L’incendie de Lubrizol

incendie-lubrizol.jpgPierre-André Durand, Préfet de Seine-Maritime, Rouen :
« AUCUN RISQUE POUR LA SANTÉ ! »

La preuve par le Préfet.

« Je vis à Rouen, je travaille à Rouen, il n’y a aucun risque pour la santé » explique, sur le Live de BFM TV le Préfet de Rouen, Pierre-André Durand, sur le ton de l’évidence, ce mardi 1ᵉʳ octobre au matin, à une semaine moins un jour de l’incendie de l’usine rouennaise d’additifs lubrifiants de produits pétroliers, Lubrizol qui a été incendiée à 2h40 dans la nuit du mercredi 25 au jeudi 26 septembre 2019, entraînant un nuage noir de polluants de 22kms.

Un peu plus tard dans la matinée, Yvon Robert, le maire PS de Rouen nous servira le même raisonnement qu’on apprend aux élèves de CM2 à réfuter, la preuve par le moi subjectif, caractéristique du stade piagétien dit des « opérations concrètes » des enfants de 5 à 11 ans encore plongés dans l’égocentrisme intellectuel. À ce stade, un enfant qui constate l’extinction des lumières d’une ville au moment où il heurte un lampadaire avec son vélo dira, sans douter, que c’est lui qui a provoqué ce phénomène. Tout ce que cela prouve c’est que, lorsqu’une catastrophe écologique et sanitaire survient dans notre beau pays de France, le niveau cognitif des hommes politiques chute visiblement et subitement du stade des opérations formelles, qui suppose l’accès au raisonnement hypothético-déductif, et qui démarre en moyenne vers 11 ans, au stade précédent, qui l’exclut.

Que voilà une preuve scientifique de toute rigueur ! Tant que les habitants de Rouen ne sont pas tous morts et enterrés le Préfet, et le maire de Rouen, tels les derniers survivants du Titanic, tenteront de persuader leurs concitoyens qu’une usine classée Seveso seuil haut d’additifs de lubrifiants pétroliers qui brûle n’entraîne qu’une odeur désagréable de gaz oil qui, certes, est « anxiogène » mais qui ne comporte « aucune nocivité de l’air ». Il n’y a qu’un hectare et demi sur les 14 hectares que couvre en tout le site qui ont brûlé, du reste ! On sent que le Préfet se raccroche aux branches.

Simultanément une autre usine Seveso, seuil haut, Borealis, située à Grand Quevilly, rive gauche, à 4 kms de Rouen, qui fabrique des engrais et stocke des produits à haute toxicité et spécialement de l’ammoniaque, a été mise à l’arrêt le 1ᵉʳ octobre à la suite d’une « perte d’alimentation électrique », la préfecture parle aussi de « réchauffement électrique » – ce qui signifie le contraire… En ce moment il y a une véritable épidémie de malaises dans les usines Seveso de l’agglomération rouennaise ; combien, au fait, y en a-t-il en Normandie ? 86, dont 49 à haut risque. La plus haute concentration régionale de toute la France qui en compte 1372 en tout. Rouen n’a jamais aussi bien porté son titre de « pot de chambre de la Normandie » à moins que le pot de chambre ne soit…la Normandie.

Nonobstant les échauffourées, qui se sont produites hier devant la Préfecture de Rouen, de citoyens qui demandent « la vérité » – tout en disant, par la voix de leur porte-parole l’énormité qui consiste à vouloir qu’on leur confirme que les substances chimiques toxiques de l’usine « ne se sont pas dispersées dans l’air » – et la contradiction logique qui se trouve entre la preuve par le Préfet et les analyses commandées par icelui pour… ? – on se demande pourquoi, vu qu’on est en présence d’une absence de toxicité bien démontrée par le fait que les écoles ont été réouvertes partout dans l’agglomération après essuyage de quelques suies inopportunes. Et ce ne sont pas quelques professeurs mal avisés ayant exercé leur droit de retrait dans plusieurs collèges, qui nous feront croire le contraire. Les faits sont les faits !

