Les médias français trompent sur Trump

Trump journaux.jpgDans la presse internationale, Trump fait les gros titres, quoi qu’il dise et quoi qu’il fasse

Il est bien normal que les actes et les déclarations du Président du plus puissant État au monde soient l’objet d’une observation attentive, à défaut d’être bienveillante : outre-Atlantique, comme chez nous, les journalistes se considèrent comme une élite triée sur le volet, inaccessible à la vulgarité de l’argent et confite dans la certitude que « socialiste » ou « democrat » sont deux façons de nommer « le bien ». Trump a choisi son camp, celui du réel. Ils vivent donc sur des planètes éloignées l’une de l’autre, dont les orbites ne se croisent jamais.

Dans la presse française aussi, Trump fait les gros titres, quoi qu’il dise et quoi qu’il fasse, des titres toujours malveillants car, du haut de notre supériorité, nous l’avons décrété coupable et incapable. Une seule exception : le silence de nos médias quand, malheureusement, il est officiellement déclaré innocent à la suite d’une longue enquête, pourtant menée à charge. Eh oui, il a vraiment été élu par les Américains, sans intervention de Poutine ou des petits hommes verts.

Suite à ce non-lieu et après qu’aient été dévoilées les conditions suspectes dans lesquelles l’investigation pour collusion avec la Russie avait été lancée sans l’ombre d’un indice pour la justifier, une contre-enquête a été initiée par le procureur William Barr, contre l’équipe Obama au sein du FBI. L’affaire porte déjà le nom de « Spygate ».

Plutôt que de relayer l’innocence, le silence

Le 10 avril 2019, toutes les Unes anglo-saxonnes titraient sur ce morceau de l’iceberg dévoilé au grand jour : Trump est innocent de la collusion avec la Russie, dont l’accusait, sans preuve, l’enquête lancée illégalement contre lui. Une contre-enquête est lancée pour éclaircir les dysfonctionnements qui ont permis au FBI de mettre ses compétences au service d’un délit de sale gueule. Trois jours plus tard, la nouvelle n’avait toujours pas de retombée dans les médias hexagonaux. Zéro, rien !

Mais ch’est bien chûr ! Il faut voir, dans ce silence, la conséquence du mauvais enseignement des langues étrangères au pays de Molière. Nul, chez nous, n’a compris la phrase dont Rabbi Google, en un dixième de seconde donne la VF : « Le procureur général William Barr a réuni une équipe chargée d’examiner les décisions controversées en matière de contre-espionnage, prises par le ministère de la Justice et les responsables du FBI, y compris les mesures prises au cours de l’enquête sur la campagne de Trump pendant l’été 2016… Cela signifie que Barr étudie les allégations selon lesquelles les législateurs républicains poursuivaient, depuis plus d’un an, une enquête sur le président Donald Trump et sa possible collusion avec la Russie, sur la base d’un parti pris anti-Trump de la part du FBI et du ministère de la Justice[1] ». 

Modeste enquête sur l’omertà sur une enquête qui ne nuit pas à Trump

13 avril 2019, recherche Google : « Barr assembles team to look into counterintelligence investigation. » Résultat : 97.500 réponses en 0,52 secondes.

Les dix premières pages concernent bien l’enquête lancée par le Procureur américain sur les dysfonctionnements du FBI, qui avait obéré sa propre campagne en 2016, en créant une suspicion de collusion avec la Russie.

Même opération avec la traduction française : « Barr rassemble une équipe pour lancer une enquête de contrespionnage ». Résultat : 340.000 réponses en 0,48 secondes.

WP Affiche FBBL
Plus d’info : cliquez

Sur la première page de résultats, un article de Dreuz, presse communautaire (catholique et sioniste, autrement dit rarissime !) Côté mainstream, un article de Radio Canada et un autre 20 minutes.ch (suisse), qui reprennent intégralement une dépêche AFP. En page 2, un résumé de cette affaire sur le blog de L’institut des libertés. Et puis un article du Figaro, qui concerne bien les démêlés de Trump avec le FBI, mais qui date de mai 2018.

Les autres réponses n’ont aucun rapport avec la demande : ainsi le mot « enquête » fait-il ressurgir les scénarii dont « Trump contre le FBI » n’est que le remake : « Fillon et le PNF », « Sarkozy contre tout l’Establishment »…

Radio Paris ment, Radio Canada aussi, mais à l’insu de son plein gré
On peut laisser le bénéfice du doute à Radio Canada qui, comme son confrère suisse 20min.ch, reprend in extenso la dépêche AFP, elle aussi 100% à charge. Le titre et la ponctuation méritent décryptage.

