Le sionisme expliqué à Barberousse

Barberousse.jpgLes idées qu’on trouve et celles qu’on ramasse

Certains gilets jaunes ont ramassé la leur (au singulier) dans le caniveau : c’est l’antisémitisme. Ce réflexe sans réflexion a ceci de singulier qu’il suffit à nourrir l’amas gluant qui tient à certains de cervelle. Penser que le sionisme est raciste vous exempte de tout autre utilisation d’un neurone.

Examinons le cas de Maxime Nicolle, ci-devant gilet jaune et ci-derrière raciste de bas étage.

Le 21 février, ce penseur à casque à pointe, dont les Facebook Live séduisent de nombreux adeptes de l’antisémitisme à bonne conscience, a déclaré : « C’est le sionisme qui est raciste, pas l’antisionisme. »

Son idée fixe, il l’a peut-être entendue d’un derrière distrait sur France Info, le 17 février 2019, pendant qu’il SE réfléchissait sur son trône. Si c’est le cas, elle lui a été inspirée par Dominique Vidal, l’affligé d’incontinence antisémite à qui Radio France ouvre ses micros à volonté.

C’est deux jours plus tard que, pour justifier l’antisionisme, le collaborateur du Monde Diplomatique expliqua sa conception personnelle du sionisme. Mentionnant en passant l’affaire Dreyfus, sans faire de lien avec le sionisme, il résuma celui-ci à « une pensée politique née au XIXe siècle, notamment après l’affaire Dreyfus, qui considérait que « les Juifs ne pouvaient pas s’assimiler dans les pays où ils vivaient  et qu’il fallait leur donner un État pour qu’ils puissent tous se rassembler » (France TV Info) ».

La circoncision n’est pas un vaccin contre l’antisémitisme

Vidal parle de « pensée politique » pour ne pas admettre que le sionisme est le mouvement d’émancipation nationale du peuple juif. Les mouvements d’émancipation nationale des peuples, Vidal est pour. A fond. Pour tous les peuples. Sauf un seul, celui dont il est lui-même issu. Mais il n’a pas choisi d’être juif, Vidal, il a choisi d’être la conscience du monde. Pour réaliser son rêve messianique (avec lui-même dans le rôle-titre), il s’est engagé dans le communisme, synonyme pour lui de justice universelle. Les millions de victimes de Staline et les citoyens prisonniers des satellites soviétiques pendant 70 ans, tout ça c’était, à ses yeux, propagande anti-rouge et anti-rouge propagande. Quand la réalité s’est imposée à l’idéologie sous la forme de la chute du communisme, Vidal avait déjà effectué son recyclage en « combattant-de-la-juste-lutte-du-peuple-palestinien-nouveau-né ». D’une pierre deux coups : il officialisait son rejet spécifique du judaïsme, bien plus jouissif que le simple mépris de tous les opium du peuple, et il devenait l’allié des nouveaux damnés de la terre, élevés au rang d’outils de sa bonne conscience et de son autosatisfaction.

Les ratés ont toujours besoin d’un bouc émissaire

La majorité des ratés a choisi les Juifs pour ce rôle. La majorité de ceux-là cache son antisémitisme sous le voile de l’antisionisme, alors Vidal est le champion des antisionistes.

Vidal est un des rares antidreyfusards encore vivants et lui n’a même pas l’excuse d’un QI négatif. L’interview qu’il a donnée à France Info en est témoin, la radio nationale lui déroulant le tapis rouge-brun chaque fois que les sphincters de son antisémitisme lâchent.

Les Juifs ne pouvaient pas s’assimiler ? N’est-ce pas au contraire cette assimilation, assimilée à de la fourberie, qui révulsait les antisémites ? Les Juifs aimaient la France au point d’être devenus plus français que François 1er, donc tellement français qu’on ne pouvait pas les identifier au premier coup d’œil. Et comment haïr efficacement un Juif s’il ressemble à vouzémoi comme deux gouttes d’eau ? D’où l’euphorie de la horde des antisémites quand elle réussit à mettre la main sur un bouc émissaire. C’est ce qui est arrivé au capitaine Dreyfus, accusé parce que juif, jugé juif, donc coupable, et condamné au nom de tous les siens.

Retour vers la Terre : accrochez vos ceintures et décrochez de France Info

Theodor Herzl, couvrant le procès de Dreyfus pour un journal viennois, y découvrit l’étendue mondiale de la pandémie antisémite et élabora le projet sioniste pour en sauver ses victimes. C’est ce qu’il développa dans son livre L’État juif (Babelio) : « Nous sommes un peuple et c’est l’ennemi qui nous y contraint malgré nous, ainsi que cela a toujours été le cas dans l’histoire. C’est dans notre détresse que nous nous assemblons et que, soudain nous découvrons notre force. (…) Les Juifs qui le veulent auront leur État. Nous serons enfin des hommes libres sur notre terre et nous mourrons en paix dans notre patrie. »

Vouloir vivre en hommes libres qui décident de leur propre sort est un vœu que Vidal et les autres « antisionistes » défendent bec et ongles pour tous les peuples du monde. Sauf un.

« Çanarienàvoir avec l’antisémitisme et c’est nous les victimes qu’on traite d’antisémites chaque fois qu’on critique la politique israélienne, qu’elle soit conduite par la gauche, le centre ou la droite[1] », pleurnichent les antisionistes dans les Émirats du Golfe, contre espèces sonnantes et trébuchantes.

Il n’y a rien de surprenant à ce que des mal comprenants se précipitent sur une justification de leur haine tripale.