Retour au stade cognitif adulte

André Cicolella, président du Réseau Environnement Santé, toxicologue, chimiste, a caractérisé, mardi 1ᵉʳ octobre matin sur BFM TV le propos du préfet Durand « d’exercice de langue de bois » et dit qu’il ne fallait pas être grand clerc pour savoir que des paraffines chlorées se trouvent dans une usine d’additifs de lubrifiants ; leur incendie apporte des dioxines chlorées dans l’air. Que l’analyse de l’air ne met pas une semaine à donner des résultats. Il fallait regarder BFM pile au bon moment où cet empêcheur de mentir en rond s’exprimait, mes amis, car le propos d’André Cicolella n’est pas près d’être repris en boucle par BFM, pour cause de non-politiquement correct. Les dioxines chlorées sont des perturbateurs endocriniens majeurs – c’est toujours André Cicolella qui parle ; ces substances restent dans l’organisme pendant des décennies et génèrent, petit à petit, de grandes maladies chroniques : cancers du sein, maladies cardiovasculaires, dégénérescence cognitive : ce sont là les maladies consécutives à l’ingestion de perturbateurs endocriniens, martèle-t-il. Le président rouennais des Robin des bois, Jacky Bonnemains confiait au micro de Marina Carrère d’Encausse, dans l’émission Le Mag de la santé sur France 5 lundi 30 septembre à 13h50, la liste des produits toxiques vraisemblablement présents dans l’air de Rouen, désormais : dioxines, furanes, résidus soufrés, chlorés et phosphorés. Ces particules invisibles et inodores ne sont pas filtrées par les masques chirurgicaux vendus dans les pharmacies. Ce sont eux et non les odeurs irritantes de benzène qui sont les plus dangereuses, à long terme, pour la santé puisqu’ils sont clairement cancérogènes.

D’ailleurs on pourra s’inquiéter à bon droit pour la carrière de Monsieur Cicolella qui a refusé de passer d’expert en chimie et toxicologie à expert ès langue de bois, puisqu’il a refusé de se livrer à l’enfumage général malgré son poste « à responsabilité » et préfère la morale de conviction à la morale de ralliement à ce qu’il appelle – le vilain ! – « langue de bois ».

Cet homme honnête a tout dit. Il n’y a pas que les suies et l’odeur de benzène que le Préfet et le maire PS de Rouen, Yvon Robert, font mine de considérer comme étant le seul danger menaçant la population, et qu’il suffirait de laver pour écarter tout risque sanitaire.

Des pompiers affublés par leur hiérarchie d’un simple masque de papier qui laisse passer les particules toxiques fines ont fait état de leur inquiétude pour avoir travaillé au pied de l’incendie dès le jeudi 27 septembre matin et en avoir été par la suite impactés par des maux de tête de plusieurs heures et des nausées. Ils s’étonnent que leur hiérarchie n’ait rien prévu pour les protéger de manière conséquente des fumées toxiques.

Que ce soit Corinne Lepage ex-ministre de l’Environnement ou d’autres députés comme Eric Coquerel député LFI de Seine Saint Denis, tous rappellent que le gouvernement actuel a délibérément choisi de réduire drastiquement les visites de contrôle des usines Seveso et ce, au moment où celles-ci sont vieillissantes et présentent un danger accru. Il ne faut pas fâcher les actionnaires et leurs profits, à commencer par le propriétaire actuel de l’usine (créée en 1928 !) Warren Buffet.

La question de savoir la cause de l’incendie ne sera pas posée. On commence à avoir l’habitude