Du temps où ils avaient comme mission d’enseigner à leurs élèves à parler et écrire une langue orthographiquement et grammaticalement correcte, les professeurs de français donnaient souvent deux phrases identiques pour souligner l’importance de la ponctuation :

  • Le maître dit : « cet élève est un âne ! »
  • « Le maître », dit l’élève, « est un âne. »

Dans le premier cas, le maître juge l’élève, dans le second, c’est l’élève qui porte le jugement.

Dans le titre de la dépêche AFP, la ponctuation est fondamentale, le choix des mots aussi : « Les agences fédérales ont « espionné » la campagne de Trump, affirme le secrétaire à la Justice » Espionné est entre guillemets, pour traduire le doute quant à la véracité de ce qui est « affirmé » (C’est lui qui le dit, c’est pas nous, nous on n’est pas dupes ! ) Affirmé, pas « dit » ou « déclaré » qui eussent été neutres et seulement descriptifs. Le Larousse confirme, qui en donne deux significations :

1) Assurer fermement la véracité de quelque chose ; soutenir, certifier : J’affirme qu’il était présent.

2) Énoncer quelque chose avec force et conviction : Affirmer son désir d’en finir avec les abus.

L’Agence Française Procrastine à informer

Elle concentre sa force et sa conviction à délégitimer un Président, élu par les Américains, certes, mais illégitime à ses yeux. Les journalistes de l’AFP ayant voté contre lui, que fait ce personnage atrabilaire, installé dans le Bureau ovale ? Et voyez comme il s’exprime, bonnes gens : il ne parle pas, il éructe, il « tempête » ! Et il est républicain, autrement dit il n’est pas de gauche, donc il est dans le camp du mal et il convient de le souligner. Tout ceci est bien la preuve que notre aversion est de bon goût. « ‘’L’enquête a commencé illégalement. Tout cela était une arnaque. Tout. Avec des policiers véreux, des gens mauvais’’, a tempêté le président républicain, en promettant de rendre coup pour coup. ‘’Pourquoi contre-attaquer? Parce que je sais à quel point tout était illégal. C’était une mascarade !’’, a-t-il déclaré. »

En réalité, voici une traduction non interprétative de la déclaration du Président américain : « C’était une enquête illégale. Elle a commencé illégalement. Tout ce qui la concerne était malhonnête. C’était une tentative de coup d’État. Une tentative pour renverser un Président et nous les avons battus. Nous les avons battus. Nous nous défendons et vous savez pourquoi ? Parce que je savais à quel point tout ceci était illégal. C’était une arnaque. »

Ce qui sépare la version originale de celle de l’AFP, ce sont toutes les précisions à charge, qui font la différence entre « traduction » et « interprétation ».

Cerise sur le clavier, malgré des recherches exhaustives, impossible de trouver trace des « policiers véreux » et « des gens mauvais » ailleurs que dans la version AFP.

S’il y avait eu un journaliste d’investigation dans les médias français…

…Il se serait rué sur la liaison sulfureuse entre l’avocate du FBI, Lisa Page, et l’agent Peter Strzok. Il aurait évoqué les SMS qu’ils ont échangés pendant toute la durée de l’enquête à charge contre le 45ème Président des États-Unis. Cela dit, d’après The Hill, qui est à la Chaine parlementaire ce que George Lucas est aux frères Dardenne, l’histoire retiendra de Lisa Page, non pas son histoire d’amour, mais ses aveux, lors d’un interrogatoire à huis clos devant le Congrès.

Lorsque John Ratcliffe, représentant républicain du Texas, l’a interrogée sur le contenu (autre que sentimental) des textos échangés entre elle et Strzok en mai 2017, au moment de la nomination de Robert Mueller comme conseiller spécial pour l’enquête sur la Russie, voici sa réponse : « C’est le reflet de notre ignorance. Il existait toujours une possibilité qu’il n’y ait strictement aucun lien entre Trump et la Russie ». Au bout de neuf mois d’investigation par l’une des agences les plus performantes du renseignement américain (thehill.com), rien, pas l’ombre d’une trace de preuve ?