Alors on leur explique une énième fois…

« On peut être raciste envers les roux, par exemple, ou avec une certaine catégorie de personnes à partir du moment où c’est dit par une idéologie sioniste. » a éructé Maxime Nicolle sur Facebook dans sa tentative d’expliquer aux nuls le complot sioniste mondial.

Il a raison, ce serait raciste de décider que les roux constituent une sous-race et qu’il faut en débarrasser l’espèce humaine. Ce serait encore pire de mettre en œuvre un système industriel d’extermination des roux, qui serait baptisé « solution finale ». Ce serait terrible, mais logique, que dans le cadre de cette solution finale, le critère raciste déterminant l’appartenance à la race maudite soit : « avoir un grand-parent roux », y compris quand le roux à exterminer est un bébé qui n’a pas encore de cheveux ou un chauve qui les a perdus, voire un roux teint en blonde.

Le comble de l’épouvante serait atteint, si tous les pays du monde où les roux chercheraient refuge refusaient de les accueillir et que six millions d’entre eux étaient exterminés en cinq ans. Il est d’accord le gilet jaune roux ?

Que penserait-il, notre hémi-neuronal, si au lendemain de cette extermination industrielle de masse inédite, les roux voyaient leur rêve d’un État pour les roux se réaliser, installé dans la patrie d’origine des roux, Rouxland, que les anciens bourreaux des roux avaient rebaptisé Brunland après en avoir chassé les habitants légitimes ? Il serait toujours d’accord, le roux dont les ancêtres ont été persécutés depuis des siècles dans tous les pays où ils ont vécu ?

Pas de pays fondé sur une couleur de cheveux !

Ben non, il ne serait pas d’accord, le gilet jaune Maximus. Il refuse cette proposition de sauvetage, parce qu’il estime que ce serait raciste, un État réservé aux seuls roux. C’est en disant cela que Gilet Jaune troque sa roussitude contre une malcomprenance aiguë.

Il n’est pas question d’un État réservé aux seuls roux, mais d’un État refuge pour les roux du monde entier, à qui la citoyenneté est accordée dès qu’ils en font la demande. Les roux ? Quels roux ? Ben c’est pas difficile, on choisirait le critère qui avait servi à les distinguer pour la déportation et l’extermination : avoir un grand-parent roux. Toi y en a me suivre ?

Mouais, mais c’est quand même dégueulasse d’interdire aux autres…

Interdire ? Qui a parlé d’interdire ? C’est de la projection, ça. Celui qui aimerait interdire l’entrée de son pays aux roux imagine que les roux interdisent l’entrée du leur aux autres.

Appeler racisme une solidarité vis-à-vis des persécutés, ça s’appelle comment ?

Les bruns, les blonds, les châtains, tous ceux dont la couleur de cheveux ne leur vaut pas persécutions et risque d’annihilation pourraient immigrer à Rouxland. Mais, eux, ils auraient à faire la demande de naturalisation, comme les étrangers qui souhaitent devenir français, ou américains, ou finlandais, ou… Toi y en a me suivre toujours ?

Il faut aussi lui expliquer, à notre décérébré roux-jaune, que des pays pour les bruns, il y en a déjà 57 au monde, où le brun est érigé en loi et où les autres couleurs de cheveux sont ou bien interdites, ou bien tolérées sous réserve de se faire discrètes et de payer un impôt discriminatoire. Par contraste, le pays des roux, ressuscité à Rouxland, serait le seul refuge du peuple des roux dispersé dans le monde entier depuis que les Romains ont détruit leur État, il y a presque 2000 ans. Toi y en a voir où moi vouloir en venir ?

Le pompon sur la casquette kaki d’un antisémite

Aujourd’hui, en Israël, pays des Juifs où l’on surnomme affectueusement les roux « djindji », 20% de la population est composée d’Arabes israéliens, qui ont leurs partis politiques (au pluriel) représentés à la Knesset, le parlement. Un Arabe israélien préside la Cour Suprême où l’un de ses collègues est également son coreligionnaire. Plusieurs Miss Israël ont été des Arabes ou des Israéliennes originaires du Yémen ou d’Éthiopie (noires, pour préciser l’indice de racisme). Ça c’est du racisme, y a pas photo !

Dans les pays arabes, vivaient plus ou moins bien (mais plutôt mal que bien) environ 850.000 Juifs jusqu’en 1948, date de l’indépendance du seul pays qui file des boutons aux antiracistes antisémites. Ceux qui n’ont pas été tués dans les « révoltes populaires « (en russe : « pogrom ») qui ont suivi, en ont été chassés et leurs biens saisis.

Et que croyez-vous qu’il arriva ? C’est l’État juif que raciste on déclara ! LM♦

Liliane Messika, mabatim.info

Logo Liliane Messika[1] Tous les noms des partis israéliens ont la même traduction en français, qu’il s’agisse de la gauche, du centre ou de la droite, cela se dit « extrême-droite » dans les médias hexagonaux.

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3 commentaires

  1. merci à Liliane pour cet article . Toujours aussi talentueuse. c’est désolant de voir qu’il n’y a pas pire antisémite que des « juifs « eux mêmes… il serait bon d’y réfléchir.;

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  2. Vidal et Nicolle enfin réunis dans le même article. Les deux extrêmes ont fini par se rejoindre. J’espère que Vidal n’est pas dérangé par l’odeur…

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  3. Liliane Messika, j’apprécie énormément votre article. Vous savez traiter et commenter avec humour une réalité malheureusement dramatique. C’est sans doute là la seule qualité que même les antisémites ne peuvent nous réfuter. J’ajouterais à votre argumentation la seule affirmation que le rêve de Hertzel a coincidé avec un vieux rêve millénaire, celui du retour à Sion. D’où la réussite de ce projet…

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