« Histoire mouvementée des Smolar » : Pères, fils et petits-fils (1/3)

arbre généalogique.jpgDans la Pologne d’entre-deux-guerres

Le nom du journaliste Piotr Smolar apparaît souvent dans l’actualité du Proche-Orient où il a exercé pendant plusieurs années en tant que correspondant permanent du journal Le Monde. En le lisant, on ressent souvent un fort agacement tant il est passé maître dans l’art des présentations biaisées et plus que discutables des faits.

Mais ce nom a pour moi aussi d’autres connotations, car il me fait souvent penser à son grand-père, Hersh et son père Aleksander, à leurs destins respectifs des Juifs polonais qu’on pourrait voir comme emblématiques. Le grand écrivain russe Ivan Tourgueniev avait intitulé son fameux roman Pères et fils, suivons son exemple en élargissant le propos aussi aux petits-enfants !

La vie de Hersh Smolar, grand-père de Piotr, ressemble à un roman où, à chaque page, le héros doit combattre maintes difficultés, et ses victoires débouchent en général sur des problèmes encore plus grands, voire insurmontables. Il est né en 1905 à Zambrow, une petite ville de la Pologne orientale, dans une famille d’un modeste artisan. C’était un vrai shtetl, car les Juifs formaient plus de 50 % d’habitants. Le yiddish était sa première langue et il avait suivi des cours au héder comme la plupart des petits garçons juifs de l’époque. Au fil des ans, il apprend le polonais, le biélorusse, l’ukrainien, le russe et même, sur ses vieux jours, des rudiments d’hébreu moderne.

En 1917, quand la révolution d’Octobre éclate, il fréquente encore l’école primaire, mais posséde déjà une conscience politique bien développée ; il organise un groupe qui portait le nom de l’Union de la Jeunesse Socialiste. Et un peu plus tard, en 1920, pendant la guerre entre la Pologne et la Russie bolchévique[1], il organise dans sa région, occupée un court moment par l’Armée rouge, un comité révolutionnaire.

Après la victoire inattendue, presque miraculeuse de l’Armée polonaise, le tout jeune Hersh est recherché par les autorités militaires et il quitte alors sa ville natale pour s’installer à Varsovie, pensant qu’il était plus facile d’échapper à la surveillance policière dans une grande ville. Rapidement il rejoint le Parti Communiste Polonais, créé de fraîche date. Probablement à la même époque il polonisa son prénom en devenant Grzegorz[2]. Comme il avait toujours à ses trousses la police militaire, les dirigeants du parti organisent son départ pour Kiev où on lui confie quelques responsabilités dans l’Union de la Jeunesse Communiste.

Hersh au pays des Soviets

Peu de temps après, on le retrouve à Moscou où il entame sa formation dans la section yiddish de l’Université Communiste des peuples minoritaires qui devait formait les cadres dirigeants pour le pays multinational qu’était l’Union Soviétique en train de naître. En 1925 il intégre officiellement le parti communiste d’URSS et s’installe à Kharkov qui entre 1920 et 1934 était la capitale de l’Ukraine. Lors de son long séjour en Union Soviétique, Grzegorz Smolar se trouvait en général à l’Ouest de l’énorme pays, surtout en Ukraine et Biélorussie. Il faut savoir que pendant les années 20 la situation des Juifs soviétiques y était relativement satisfaisante. Dans ces deux républiques il y avait des écoles juives, la presse yiddish était bien ancrée, les théâtres avaient un public fidèle. En Biélorussie le yiddish faisait partie des langues officielles, comme le biélorusse, le russe et le polonais. Le jeune Grzegorz/Hersh était dans son élément, en devenant un journaliste de mieux en mieux formé.

En 1928, le Kominterm le fit revenir en Pologne où il devait précisément « couvrir » la partie orientale, habitée surtout par des Biélorusses. Son activité de propagandiste était entrecoupée par des emprisonnements successifs[3], lesquels en fin de compte, lui sauvèrent la vie, car pendant cette période, de très nombreux communistes polonais qui séjournaient en URSS, étaient liquidés pendant les purges successives. En 1936 il écope d’une peine de six ans, raccourcie par la guerre qui débute le 1 septembre 1939. Se trouvant dans la région frontalière, il ne connaît pas immédiatement l’occupation allemande, car suite au pacte Ribbentrop-Molotov du 23 août, ces territoires furent occupés par des Soviétiques à la mi-septembre 1939. Hersh Smolar trouve alors refuge à Biaɫystok où on lui confie le poste de rédacteur en chef du quotidien yiddish Bialystokier Shtern. Pendant ce séjour il fait la connaissance de Walentyna Najdus, une jeune femme à la biographie étrangement ressemblante à la sienne[4] et qui travaillait alors dans le journal polonais de la ville. En décembre 1940 naissait leur fils aîné, Aleksander. Après l’invasion allemande le couple est obligé de se séparer pour plusieurs années : Walentyna avec le bébé est évacuée vers les régions éloignées du front, tandis que son mari fait à pied les quelques 350 kilomètres qui le séparaient de Minsk, la capitale de Biélorussie. Il n’a pas le temps de fuir la ville, occupée dans les derniers jours de juin 1941.