C’est ce qu’a confirmé James Comley, l’ex-directeur du FBI : « Quand l’agence a ouvert son enquête, on ne savait pas s’il y avait quoi que ce soit et, en fait, lorsque j’ai été limogé en tant que directeur [mai 2017, NDLR], je ne savais toujours pas s’il y avait quelque chose à trouver.(Fox News) » À ceux qui ne voient rien là de répréhensible, rappelons que la loi américaine ne lance des enquêtes de contrespionnage que quand un élément laisse supposer qu’un délit a été commis, pas juste parce que la tête du présumé (espéré) coupable ne revient pas au donneur d’ordre.

Si nous n’étions pas français, donc vaccinés contre l’ingérence du réel dans nos préjugés, ce serait le moment de donner rétroactivement quelque crédit aux allégations de Trump qu’une cabale avait été montée contre lui par des membres haut placés du FBI et du Department of Justice restés fidèles à Obama, aidés par les sbires d’Hillary, voire par Hillary elle-même. Mais nous sommes français, aussi haussons-nous les épaules devant les délires de ce grossier milliardaire.

Du pouvoir de taire

L’AFP ne se prétend pas journaliste d’investigation, ni journaliste tout court, seulement donneur de sens… interdit : celui du bon sens dès qu’il s’agit des personæ non gratæ triées sur le volet de son idéologie. C’est pourquoi le non-lieu accordé à Trump, après une enquête exhaustive, démarrée illégalement parce qu’à la tête du client, est ainsi résumé :

« Selon le secrétaire à la Justice, le rapport innocente le président de tous les soupçons de collusion et ne contient pas d’éléments justifiant des poursuites pour entrave à la justice.

Depuis, Donald Trump crie victoire et se dit totalement blanchi, même s’il a assuré mercredi ne pas avoir lu le rapport final de Robert Mueller, qui avait précisé qu’il n’innocentait pas le président des allégations d’obstruction à la justice. »

Si, le rapport innocente le président, mais primo, c’est « Selon le secrétaire à la Justice », expression minimaliste visant à ce que le lecteur français ne sache pas qu’il s’agit de l’Attorney General, c’est-à-dire l’équivalent de notre garde des Sceaux et qu’il s’agit donc là de la plus haute autorité statuant, ès qualité, sur l’innocence du Président.

Et deuxio le rapport « ne contient pas d’éléments justifiant des poursuites pour entrave à la justice », mais si le Président s’en dit satisfait, il a tort parce que l’AFP, elle, trouve dans cette formulation matière à espérer qu’on va trouver lesdits éléments, si on continue de chercher assidûment.

À l’inverse, retombées massives pour « soupçons de collusion Trump-Poutine »

On ne peut pas reprocher aux médias français de ne pas chercher des faits incriminants Trump : pourquoi se donneraient-ils du mal, quand on leur apporte sur un plateau de juteuses hypothèses ?

Et comme ils ne croisent jamais les sources, si ce qu’elles rapportent leur conviennent, on comprend que la recherche Google sur la phrase-clef : « Trump aurait bénéficié d’aide russe pour se faire élire » donne 227.000 résultats dont les dix premières pages sont pertinentes, avec par l’ordre d’apparition à l’écran : La Croix, Le Monde, Courrier international, Réseau International, Journal de Montréal, La Tribune, Atlantico, le Quotidien

Fox News a vérifié les sources. Surprise ! Tout ce que disent les anti-Trump n’est pas vérité d’Évangile ! Incroyable. Alors la politique de Trump vis-à-vis de la Russie n’était pas une preuve irréfutable de sa duplicité ? Et l’article du Washington Post contenant des allusions à sa culpabilité ne reflétait pas non plus une vérité révélée ? Ben non.

« Le FBI n’a pas fourni sa propre évaluation indépendante de la question de savoir si l’édito (en anglais « Opinion ») du Washington Post contenait des informations exactes et il n’a pas mentionné le fait que l’administration Obama avait la même politique d’armement de l’Ukraine que celle de l’équipe de Trump.