Mais si ce n’était pas un problème lié à la sécurité intérieure de l’usine – celle de Lubrizol n’était qu’un entrepôt et non une usine de fabrication – mais une intention criminelle et, qui sait terroriste, qui aurait présidé à cet incendie ? Des habitants de Mont Saint-Aignan, un couple tout ce qu’il y a de correct, rencontré sur le site dit « du Panorama » d’où on pouvait, dimanche 29/09, regarder monter dans le ciel, les fumées des braises de Lubrizol toujours brûlantes, m’a confié qu’ils étaient parents avec un pompier du Havre venu prêter main-forte à ses collègues de Rouen en apportant les mousses qui permettent d’éteindre ce type d’incendie chimique qu’on ne peut résoudre à l’eau, et que celui-ci leur avait dit qu’il y avait eu forçage de la grille d’entrée de l’usine, ce qui tendrait à prouver une intention criminelle. Pour autant ce couple ne plaçait nullement le terrorisme islamique au premier chef de ses préoccupations mais faisait l’hypothèse d’un pyromane. Il faut rester dans les limites de la décence, car il y a des choses trop pénibles à s’avouer dans la région de l’égorgement du Père Hamel, en plein culte catholique, le 26 juillet 2016, culte dans lequel il se prononça, le pauvre homme, à plusieurs reprises pour le pardon à nos ennemis. Un pardon qu’on lui fit rentrer dans la gorge…

Répartition des produits chimiques contenus dans les principaux additifs multiusages.jpg
Répartition des produits chimiques contenus dans les principaux additifs multiusages

Allant aussi dans le sens de la désignation d’un responsable – pardon agent – extérieur, le directeur de l’usine Lubrizol précisa que ce qui brûla n’était pas un lieu de production d’additifs mais seulement un entrepôt dans lequel ne se trouvait personne au moment du départ du feu et il déposa une plainte pour « destruction involontaire » de ce qui brûla ; il lit dans le marc de café et dans les intentions de celui ou de ceux qu’il ne connaît ni d’Ève ni d’Adam celui-là ! Mais après tant d’assassinats, notamment de Juif-ve-s, commis, aux dires de la Justice, à l’insu du plein gré de leurs auteurs et donc sans engager leur responsabilité de pauvres “déséquilibrés”, le directeur trouva ainsi une parade subtile pour désengager sa responsabilité sans pour autant engager celle d’autrui ce qui, on en convient, n’aurait pas été chic.

J’émis l’hypothèse d’une ambiance sociale délétère dans notre région du fait du clivage très marqué entre les rives droite (plutôt bourgeoise) et gauche, (populaire à forte concentration immigrée et parfois salafiste, par exemple à Saint-Étienne du Rouvray, lieu de l’assassinat du Père Hamel) de la Seine. L’homme me fit remarquer que la Grandmare, autre banlieue très populaire, se situait rive droite. C’est vrai. N’empêche que Rouen se caractérise par de larges ghettos socio-économiques et désormais identitaires qui attisent le ressentiment et accélèrent le recrutement islamiste. La population du centre-ville a eu le tort de considérer que cette partition sociologique entre les « gens bien » et les « bruit et l’odeur » ne porterait pas à conséquence. Cela ne se vérifie jamais.

Lubrizol, de la catastrophe sanitaire au mensonge d’État

Le site Lubrizol est classé seuil haut, il n’y a aucun doute sur le caractère cancérogène et de haute toxicité des additifs d’hydrocarbures qui ont brûlé dans la nuit de mercredi 25 à jeudi 26 septembre. Les analyses chimiques qui sont réclamées avec insistance par les riverains et les partis d’opposition ne sont là que pour pouvoir engager des demandes de compensations financières aux assurances individuelles et aux autorités civiles qui n’ont pas suffisamment sécurisé le site après la première alerte donnée par celui-ci en 2013. Nul doute que ces montants seront exorbitants surtout de la part de personnes pouvant les réclamer au nom d’une fragilité pulmonaire ou autre déjà détectée et qui requiert un environnement ne les exposant pas à un surcroît de risques sanitaires. Nul doute que Warren Buffet auquel appartient Lubrizol, ne voudra pas les payer et que le « pollueur, payeur » fera long feu.