Dans le ghetto de Minsk

D’après le dernier recensement soviétique de 1939, Minsk comptait 239.000 habitants, dont 71.000 Juifs[5], d’autre part la population juive avait connu une croissance significative suite à l’arrivée massive des réfugiés juifs polonais entre 1939 et 1941. Pendant la guerre, le ghetto de Minsk était le plus grand de l’URSS où, fait significatif, la résistance a été très forte, mais pratiquement oubliée de nos jours[6]. Très rapidement Hersh Smolar, un étranger, un homme qui venait d’arriver dans la ville, devient l’organisateur important de la lutte contre l’occupant. Le ghetto de Minsk était entouré par des fils barbelés et non par des murs comme à Varsovie ; on pouvait assez aisément y pénétrer. Se trouvant dans le ghetto, Smolar, en contact avec les communistes de la ville, arrive à organiser des actions qui ont un retentissement certain auprès de la population biélorusse. En fin de compte, les conjurés étaient assez nombreux à l’intérieur comme à l’extérieur du ghetto. D’autre, part à Minsk, pratiquement la totalité du Judenrat[7] coopérait avec la résistance. Dès le début de la guerre, le mouvement de partisans était fort dans cette république soviétique et un certain nombre de Juifs ont pu fuir dans les nombreuses forêts qui entouraient la ville, et où les Allemands hésitaient à s’engager. Ensuite, ils rejoignaient des partisans soviétiques ou organisaient leurs propres groupes armés.

Dès la création du ghetto, un nombre important d’enfants furent sauvés ; ils étaient confiés à des familles biélorusses ou bien placés dans des orphelinats. Les résistants du ghetto sont même arrivés à libérer les soldats soviétiques emprisonnés dans un camp de la ville et qui rejoignirent ensuite les partisans. Les ouvriers juifs des usines allemandes volaient des vêtements chauds et des bottes destinés aux soldats allemands et les faisaient parvenir dans les détachements clandestins. Ils réussissaient aussi à se procurer des armes, des médicaments. Au printemps 1942 les Allemands accélérent les massacres de Juifs à Minsk et dans toute la Biélorussie. Près de 10.000 personnes quittèrent alors clandestinement la ville, dont la moitié allait survivre ; Smolar était de leur nombre.

J’ai pu visiter Minsk, en accompagnant un groupe d’élèves en 1989, deux ans avant la dislocation définitive de l’URSS. C’était alors une ville sans mémoire, car à cause des destructions massives durant la guerre, elle avait été entièrement reconstruite, en devenant une ville moderne ; loin d’être laide, mais sans beaucoup de charme. Il y avait pourtant un monument à la mémoire des victimes du ghetto érigé en 1947 et, fait extraordinaire pour l’Union Soviétique de l’époque, il comportait des inscriptions en yiddish.

Après la guerre, Hersh Smolar resta un certain temps en Union Soviétique. Sa femme et son fils ainé Aleksander le rejoignirent à Minsk, où en 1945 naissait son fils cadet, Eugène. Mais il se sentait menacé en tant que Juif, car l’antisémitisme ambiant devenait de plus en plus fort. Il s’était rapproché à l’époque du Comité Antifasciste Juif et prit même part à la préparation du Livre Noir[8], supervisé par Vassily Grossman et Ilya Ehrenbourg. Il avait écrit un livre sur le ghetto de Minsk, publié en yiddish et en russe à Moscou en 1946 par la maison d’édition Emes (la Vérité), interdite et fermée à jamais pendant la grande vague des persécutions, dirigée contre les Juifs à la fin des années 1940 et voulue par Staline.

Retour en Pologne

Profitant du vaste rapatriement entre 1946 et 1949 des citoyens polonais qui souhaitaient quitter ces régions devenues soviétiques, Hersh Smolar partit en 1947. Il apprend alors la disparition dans la Shoah de la majeure partie de sa famille. Comme il souhaitait continuer son action politique dans la Pologne qu’il considérait être sa patrie, il rejoignit les organisations juives qui apparurent dès la libération de la partie orientale du pays dans la seconde partie de l’année 1944. Ainsi, en novembre, fut créé le Comité Central des Juifs de Pologne qui devait représenter les Juifs survivants (à peu près 30.000) et surtout ceux bien plus nombreux qui arrivaient d’Union Soviétique (leur nombre était estimé à 250.000).