Le FBI n’a pas non plus clairement indiqué que Steele[2] travaillait pour une entreprise qu’Hillary Clinton avait employée pour sa propre campagne. Le FBI s’est contenté de mentionner que le dossier de Steele avait été préparé dans le cadre d’une campagne présidentielle.[3] »

Pour que la presse française s’intéresse à un scandale, il faut et il suffit…

  1. Il faut que le scandale concerne un dirigeant, de préférence un président, mais il suffit qu’il soit le challenger le mieux placé dans la course à la présidence.
  2. Il faut que le dirigeant soit de droite et il suffit d’une rumeur pour étoffer les accusations.
  3. Il faut que le dirigeant de droite soit coupable, mais il suffit qu’il ne soit pas déclaré innocent par la justice de son pays.
  4. Il faut que le personnage mis en cause soit de droite, mais s’il ne l’est pas et que le scandale est devenu viral sur les réseaux sociaux, il suffit de faire oublier qu’il est de gauche.
  5. Il faut que le dirigeant de droite impliqué dans le scandale y ait un intérêt direct, mais s’il est de gauche, il suffit que ses intérêts, s’ils sont mentionnés, soient relégués en toute fin d’article.
  6. Il faut que des sommes astronomiques soient en cause et il suffit qu’on puisse associer un industriel (de préférence milliardaire) au scandale.

Exemple ? Le 13 avril 2019, sous le titre « Comment la France a effacé la dette fiscale d’un industriel indien associé de Dassault  (le Monde, le Monde racontait une sombre affaire de passe-passe (je t’efface ta dette, tu m’achètes des avions) en dissimulant que l’auteur de la manœuvre n’était pas « la France », mais le Président socialiste de l’époque, et que « l’associé de Dassault » avait financé un film produit par Julie Gayet, ci-devant concubine du ci-dessus président socialiste.

Et Trump, dans tout ça ? Relisez les critères : 1, OK. 2, OK. 3, pas OK : il est bien dirigeant de droite, mais il a été officiellement blanchi par la justice de son pays. Disqualifié ! LM♦

Cécile Attal, mabatim.info

stylo-plume attc[1] Communiqué repris dans d’innombrables médias, par exemple : Bloomberg
[2] Christopher Steele est un ex-espion britannique, ouvertement anti-Trump dont « l’Opinion » dans le Washington Post a lancé la rumeur sur la collusion de Trump avec la Russie.
[3] ibid

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3 commentaires

  1. La fondation clinton elle , est , bel et bien finançée par des fonds russes , gageons que Trump , en gros futé , va attendre la proximité des elections pour lancer une contre attaque devastatrice pour les pro iraniens chers au coeur de notre presse 😂
    Mais , il me semble que l AFP est souvent dans le camps des industriels français qui couchent avec les mollahs ☹️

    Je sais c est medisant de reduire de si preux militants de la  » liberté egalité fraternité » a des leche babouche plein de venalité

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  2. Je vais faire mesquin, devant cet excellent article mais l’exemple de la ponctuation serait plus juste si vous écriviez : « le maître dit : « l’élève est un âne ». et « le maître, dit l’élève, est un âne. »
    Mais cela concerne la presse, très approximative, alors…

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  3. Muller ne trouve rien qui pourrait alléguer le moindre début de preuve contre Trump, en ce qui concernerait ses accointances avec la Russie et son élection…Alors que le rapport « ne contient pas d’éléments justifiant des poursuites pour entrave à la justice » ?
    Pour autant dans son rapport final il a le toupet de « préciser qu’il n’innocentait pas le Président des allégations d’obstruction à la Justice » ?
    Mais il est fou ce Gaulois…Heu ce Muller !
    Quels sont donc les actions de Trump qu’il considère comme obstruction à la justice ?
    – Peut-être le fait que Trump ait osé agir pour se défendre des fausses accusations portées contre lui dans cette affaire ?
    Alfred Jarry n’aurait pas fait mieux dans l’absurde, pourtant il a excellé avec « Ubu Roi ».
    Ce qui peut démontrer que les Démocrates américains se débattent stupidement dans une situation ubuesque !
    Aujourd’hui, même Muller, l’auteur du rapport est dans leur collimateur, et William Barr n’échappera pas à leur vindicte.
    Quant aux Français, de tout temps anti-américains primaires, sauf depuis « l’avènement obamanesque, ils pataugent dans l’absurde depuis tant de lunes, qu’il n’est pas étonnant qu’ils se rallient à une telle cause. Mais « en attendant Godot (Samuel Beckett ) », « la vérité est en marche (Zola pour Dreyfus) et toute « la parodie (Arthur Adamov » qu’ils jouent tous finira par leur faire s’arracher les cheveux de dépit. Lol, ils finiront, tous ces malveillants : Chauves ! Comme la « cantatrice chauve » de Ionesco.
    Ces pauvres gauchistes dans le monde, nagent en plein délire.

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