l’émancipation féminine en Inde.

Mais curieusement, ils ne figurent, ni l’un ni l’autre, dans la liste des forteresses à abattre par les néo-guerrières. Les pays musulmans sont les grands vainqueurs de la guerre des images : ils possèdent pratiquement tout le pétrole de la planète, tout en étant classés ad vitam æternam « nouveaux prolétaires », donc du côté des gentils. Les progressistes seraient ceux qui veulent revenir au mode de vie du VIIe siècle et les poujadistes ceux qui préfèrent leur siècle et leur civilisation. Ce rapport de force règle un jeu immuable. Les progressistes occidentaux s’excusent d’exister : « qui sommes-nous, déjà coupables par essence, pour oser juger de pauvres hères qui ont subi le joug de nos ancêtres colonisateurs ? ». À ces mots, les oppresseurs opinent du chef, se drapent dans leur islamisme meurtri et piétinent joyeusement le concept de droits de l’homme et l’existence des femmes réelles.

Alors que constate-t-on ? Les néo-féministes fraternisent (oui, fraternisent, foin de l’adelphie[2]) avec les machos les plus rétrogrades de la planète, ceux chez qui l’esclavage est encore légal, ceux qui jettent les homosexuels du haut des immeubles et qui lapident à mort les femmes adultères. En échange de leur accréditation comme idiotes utiles, elles ont le privilège de défiler à leurs côtés dans des manifestations antisionistes, où elles se sentent exister du bon côté du manche (dans tous les sens du terme).

Il faut l’admettre, les humains sont différents les uns des autres

Les femmes ne pensent pas comme les hommes.
Les idiots (utiles ou non) ne pensent pas comme les intelligents.
Les scientifiques ne pensent pas comme les littéraires.
Les artistes ne pensent pas comme les industriels.
Sans compter tous ceux qui pensent hors sol et ceux qui ne pensent pas tout court.

Dans un monde débarrassé des luttes contre des injustices virtuelles, qui se préoccuperait réellement de fraternité, on écouterait Saint-Exupéry : « si tu diffères de moi, mon frère, loin de me léser, tu m’enrichis » et les différences s’additionneraient au lieu que chacun se soustraie à la fréquentation de ceux qui diffèrent de lui.

L’objectif des « activistes identitaires » n’est, en réalité, ni un progressisme ni un universalisme, mais au contraire une volonté de ségrégation par le plus petit dénominateur distinct, tout en recherchant une visibilité maximale dans la société globale.

Le message qu’elles ont… convaincu ? contraint ? Gillette de promouvoir dans son clip publicitaire a permis à l’un de ces groupes de capter un budget communication considérable, afin de faire valoir un point de vue non seulement minoritaire, mais dangereux pour le « vivre ensemble » dont ces gens aiment se gargariser.

« Police du maintien de la vertu et de la lutte contre le péché » : un must ?

La traduction en actes de la police des mœurs, que les néo-féministes appellent de leurs vœux chez nous, existe dans de nombreux États musulmans, où elle surveille essentiellement les femmes. Dans ces pays où la sharia règne par la terreur, les militantes occidentales, qui luttent contre la prise de parole masculine intempestive, ne supporteraient pas de vivre une seule minute. L’ayatollah Khomeini, qui a inventé le mot islamophobie pour mieux inférioriser les femmes, se retourne dans sa tombe : de rire !

Les Iraniennes et les Gazaouites, qui en sont les victimes au quotidien, se battent pour le droit d’exister en tant qu’êtres humains au lieu d’être les signes extérieurs de richesse de leurs propriétaires. Elles, elles rêvent d’avoir du travail, et si leur patron les traite avec condescendance, ce sera le moindre de leurs soucis. Elles vivent dans un monde où règne la force et où le droit n’existe que pour leur nier toute autonomie. C’est dire si elles sont étrangères au monde virtuel où l’on peut mener la guerre culturelle contre « la masculinité toxique » à grands coups de clips extorqués à des entreprises, sans être pénalisées par des coups de fouet, ni risquer la mort par lapidation.

Fashion victims en treillis haute couture et foulard siglé

Les néo-féministes qui promeuvent le concept de « masculinité toxique » sont les premières à hurler à la misogynie quand on n’est pas d’accord avec elles sur n’importe quel sujet.

Qu’est-ce que leur combat contre l’essence masculine et leur façon de le mener révèlent d’elles ?

Qu’elles privilégient le paraître à l’être, le dogme à la réalité, qu’elles agissent par réflexes conditionnés par la mode plutôt qu’après mûre réflexion, qu’elles se contentent de définitions essentialistes sans accorder la moindre importance aux accomplissements personnels… Bref, qu’elles agissent exactement sur un modèle terroriste et/ou stalinien et qu’elles n’ont rien à envier aux machos qu’elles prétendent combattre. CA♦

Cécile Attal, mabatim.info

[1] I bought my last Gillette (Proctor & Gamble) product yesterday. I’ve had enough of being preached at. Politicians, TV personalities, and now my f****** razor maker. JUST STOP IT AND MAKE SHAVERS! Jimmy Propp @Distant_Son
[2] Le 18 avril 2018 (la Saint Parfait, cela ne s’invente pas !), le Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes (HCE) a fait neuf recommandations de modification de la Constitution, dont celle de « conduire une réflexion sur l’usage du terme ‘fraternité’ » dans la devise nationale, suggérant de la remplacer par « adelphité » ou « solidarité ». Adelphité n’existe pas encore dans le Larousse, mais le mot vient du grec « delphe » qui signifie « utérus » et serait donc préférable pour signifier le sentiment fraternel à celui qui est actuellement utilisé et qui a une portée universelle.
stylo-plume attalLes combattantes du néo-féminisme à la recherche d’une cause y décèlent le mot « frère », pas le mot « sœur » aussi souhaitent-elles le remplacer par un mot qui n’existe pas encore et que personne ne comprend.

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