Ce comité reflétait la composition des mouvements politiques juifs : des sionistes, des socialistes des bundistes, des communistes… Sa présidence était assurée par Adolf Berman, un sioniste de gauche, résistant du ghetto de Varsovie et membre très actif du mouvement żegota qui avait permis le sauvetage de plusieurs milliers de Juifs. À l’époque, les relations entre les sionistes et les communistes étaient plutôt cordiales ; ces derniers souhaitaient, comme le parti communiste soviétique, la création d’un État juif pour contrecarrer l’influence de la Grande Bretagne au Proche-Orient.

Mais la situation change à la fin de l’année 1948, ce qui correspond d’ailleurs à la grande vague d’antisémitisme en URSS et dans tous les pays de l’Europe de l’Est sous les slogans de lutte contre le cosmopolitisme. Il devenait alors évident que le sioniste Adolf Berman ne pouvait plus rester le président du Comité Central des Juifs de Pologne. Pendant les réunions, Smolar formulait des propos cinglants sur le caractère réactionnaire du sionisme et la nécessité d’éliminer de la société polonaise les poltrons juifs[9]. Outré, Berman, connu pour son courage personnel et son abnégation, jeta l’éponge. Il démissionna en 1949, et en 1950 émigra en Israël avec sa femme Basia et son fils. Il fut remplacé par… Grzegorz/Hersh Smolar.

Le nouveau président resta à ce poste jusqu’à 1962. L’organisation changea de nom devenant l’Association Socio-Culturelle des Juifs de Pologne. Nouveau président, nouvelle appellation… Parallèlement, il assure le poste de rédacteur en chef du journal yiddish Folks Shtime[10], lu et apprécié par le public yiddishophone, même à l’étranger. Ce travail était même probablement le plus important pour lui, car Hersh Smolar était viscéralement attaché à la langue yiddish, à la culture juive d’Europe, même s’il n’est pas arrivé à transmettre cet héritage à ses fils, pour lesquels le polonais était la langue maternelle et qui se verront comme des patriotes polonais tout au long de leur vie.

Pourtant, il fut limogé en 1962 au profit d’un certain Leib Domb[11], et perdit le poste de rédacteur en chef en 1968. Cette dernière démission correspond à la période où, en Pologne, les mouvements antisémites symbolisés par le ministre de l’Intérieur Mieczysɫaw Moczar devenaient de plus en plus forts.

En tant que président de cette association il suivit fidèlement la politique générale du pays, inféodé à l’Union Soviétique. Mais il faut quand même préciser que la mort de Staline le 5 mars 1953 apporta des changements importants dans la situation des Juifs en Pologne. Si au début des années 1950 l’Association Socio-Culturelle des Juifs de Pologne devait contrôler, pour ne pas dire espionner, les opinions politiques de la communauté juive, avec le dégel intervenu après le XXCongrès du Parti Communiste Soviétique, l’étau se desserra légèrement et dès le 4 avril 1956, Hersh Smolar put publier un article où il décrit la tragédie du Comité Antifasciste Juif et énumère les noms des personnalités fusillées le 12 août 1952. Pour l’Occident, il s’agissait du premier témoignage sérieux et bien documenté de la situation des Juifs d’Union Soviétique durant les années d’après-guerre.

L’Association, qui recevait à cette époque une aide conséquente de la part du Joint, se tourna surtout vers le public jeune ; clubs, colonies et camps de vacances étaient placés au cœur de l’activité. Mais Hersh Smolar ne relâchait pas son attention et veillait au grain. Un jour, en visitant un camp de jeunes, il remarqua à l’entrée un « Magen David » fait avec des pierres multicolores. Furieux, il convoqua tous les participants et les morigéna pendant toute la soirée, en expliquant que leur patrie était la Pologne et surtout pas Israël[12]. Mais les jeunes étaient tenaces et au début des années 1960 dans les locaux même de l’association, au 5 de la rue Nowogrodzka, pratiquement en face du siège du Parti communiste polonais[13], ils créent un club de discussion baptisé Babel qui comptait presque 300 membres et que les autorités voyaient d’un très mauvais œil. Les fils Smolar y venaient souvent et participaient aux discussions, trop libres et provocatrices pour les autorités du pays.

Néanmoins la fonction officielle de Hersh Smolar lui conférait en Pologne une situation privilégiée. Il faisait probablement partie de la « nomenklatura » et profitait du niveau de vie des hauts fonctionnaires du parti. Il avait accès à des informations secrètes, pouvait se rendre à l’étranger, y compris en Israël, même lorsque les relations étaient devenues très tendues entre l’État juif et les pays du camp socialiste. Par ailleurs tous les membres de sa famille profitaient également de cette situation privilégiée par rapport aux citoyens moyens de la République Populaire de la Pologne.