Des familles entières avec des jeunes enfants habitant près de ce site ou dans une zone proche et impactée par la modification de la teneur de l’air auront besoin d’être indemnisées pour pouvoir déménager et recommencer leur vie dans d’autres régions et en prenant garde, cette fois, à ne pas s’installer dans une aire proche d’un site Seveso. La responsabilité financière des communes de l’agglomération rouennaise sera engagée et, tandis que la dévaluation des appartements sera une source d’appauvrissement pour les petits propriétaires, les impôts locaux monteront en flèche pour permettre aux pouvoirs locaux d’indemniser – a minima – ceux qui en feront la demande et notamment les assureurs qui se retourneront contre eux. Devant l’absence de décision politique de détruire totalement ce site, le montant des assurances santé et contre les risques grimperont en flèche. De beaux jours en perspective… si les pouvoirs publics acceptent de dire la vérité… Rien n’est moins sûr, étant donné les enjeux financiers.

Un problème culturel

Aux dernières nouvelles, Christophe Bouillon, députe PS de Seine Maritime et l’ensemble des députés de l’opposition demandent une Commission d’enquête parlementaire et la reconnaissance officielle de l’état de catastrophe technologique. Mais poser des mots pertinents ne semble pas être à la portée du gouvernement actuel. C’est ce qu’explique un spécialiste de la communication en situation de crise, le directeur de recherche honoraire à l’École polytechnique, Patrick Lagadec, sur France Info, le 30 septembre. P. Lagadec est spécialiste des crises « hors cadre » ou très grandes crises, de l’accident de Seveso en Italie en 1976 à la catastrophe de Tchernobyl en 1986. Il analyse la perte de crédibilité des politiques du fait de leur incapacité à communiquer de manière efficace au moment des chocs imprévisibles que représentent les catastrophes majeures. Leur erreur est de vouloir rassurer sans plus, pour éviter les mouvements de panique. « On met le paquet sur l’idée qu’il n’y a pas de toxicité aiguë. Si on ne dit pas en parallèle immédiatement qu’il y a une pollution chronique et on va la suivre ; et on va mettre en place des experts pour nous informer des résultats des analyses ; et on donne un timing précis. Si tout ça n’est pas dans le package de départ c’est extrêmement difficile de ne pas déclencher ce qui est aujourd’hui dans les starting-blocks blocks, à savoir la perte de crédibilité.

On a un problème culturel. Dès qu’il y a un choc qui n’était pas prévu au programme, il y a tout de suite cette terreur que « ça va paniquer » et qu’ « il faut rassurer ». Il est essentiel que les politiques, dès le départ, pointent qu’ils sont en pilotage de cette situation et qu’ils ont bien conscience de l’ensemble des points d’interrogation qui se posent et qu’on ne mette pas des points d’exclamation les uns après les autres. […] Si on rentre par « surtout ne paniquez pas » et « je vais vous rassurer » on entend quelqu’un sur la défensive et non pas en charge du problème. […] La question fondamentale c’est : quelles expertises on pourra donner, quand et faire le départ entre ce qu’on sait, ce qu’on pourra savoir et ce qu’on ne pourra pas savoir. C’est comme ça qu’on montre qu’on reste pilote de l’action. »

La question financière.

Mais ce qui verrouille la parole des politiques est-il seulement d’ordre culturel ? Le fait d’admettre une pollution majeure de la population a non seulement des conséquences sanitaires qui peuvent aboutir au renversement d’un gouvernement voire d’un régime politique s’il s’avère que des négligences majeures et récurrentes en matière de sécurité du site et de la population en sont la cause ; la crise politique succède alors à la crise sanitaire. De plus, une crise financière s’agrège alors à la crise politique, comme on l’a dit plus haut. Alors ce n’est plus une question d’ordre culturel, comme le pense P. Lagadec, mais juste une question de gros sous. Néanmoins si on se souvient du « Je vous promets du sang et des larmes » de Churchill qui boosta de manière superlative le peuple anglais confronté à Hitler, alors Lagadec a raison.

Les peuples n’aiment pas les bouffons qui les traitent comme des bouffons.

Il est où le pilote de l’avion ? NL

lamnNadia Lamm, MABATIM.INFO

Information officielle au 2 octobre 2019 :
http://www.seine-maritime.gouv.fr/Actualites/Mise-a-jour-Incendie-au-sein-de-l-entreprise-Lubrizol

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