Mais il est probable que cet homme, un communiste pur et dur, ne pouvait pas imaginer que cette vie, somme toute confortable et stable, serait brutalement interrompue, qu’il lui faudrait la quitter, partir loin de Varsovie et surtout que dans ces changements, ses propres fils allaient jouer un rôle non négligeable ! AS

Ada ShlaenAda Shlaen, MABATIM.INFO

À suivre :
Les fils prennent la relève ! (2/3)
Et le tour des petits enfants est venu ! (3/3)

[1] Guerre entre la Pologne et la Russie de 1920, ce conflit porte aussi le nom de « la guerre bolchévique ». Le tout nouveau pouvoir soviétique souhaitait ainsi exporter la révolution sur tout le continent européen. En fin de compte, l’armée soviétique dirigée par Toukhatchevski et Boudienny subit une grave défaite, et la Russie bolchévique signa un accord de paix plutôt favorable aux Polonais
[2] On prononce « gjegoge » (Grégoire)
[3] À l’époque le parti communiste était interdit en Pologne
[4] Walentyna Najdus est née en 1909 dans une famille juive complètement polonisée et assez prospère. Contrairement à Hersh Smolar, elle ne parlait pas le yiddish, mais le comprenait assez bien, car elle connaissait l’allemand. Très jeune elle devint membre du Parti Communiste (ou plutôt du Mouvement Jeunes Communistes). Avant la guerre elle fut emprisonnée à plusieurs reprises et se trouvait en prison quand la guerre éclate. En septembre 1939 on la retrouve à Bialystok, mais après l’invasion allemande elle a pu être évacuée et elle n’a pas connu l’occupation nazie.
Elle était historienne de formation et après 1945 a enseigné à l’Université de Varsovie. Contrairement à son mari et ses fils, elle n’a pas voulu quitter la Pologne après la campagne antisémite de 1968. Elle est morte en 2004 à Varsovie et a été enterrée au cimetière juif de la ville.
[5] Je rappelle que sur les papiers officiels et les formulaires soviétiques on indiquait aussi bien la citoyenneté (soviétique pour tous) que la nationalité (le fameux 5 point).
[6] Hersh Smolar avait écrit un livre געטאָ מינסקער פֿון, publié en 1946 (Le ghetto de Minsk). Ce livre est traduit en anglais sous le titre : The Minsk Ghetto : Soviet-Jewish Partisans Against the Nazis, New-York, Holocaust Library, 1989. On peut lire aussi un témoignage intéressant sur cette période sur le site des opposants biélorusses au président Loukachenko  ainsi que dans le livre de l’historien américain Timothy Snyder Terres de sang.
[7] Judenrat :conseil juif local, désigné par les occupants
[8] https://mabatim.info/2016/09/22/portrait-littraire-ilya-ehrenbourg/
[9] Timothy Snyder, Terres de sang, page 544
[10] La voix du Peuple
[11] Leib Domb est bien connu en Occident en tant que Léopold Trepper, le fameux espion soviétique de l’Orchestre rouge.
[12] Joanna Wiszniewicz, życie przeciẹte, page227
[13] Je rappelle qu’officiellement en Pologne il n’y avait pas de parti communiste, le nom officiel était le Parti Ouvrier Unifié.

4 commentaires

  1. Ces histoires terribles de juifs happés par l ideologie communiste qui fut , un temps , si attractive , sont legion en europe de l est .
    Ce qu on peux reprocher a piotr smolar c est d etre aujourdhui le porte parole d un media vicieux et vicié : le journal Le Monde , ex journal de reference , mais vrai machine de propagande , antisioniste forcené , voire parfois antijuif .
    Ce pseodo  » journal  » est peuplé de gens plus ou moins gauchistes , il y profitent d avantages pecuniers importants et y pratiquent la desinformation active au profit de certaines dictatures et aussi des interets du patronat français qui pilote le quai d orsay .
    Un bien etrange melange des genres , assez typiquement français , ou l on sait que la bourgeoisie intellectuelle porte le coeur a gauche et le portefeuille a droite 😀

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  2. Vite la suite !
    Beaucoup de Juifs se sont fourvoyer en défendant des causes avec efficacité ,mais fatales pour la majorité des Juifs.
    Nous le voyons ,aujourd hui en France comme en Israël.

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    • Je suis bien d accord et je crois que les juifs qui ont oeuvré tant et plus pour les pays etrangers doivent desormais se consacrer a leur terre ancestrale , il faut tout faire pour aider a l alya , seule issue redemptrice pour chacun d entre nous

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